Xeu de VALD : Vide et Génial (Chronique)

Chaque nouvelle sortie de VALD est un nouveau prétexte à l’un des débats les plus inintéressants de la toile, le fameux « génie ou troll ? ». En plus d’être figée, cette question repose sur à peu près tout sauf sur la musique. Celle-ci est mise de côté, Valentin Ledu est placé au centre d’une argumentation se reposant principalement sur ses réponses en interview, sur « Bonjour » et sur cette fameuse vidéo uploadée sur Pornhub. Peut-être que Xeu va remettre la musique au centre du débat, peut-être que la question ne sera plus « génie ou troll », mais « de qualité ou non ? ».

Blanc et vide

Dès ses premiers instants, Xeu s’annonce comme un album ancré dans son temps. L’introduction, « Primitif » annonce une couleur froide et pâle  comme le regard de VALD sur notre société dans laquelle le profit est le seul objectif. Vide. Les rages, les tristesses et les moments un peu plus légers de l’album s’habillent également de vide. Quand Vald expose son « Seum », c’est de manière lacunaire et violente. Violente contre tout, violente contre rien. Vide. « Chepakichui » est quant à elle une sorte de réponse au titre « Kietu » de Damso. Là où le rappeur du 92i parvenait à se définir avec maîtrise et harmonie, celui d’Aulnay-sous-Bois va se raconter de manière chaotique, voire nihiliste.

Le constat de Vald part de son propre statut de nouvelle personnalité publique devant s’adapter aux demandes d’un public. Chercher à divertir, à correspondre à ce que le public veut que l’on soit. « Jentertain » évoque avec légèreté cette nouvelle facette de la vie de Vald. Comme si lui-même jouait encore le jeu, se vidait pour remplir ses followers (ou ses ienclis, comme il aime à les appeler) d’une joie éphémère.

En terme d’entertainement, XEU est bien moins burlesque et comique que les dernières sorties de Vald. Les interprétations sont néanmoins riches, allant de la voix grave d’un double s’adressant à lui-même (« Je suis toi, tu es moi, on sort de la même mère, on sort de la même merde et pourtant tu m’agresses ») ou celle plus chantonnante du single « Désaccordé ». Seezy – producteur quasi exclusif du projet – et son partenaire s’amusent du contraste entre une piste instrumentale douce et chaleureuse et des paroles froides, marquées par le signe de Belzebuth sur « Possédé » (un peu de la même manière que Kendrick Lamar dans « For sale » et son interprétation de Lucy(fer)).

Sombre et génial

C’est peut-être dans ses moments les plus noirs que Vald rayonne le plus. Sa tristesse et sa rage font naître des moments de lucidité qui n’apparaissaient que trop peu souvent dans ses travaux antérieurs. La désillusion propre à la jeunesse des années 90 est plus intelligible que sur Agartha ou sur NQNT 2, car sa description est plus riche. L’alcool et le pilon plongent Vald dans cet univers déprimant duquel il n’était pas coutumier. On pourrait scinder l’album en deux parties, « Gris » étant le point médian entre l’esprit vidé de Vald dans un premier temps, et dans un second, sa prise en compte de ce schéma destructeur. L’ambiance piano-bar et les verres de « mega-diplo » de « Réflexions basses » le plongent dans une déprime inattendue, où son rapport à la célébrité et à ce qu’elle apporte (« haine et paranoïa ») est extrêmement négatif. Seul Suik’on Blaz AD parvient à lui redonner du baume au cœur. Sur « Offshore », le « rappeur fétiche de V-A-L-D » s’amuse des horreurs quotidiennes et invite son meilleur ami à en faire de même avec un refrain entêtant (« Guette comment le monde est beau petit, guette comment le monde est glauque »).
La drogue, c’est également « le problème et la soluce ». Bien qu’elles alimentent sa paranoïa et nourrissent sa peine, les plaquettes de taga de Vald sont le carburant de ses moments plus légers. Dans un album plus anxiogène et personnel que d’accoutumée, la légèreté qu’apporte « Dragon » est plus que bienvenue. Le morceau inspirée de « Poisson », bien qu’assez insipide, sera sans doute l’un des plus streamés, car plus facilement consommable, bien moins chargé de sens que le reste des morceaux – la collaboration avec Fianso, le plus puissant des DZ du moment, y sera aussi pour quelque chose. C’est également dans la légèreté que se crée un morceau comme « Rocking Chair », qui lui, est assez excitant dans sa forme.

XEU serait un album dans la lignée des Hermès & Airmax de Butter Bullets ou Tout me fait rire de L.O.A.S s’il n’était pas aussi personnel et s’il n’apportait pas une solution à l’enfer de ce monde primitif : « Deviens génial ». La seule et unique façon de surnager, de ne pas être moqué, montré du doigt, rabaissé par les autres. Le morceau est intimiste et éloquent, confidentiel et populaire, l’auteur s’adressant à son fils autant qu’à la foule. Troll ou génie ? Grand rappeur, artiste surprenant.

Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *