Depuis 2011 et la première fois que vous avez entendu Sneazzy, vous le détestez, et ce n’est pas de votre faute. Sneazzy le cherche, Sneazzy le provoque car Sneazzy adore ça.

Et pour ce faire, le rappeur de Paris-Sud a usé de bien des subterfuges : Le clip de “#Dead” annonçant sa (fausse) signature sur le label Banlieue Sale, la couverture de son EP “Êtes-vous prêts ?” contenant un triangle, et les Tours Jumelles, mais aussi et surtout, ce phrasé arrogant et insolant qui l’a toujours placé à part dans son groupe, 1995. Pourtant, à la sortie de “Super”, son premier album, cette posture s’est retourné contre lui, la faute à des ventes faméliques et un succès d’estime quasi inexistant. Quand on se la joue arrogant et qu’on se ramasse, il n’y a rien d’étonnant à ce que les autres se moquent. Suite à cet échec, Sneazzy change sa manière de faire avec “Dieu Benisse Super Sound” premier du nom : Son écriture est plus frontale, son rap semble plus instinctif, moins artificiel. Entouré par une toute nouvelle équipe de beatmakers (Hugz Hefner, L$30 et Hologram Lo’ notamment), Sneazzy est de nouveau sapé pour jouer le malin, le flamboyant… Le méchant !

Dieu Bénisse Super Sound Vol.2 est la suite logique du premier volet et confirme la direction musicale empruntée l’an passé. Première indication avec l’intro, “N17” (en référence au code postal du quartier de Tottenham à Londres, dans lequel le clip a été tourné), un morceau qui reprend quasiment la même formule qu'”Amaru” : un long couplet, quelques gimmicks et cette voix robotique qui envoie du style, de l’attitude, le tout enrobé par quelques références populaires. Parmi celles-ci, la comparaison avec OJ Simpson, LE méchant par excellence, démontre clairement que Sneazzy est passé maître dans l’art de la provocation. Dans ce domaine, “l’Éternuement de l’Ouest” est plus subtil qu’auparavant, et donc plus pertinent. Ses hyperboles parfois grotesques dans “Êtes-vous prêts ?” font maintenant mouche : comme quand il s’amuse du nombre de ses conquêtes dans “Périmètre” ou quand il évoque la taille de sa maison dans “Wooh!”. On rigole donc beaucoup, surtout quand le rappeur se moque de ses confrères, notamment sur l’insolemment décontracté, “Zannen” (“dommage” en japonnais). Si Sneazzy a choisi de s’entourer d’une équipe de talentueux beatmakers (les mêmes que sur le premier DBSS + Stwo et Narcos), le choix des featurings est également pertinent, comme le prouve “Pull Up”, sa bonne collaboration avec l’espoir canadien Derek Wise. Hancock de la Piraterime apporte de la puissance au morceau “Zannen”, la technique de Veerus est incroyable sur “Périmètre”, et Laylow amène un grain de folie bienvenu sur l’embrumé “Bluetooth”. Les noms ne sont pas les plus ronflants du game, mais il est possible que leur apparition sur cet EP leur donne de la visibilité. Sneazzy prend soin de son gang.

En filigrane, l’EP ne parle que de ça : l’amour du gang, le mépris des autres : “On vit dans un cauchemar mais on vit nos rêves”, dit-il dans le morceau “Bluetooth”. Quand il est à deux doigts de céder à l’amour (et donc à la faiblesse !) Sneazzy se dit “Évite-la”. L’apport de S.Pri Noir est appréciable dans ce morceau d’inspiration caribéenne. Ce titre est le seul qui capture Sneazzy dans un moment de faiblesse, comme si seule la tentation féminine pouvait annihiler la bénédiction que Dieu a accordé à son équipe. Dans l’outro néanmoins, Sneazzy reprend le contrôle. Sneazzy est en “3afia”, Hugz est en 3afia, tout le monde est en 3afia ! Le jeune MC charge la police et l’État français, s’invente une Ferrari Testarossa, se compare à Thierry Henry avant de conclure son EP de la manière la plus raffinée possible : par une éjaculation faciale comparée à un pain de sucre. Bon appétit.

Sneazzy disait avoir “L’impression d’être un rookie” sur “N17”, c’est aussi l’impression que l’on a à l’écoute de ses deux derniers projets. Sa fraîcheur étonne agréablement et ne peut présager que d’un futur plus radieux encore. Évidemment, le personnage qu’incarne Sneazzy ne fera jamais l’unanimité car certains pourraient s’agacer de l’arrogance qu’il dégage… Mais encore une fois, Sneazzy adore les haters. Et quelque part, ses haters l’adorent aussi.

Yoofi : @Yoofat30

2 Comments

  1. Raphael Mar 21, 2017 at 14 h 21 min

    Bonne critique !

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