Vin’s a sorti son deuxième projet, « 23h59 », en janvier 2018.  On y retrouve le fameux « #Metoo », en écho aux différents scandales d’agressions sexuelles et au controversé #balancetonporc. Ce morceau l’a introduit auprès de médias aussi généralistes et divers que FranceInfo, 20minutes, Public ou Le Figaro. Mais réduire le montpelliérain à ce seul coup d’éclat serait injuste. Car Vin’s ne laisse rien au hasard. Retour sur un début de carrière engagé avec le principal intéressé.

Vin's est en interview pour Newzikstreet
Vin’s propose, avec 23h59, un projet très complet

Un rappeur du côté des filles ?

Vin’s, né à Avignon, quitte l’école « dès l’âge légal ». A l’époque, deux passions l’animent : le karaté et, surtout, le rap : « A 12 ans j’ai eu mon premier MP3 et l’un de mes grands frères l’a rempli de rap FR et US. C’est là que je me suis vraiment mis à écouter du rap en ayant conscience de ce que c’est. »

Il y a beaucoup à dire sur Vin’s. Mais difficile de ne pas s’arrêter, encore une fois, sur l’intelligence de l’ultra-commenté « #Metoo ». Les questions liées au genre soulevées par le rappeur dans le troisième couplet (« ne deviens pas un garçon manqué, ce que t’aimes on n’en a rien à foutre ») ne sont pas sans rappeler celles de la sociologue Elena Gianini Belotti.

L’italienne s’interroge, dans son ouvrage «  Du côté des petites filles » paru en 1973, sur le conditionnement par la culture des filles dans la construction de leur identité. Autrement dit, les goûts seraient imposés aux enfants en fonctions de leurs sexes avec un impact sur l’équilibre entre les garçons et les filles. Par exemple, en matière de jouets, les filles sont cantonnées à un rôle de ménagère quand les garçons apprennent plus souvent à devenir pompiers.
Et puis, en plus de s’interroger sur les inégalités homme/femme, Vin’s déconstruit également, comme le souligne habilement Le Figaro, le stéréotype machiste attaché au rap masculin. Une pierre, deux coups. Malin!

Vin's en interview chez Newzikstreet
Le rappeur observe l’actualité pour mieux la décortiquer dans ses textes

Si le Montpelliérain comprend l’engouement autour de ce titre coup de poing, il veut continuer à « montrer ce dont [il] est capable » par ailleurs. Car il y a un après « #Metoo », comme il y a eu un avant : l’EP « Freeson », sorti en 2014. On y retrouve déjà le très contestataire « FB », où il se fait précurseur et alerte sur les comportements aguicheurs et naïfs de certaines jeunes filles sur les réseaux sociaux. Quelques années plus tard, le problème de la prostitution juvénile sur les réseaux sociaux prend de l’ampleur dans le débat public. Alors, dans « 23h59 », il continue sa critique en s’adaptant aux nouvelles méthodes : « de l’amour à Vivastreet, on passe vite du coq à l’âne » (voir « SLT » ).

De la musique pour sortir des cadres prédéfinis

Plus de trois années séparent Freeson de « 23h59 ». « Le temps de prendre du recul sur ma musique et de vivre, tout simplement ». Une période de réflexion propice à la création d’un projet complet et censé. Quand il ne s’adonne pas à l’ égotrip avec entrain et efficacité dans la tonique introduction « Bête noire », le montpelliérain étonne. Sans rejeter les autres formes de rap (« je ne suis pas contre les autres formes de rap, j’en suis le premier auditeur »), Vin’s fait ce qu’il a aimé chez d’autres : de la musique faisant fi des cadres prédéfinis, « des lignes de conduites imposées qui n’ont aucun sens ». Alors le rappeur observe sa principale source d’inspiration – la vie – et la commente. Il polarise sa critique autour de grands thèmes : les rapports hommes/femmes donc mais aussi le système qu’il considère à l’origine de l’asservissement des masses (dont le très engagé «  Marianne »  : « un peuple asservi emprisonné dans une cellule azerty »).

« 23h59 » est une carte de visite intimiste où le rappeur invite – comme seuls feat –  deux membres de son Wazacrew d’attache: El’ka et Sylver. On retrouve ce dernier sur le magnifique épilogue du projet « Peur ». Les compères y parlent du couple et de ses montagnes russes émotionnelles avec une sensibilité désarmante.

Vin’s envisage l’avenir à court terme. D’abord, il compte défendre 23h59 sur scène. Ensuite ? « On est encore à 23h59 (…) demain c’est loin ! ».

Lucas Rougerie / Twitter: lucasrougerie

 

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