Le retour incroyable de Sinik avec “Drone” (Chronique)

Un retour annoncé sur Facebook en juillet, un premier extrait en septembre, une participation à l’épisode 5 de Rentre dans le Cercle le même mois où il signe l’un des meilleurs freestyles des différents épisodes, et donc maintenant son EP “Drone” sorti le 17 novembre. Après 2 ans d’absence et une retraite annoncée après l’album “Immortel II”, au succès mitigé et au contenu assez discuté, S.I.N.I.K. est de retour dans le game.

Peu de featurings

Un nouveau projet de 7 titres avec 2 invités, Seth Gueko et Msr Dieyzik. Le featuring avec Seth Gueko sur le titre “Incroyable”, est devenu une habitude puisqu’il s’agit du quatrième featuring entre les 2 artistes mais le résultat est toujours aussi efficace et vaut toujours le détour, en plus le morceau porte bien son nom. Le second featuring avec Msr Dieyzik (un mec des Ulis, le quartier d’origine de Sinik) sur le titre “Epuisé” montre l’attachement que possède toujours Thomas à l’égard de sa ville, mélancolique à souhait.

Booba en D.T, Rohff en U.N.K.U.T
Un gynéco avec un diplôme de charcutier
Une boutique Cartier dans mon quartier
Une bonne sœur les jambes écartées

Cynique, authentique et connecté

On retrouve un Sinik qui revient à ses premiers amours : un rap de kickage à l’ancienne avec des phrases chocs et engagées, « dehors certains cherchent des Pokémon, d’autres de quoi manger ». Cet EP pourra parler aux anciens fans de Sinik de l’époque de “La main sur le cœur” aussi bien qu’aux auditeurs de rap plus actuel. On rentre dans le vif du sujet avec le premier morceau dévoilé en septembre, un son sous auto-tune qui peut déconcerter à la première écoute mais qui est vraiment bien maitrisé et qui amène à un premier couplet avec un rap « à la Sinik ». Sur le titre “Funambule” on peut également l’entendre chanter et force est de constater qu’il a vraiment progressé dans ce domaine, il s’y était essayé sur l’album “Immortel II” sur des titres comme “Quand Je Serai Grand” mais le résultat n’était pas très convaincant.

On retrouve toujours les thèmes qui ont fait le succès de Sinik : le foot (des références à Griezmann ou M’bappé), le ghetto, sa daronne qui trime, des textes toujours aussi engagés contre l’état mais contrairement aux autres albums, il parle beaucoup moins de prison et du 91 et évoque même sa croyance à l’Islam au détour d’une phrase. Sinik s’adapte également très bien aux nouveaux codes du rap sans pour autant perdre de son authenticité, ce projet est une sorte de bilan sur sa vie, sa carrière, sa vie de famille ; de nombreuses allusions à sa fille, mais aussi sur le monde actuel. Il nous montre qu’il est toujours un fan de rap avec de petites dédicaces bien senties « toute ma force à PNL, Ninho et Niska », « street comme l’album de Niro » mais place aussi quelques phases qui peuvent être prises comme des petites piques « la vieille école rappe sans les cheveux longs », ou encore « disque d’or sans streaming, sans aucune femme en string ». Il avait beau avoir pris une pause et ouvert un salon de tatouage, il est resté connecté (de même qu’à la technologie récente en témoigne le nom et la pochette) et apprécie les nouveaux talents qui ont émergé durant son absence sans pour autant oublier l’ancienne école en faisant une allusion aux Fugees ou encore à 2Pac. Un titre où il se livre beaucoup et qui est mon coup de cœur de l’album “Qu’est-Ce Que Tu Deviens” (Ndlr : Désormais disponible clippé ci-dessous), mais aussi pour les fans les plus fidèles un son qui fait beaucoup penser à sa chanson “2 victimes, un coupable” : “Funambule” qui parle de l’affaire Théo et l’attentat de Nice avec de belles phases « maintenant comprenez-vous pourquoi ils courent quand ils ont rien fait », dont certaines directement adressées à Christian Estrosi le maire niçois.

Bonne stratégie

Un peu dubitatif à l’idée d’un nouvel opus après le précédent, la surprise est donc bien présente et devrait l’être tout autant pour le public. En somme cet EP signe un très bon retour de Sinik, et pour le résumer en une phase rappée dans “Fiché S” : “Sinik a la même rage qu’à ses 24 ans”. S’il avait sorti un album, les retours auraient peut-être été beaucoup plus mitigés, mais en sortant un projet comme celui-ci il a opté pour la bonne stratégie, ni trop, ni trop peu, 7 titres qui s’écoutent d’une traite. Après cette écoute l’attente d’un nouvel album se crée, le public en redemande, réclame même une version physique pour compléter la discographie, et les retours sur les réseaux sociaux sont excellents, Sinik ne pouvait espérer mieux ! Plus de 20 ans de carrière et pourtant il fait partie des rappeurs encore capables de nous surprendre…

Luca

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