Slim Lessio : « Le premier album qui m’a eu, c’est Normal de Guizmo ! »

Originaire de Spa, Slim Lessio évolue dans l’ombre des Damso et autres mastodontes bruxellois dont toute la francophonie parle depuis plus d’un an maintenant. La musique que propose le rappeur de La Confrérie est pourtant d’un exotisme exacerbé et d’une joie de vivre communicative, bien que parfois contrasté. Slim Lessio et son ami Ponko nous font danser sans cesse, quelque soit la saison ! L’auteur de l’excellent projet Fruit de Paix, sorti le 24 novembre dernier, nous a accordé un interview dans lequel il revient sur son parcours, les différentes composantes de sa musique et son amour pour les ambiances teintées d’hispanisme !

Comment vas-tu Slim Lessio, quelques jours après la sortie de Fruit de Paix ?
Je vais super bien. J’ai eu beaucoup de retours, tous super positifs. Les sites, les gens qui s’y connaissent dans le rap ne m’ont donné que des retours positifs pour l’instant. Ça fait plaisir parce que ça fait un petit moment que je veux sortir le projet. Là, je suis déjà en train de travailler le deuxième projet, on s’arrête pas.

Tu es assez jeune, tu as 21 ans. Tu as donc évolué musicalement grâce à internet en grande partie. Quelles ont été tes premières émulations musicales ?
Je me suis fais ma propre culture sur internet, mais à l’époque quand j’avais pas YouTube, je regardais ce qui passait sur MCM. Il y avait Akon, Eminem, Snoop Dogg, 50 Cent. Ensuite, quand j’ai commencé à chercher par moi-même, j’ai plutôt écouté du Cypress Hill, du Damian Marley, des trucs un peu plus reggae. J’étais très ouvert dans la musique, j’écoutais aussi du rock… C’est mon père qui m’a un peu initié. Moi je suis allé sur du punk comme Sum 41.
Ensuite, j’ai commencé vraiment à écouter du rap français. Le premier album qui m’a eu, c’était Normal de Guizmo, puis j’ai commencé à écouter Niro, Booba, Lacrim… C’est des artistes que j’écoute encore aujourd’hui, même si j’essaie d’écouter moins de français maintenant, parce que plus t’écoutes, plus t’es aspiré. J’essaie de vraiment ramener mon univers à moi et donc, de ne pas trop écouter de musique en boucle. J’écoute tout ce qui se fait, mais c’est plus de l’Américain que j’ai sur mon téléphone.

Tu as eu un parcours musical assez classique pour un rappeur francophone, d’abord passé dans un groupe de potes avant de prendre un élan solo. Qu’est-ce que tu retiens de l’époque « La Confrérie » sur le plan musical et sur le plan humain ?
C’est une époque dont je suis nostalgique. On était jeunes, on se marrait à fond. On faisait des conneries, on faisait du rap. C’est une époque super cool de ma vie que je retiens et que je ne regrette pas du tout. Aujourd’hui, je traîne toujours avec les mêmes gens, avec la même équipe. J’ai réussi à garder de belles amitiés. C’est avec La Confrérie que j’ai commencé à rapper, c’est de là que viennent toutes mes bases. Ça m’a apporté de l’expérience.

Tu as ensuite signé à Trez Records suite au clip de « Million », que t’apporte cette signature aujourd’hui ? Tu te sens plus cadré, tu travailles avec plus de sérieux ?
Ouais, exactement, ça m’apporte du professionnalisme, de la rigueur. Je travaille également avec Ponko qui est également signé au label. Ça ne m’a apporté que du positif.

Ton premier projet est donc sorti le 24 novembre 2017. Pourquoi l’as tu nommé Fruit de Paix
Parce que tu peux visualiser le projet comme un fruit. Tout le projet, c’est le fruit de la paix, en le mangeant, tu n’auras pas envie de tuer des gens ! Il appelle à la bonne humeur, à la paix. Et tu peux le prendre dans le sens où, de par de mon éducation, j’apporte quelque chose car c’est moi le fruit de la paix. C’est l’environnement dans lequel je suis, dans lequel je me sens, je n’ai pas envie d’amener quelque chose de défaitiste.

