La ville de Lyon héberge un collectif aussi talentueux que mésestimé : L’Animalerie. L’un de ses membres, Robse, a sorti « Colibri » le 21 avril dernier en version digitale, avant la sortie physique prévue ce 28 avril. Décryptage. 

Si être dans un groupe favorise la mutualisation des compétences, il n’empêche pas – bien au contraire – les échappées. Le poète Lucio Bukowski, également membre du crew lyonnais, a sorti Hourvari  en novembre dernier. Un nouvel opus est déjà prêt pour le mois de mai. Robse, autre membre de cette confrérie, nous propose « Colibri », disponible depuis le 21 avril.

Se pencher sur la formation de Robse ne peut qu’être source d’étonnement. Pianiste, il étudie le jazz pendant cinq ans, après avoir bachoté la musique classique pendant le même laps de temps. Rapidement, il baroude dans les sphères culturelles lyonnaises. Robse et ses comparses créent avant tout par plaisir, en se défendant de faire de la politique au sens « débat public » du terme. Néanmoins, lorsque les morceaux du lyonnais évoquent la fracture sociale et les disparités quotidiennes, ils revêtent forcément une dimension politique, comme l’illustre l’interrogation « un système tronqué à la base, comment veux-tu qu’on s’en sorte ? », issue de « Stress et palettes ». Ce morceau, un détournement malicieux du « Strass et Paillettes » de Lunatic, résume un pan de la démarche du lyonnais. Robse apparaît comme un enseignant passionné, cherchant à transmettre ses idées avec le sourire, à l’aide de fines astuces, en s’éloignant autant que possible d’un rap moralisateur.

Le morceau introductif de « Colibri », « Gaïa », introduit des questionnements qui seront récurrents : « dis moi si la vie est belle ? J’ai cru voir des humains, des arriérés ». Robse n’affirme pas, il suppose. « Colibri » (voir le clip ci-dessus) présente les dessins curatifs de l’album et dévoile le détachement feint de l’artiste sur les problèmes présentés. Sous une apparente distance avec les sujets évoqués, le lyonnais n’en oublie pas de proposer un remède poétique, témoin d’une réelle implication: « salée, j’boirai la tasse avec Moby Dick pour éteindre l’incendie tah un colibri ».
« Casse tête » est quant à lui révélateur d’un rap aussi déterminé et intelligent, autant que dénué de prétention : « on arrive, des lance-flammes sur nos canadairs, on repart au parc de la Tête d’or se balader (…) / En vrai tu fous l’seum quand tu te censures pas, parce que les petites frères prennent exemple sur toi ». Cette dernière punchline mérite d’être soulignée à une époque où être un excellent rappeur semble permettre la confiscation d’une autoroute avec le sourire, en oubliant le mimétisme auquel l’aura d’une star du rap aux millions de vues appelle.

Le projet prend fin sur « Dimanche Soir », cette soirée annonciatrice d’une « semaine de taff qui va encore nous tuer ». Sous ses apparences mélancoliques, ce texte déborde d’espoir en ce qu’il relativise l’apprêté du quotidien pour mettre l’accent sur les douceurs de la vie : « la vie ne veut rien dire, cherche pas la solution, Dieu sait qu’il n’y en a pas qu’une seule et le rap c’est ma luciole ». Finalement, les questionnements de « Gaïa » (insolubles ?) sont sacrifiés au profit de messages positifs.
Avec cet album, le lyonnais pose les bases d’un univers cohérent, parfois désabusé, mais systématiquement fourni. Par ses prises de positions tranchées, « Colibri » est une respiration bienvenue dans l’ère des sons globalisés et uniformisés.

Lucas Rougerie / Twitter: lucasrougerie

« Colibri » est disponible ici 

1. Gaïa (prod : Panda Dub)
2. Kasparov
3. Marsattack (feat.  Eddy BVGV & Fadah /prod : Eddy BVGV)
4. Colibri
5. Casse-tête
6. Huis-clos
7. Stress & Palettes (feat. Lucio Bukowski)
8. Télépathe
9. Janemba
10. Dimanche soir

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