J’ai l’impression que pas mal de rappeurs belges sont dans le même état d’esprit d’apaisement à cause du contexte social un peu tendu depuis les attentats de l’année dernière.
Je crois pas. En tout cas dans ma région à Spa, non, mais c’est plus éloigné de Bruxelles. A Bruxelles, ils ont dû en être marqués, mais ce genre de choses ne fait que rassembler les gens. Ça peut aussi les diviser, mais les choses sont tellement graves que ça ne sert à rien de se diviser encore plus. Comme dans le morceau « Tu piges » où je dis « arrêtons de nous diviser pour des problèmes minimales », avec une faute de français mais bon (rires)…

Est-ce que le titre est un clin d’œil à L’Arme de Paix, l’album d’Oxmo Puccino ?
Je connais pas, malheureusement. J’irai checker.

Arriverais-tu à définir Fruit de Paix en trois mots ?
Je dirais… Exotique, fou et apaisant.

Y-a-t-il des films ou séries qui auraient influencer la création du projet ?
Pendant la création de l’album, j’ai regardé la première saison de Narcos, ça s’entend dans « L’argent ou le sang » où je fais quelques références. Je dis « Ma go est fidèle comme Tata », la femme de Pablo ou « mon pote fera pas comme La Quica » parce que La Quica a balancé Pablo. C’est la seule série qui m’a vraiment eu au moment de la création de l’album.

Et des musiques qui t’auraient influencer ?
En terme de musiques, c’était surtout du rap Américain. Mais j’ai fait l’album sur un temps d’un an donc beaucoup de trucs m’ont influencé comme Stoney de Post Malone, les mixtapes de 21 Savage, et les nouveaux gars d’Atlanta comme Hoodrich Pablo Juan, Drugrixh Peso, j’aime bien Dae Dae aussi.

Que t’as apporté Ponko depuis que tu le connais ?
Déjà, c’est mon gars, c’est la mif. Ce qu’il m’apporte, tout simplement, c’est ses beats ! C’est un honneur de poser dessus, pour moi c’est le meilleur. Dans une musique, le beat fait 50%. Quand il t’apporte un beat, tu sais déjà que la musique va être bien. Il m’apporte aussi des vibes, on travaille des morceaux ensemble, on essaie de l’emmener au maximum. Quand le morceau est fini, on se pose et on se dit « à ce moment là, j’imagine bien une mélodie différente », par exemple et on repose ensuite…

L’album est très cohérent dans sa musicalité, on sent l’unité que Ponko apporte au projet, bien que très tiraillé entre l’exotisme et le réel…
C’est exactement ça. On parle d’un univers sombre mais sur une musique gaie. C’est voulu, parce que si on parlait d’un univers sombre sur une musique sombre, ça ferait fort sombre. Mon but, c’est d’apporter de la joie. Donc c’est mieux de poser sur des trucs ensoleillés.

Est-ce que tu pars d’une instru pour écrire un texte ou l’inverse ? Quel mode opératoire utilises-tu en général ?
J’écris sur l’instru. Sans instru j’écris des phrases qui me viennent sur mon téléphone, mais je préfère partir de l’instru.

Comment tu expliques la grande influence latino de ta musique ? Est-ce seulement l’influence Narcos ?
Ouais, sinon ça fait longtemps que j’écoute pas mal de musiques espagnoles. Je ne saurais pas te dire les titres mais mon meilleur pote est espagnol, il avait un bar pendant quelques années et écoutait pas mal de ces musiques là-bas. C’est un truc que je kiffe. Même le flamenco, c’est un style qui me parle.

Il est souvent question de galère dans ton projet Fruit de Paix, bien que celle-ci soit assez brillamment camouflée. Est-ce que c’est une partie de ton vécu que tu évoques ?
Ma musique est une sorte d’échappatoire. La galère, on l’a vécu depuis longtemps. Spa, c’est loin de tout. On est un peu seuls au monde chez nous, alors on en parle pour amener de la visibilité.

Est-ce que c’est vraiment très loin de Bruxelles, Spa ?
C’est à une heure et demi de Bruxelles en voiture. Donc c’est pas la porte à côté.

Et donc, d’un point de vue culturel, en Belgique on parle toujours de Bruxelles et rarement de Spa ?
Ouais, mais c’est pas grave. Ça ne me dérange pas mais ce serait bien qu’on parle un peu plus de Spa. C’est ce que j’essaie d’amener.

Au quotidien, est-ce que tu sens que les choses ont changé dans ta relation avec les autres depuis que tu as signé et que tu fais du rap plus « professionnellement » ? Tu évoques souvent le comportement des autres dans « Assumer » ou « Des miens ». 
Non, je côtoie toujours la même équipe. J’ai la chance de travailler avec des gens qui sont vrais et qui ne sont pas profiteurs ou calculateurs. Après, il y a des gens qui gravitent autour quand il y a un peu plus de visibilité mais ces gens-là ne font pas partie de mon entourage. Les gens de mon entourage n’ont pas changé.

On savait déjà que t’étais capable de variations de voix assez incroyables, mais je trouve que ça se ressent encore plus sur un projet long comme celui-ci. Est-ce que tu as aussi vu ce projet comme une manière de montrer tout ce dont tu étais capable techniquement ?
Ouais, exactement. Je voulais montrer plusieurs couleurs, montrer ce dont j’étais capable. Je ne pense pas avoir tout montrer, mais déjà une bonne partie, c’est un bon début.

En parlant de couleurs, la cover de ton album, comment s’est passée sa conception ?
C’est de Romain Garcin, un gars de Bruxelles qui faisait déjà mes covers pour mes morceaux. Il a fait la pochette via une photo que j’avais faite et il l’a retranscrit en dessin. J’ai kiffé parce que je voulais un truc qui ait de l’énergie et une illustration pop art car j’aime beaucoup ça. En l’occurrence, il a bien réussi à le faire.

slim-lessio-fruit-de-paix-mixtape-500x500-2017

Ton refrain dans « M’évader » oppose le voyage aux travaux de médecins et psychologues : Penses-tu que le meilleur moyen de se sentir mieux, c’est par le voyage ? 
C’est l’une des manières en tout cas. Quand tu te sens mal, partir un peu, parler à des gens d’un autre pays… Ce qui est vraiment bien c’est de rencontrer des personnes et de créer des nouveaux contacts. Si tu vas pas bien, dis-toi que la Terre est grande et qu’il y a plein de personnes qui peuvent t’apporter des trucs. Des fois, tu parles bêtement avec des gens et ça peut t’ouvrir sur plein de choses. S’évader, c’est dans tous les sens du terme, s’évader de ce que tu connais déjà. Moi je le dis pour moi, c’est ce que je fais en tout cas.

Tu voyages souvent alors ?
Ça m’arrive souvent. Je suis pas six mois de l’année en voyage, mais j’ai déjà été dans beaucoup de pays. J’aime bien la nature. J’ai été en Islande, j’ai fait une marche d’une semaine juste avec mon frère et je le conseille à tout le monde. Aller dans la nature, se ressourcer… C’est que du positif.

Tu parles aussi beaucoup de ta consommation de drogues, weed et codéïne. Est-ce également un moyen de s’évader ? 
Ça peut être ça aussi. Quand tu prends des substances illicites, c’est pour t’évader de quelque chose. La beuh en l’occurrence, ça te fait penser à autre chose et ça t’aide à oublier tes problèmes. Donc oui, c’est aussi une sorte d’évasion.

Dans le morceau « Tu piges » qui clôt l’album, on se rend compte que tu es bien plus qu’un rappeur à gimmicks, que tu peux rapper de manière très agressive. Dans quel état d’esprit étais-tu à ce moment là ?
Ouais, j’ai même pas fait de refrains. J’étais énervé, pas bien du tout… Je sortais d’une rupture si tu veux tout savoir. T’es tout de suite très inspiré quand tu sors d’une rupture je crois. J’avais la rage, et j’ai voulu la défouler contre tout. Mais depuis, ça va mieux.

Que prépares-tu pour la suite ? 
On bosse sur le deuxième projet ! Les clips de Fruit de Paix vont arriver et une marque de vêtements Fruit de Paix arrive également. Je vais faire un concert à Lyon le 8 février à la Marquise et beaucoup d’autres vont se débloquer.

Où te vois-tu dans cinq ans ?
Dans le rap dans une meilleure position, j’espère. Mon but c’est de tout péter ! Toujours avec la même équipe, les gens qui m’aiment et les gens que j’aime. Elle sait.

Yoofat est sur twitter

A appris à aimer grâce à Kanye West, Nekfeu, Alpha Wann et Eiichiro Oda..

1 Comment

  1. Trapezist Déc 21, 2017 at 21 h 15 min

    Bonne mentalité mais dommage pour Oxmo

    Reply

Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.