Pink Tee finalise Freebies, son projet d’envergure à venir courant 2017. Pour patienter, il nous offre Période des 16, un avant-goût de l’ampleur du travail réalisé depuis C.O.O.L, sorti en 2013. Pink Tee a pris son temps, et ça s’entend. Retour, bien accompagné, sur un parcours déjà fourni.

Dan est en classe de troisième quand, au cours d’un voyage scolaire en Allemagne, il tombe sur un magasin où s’entremêlent des articles dédiés au hip-hop, l’une de ses passions. A côté des mémorables sweat Fubu gisent des tee- shirt roses. Un achat en 4XL plus tard et le pseudo, Pink Tee, est trouvé.

Se définissant comme « un jeune investisseur de ce rap français », Pink Tee enchaîne les rîmes depuis plus d’une décennie. Pour faire prospérer son art, le rappeur doit jongler entre ses contraintes professionnelles ou privées et ses volontés artistiques. De ce fait, certains souhaits restent lettres mortes: « avec Mandjé, un entrepreneur culturel de Lille, on avait taffé sur un ancien projet : UPS. Au final, on ne l’a jamais sorti parce qu’on est des rockstar » (il sourit). Malgré les difficultés, les compétences du nordiste ne passent pas inaperçu. En 2011, il est sélectionné parmi les rappeurs les plus prometteurs de l’époque, selon les organisateurs du feat 10frenchemen. Aux côtés, excusez du peu, de 3010, S2keys ou Joke. En 2013, C.O.O.L, son premier projet, fait une sortie remarquée sur la scène lilloise.

Pink Tee n’est pas seul dans sa petite entreprise. LONGVIE, « un label, une espérance et une expérience », est composé d’un manager, d’un conseiller artistique  et d’un chargé de relation presse. Tout ce petit monde l’épaule et le conseille dans sa conquête des charts. C’est donc bien entouré que Pink Tee a pris le temps de préparer Freebies, où se croiseront notamment A2H, 3010 ou Take-A-Mic. Autodidacte et self-made man, le rappeur présente ce projet dans une mixtape – Période des 16 – qu’il espère « introspective, innovatrice et, surtout, sincère. C’est mon deuxième projet et sûrement l’un des plus aboutis. J’y introduis mon propre univers et installe le décor qui va préparer Freebies ».

Dans Période des 16, sorti le 28 février, Pink Tee se montre curieux, technique et ambitieux : « vivement la moisson pour récolter ce qu’on l’on sème », annonce-t-il dans « Mary Jane ». L’introduction, un détournement du générique de New York Unité Spéciale, annonce un projet avec du fond : « l’intro rappelle la droiture, la nécessité de rester honnête face à un système qui nous incite au zèle ».

Dix titres aux sonorités contemporaines traduisent un MC aux multiples facettes. Tantôt mélodieux (certains sons invitent la soul ou le gospel), souvent dynamique (voir l’efficace « Manque »), Période des 16 mérite qu’on y prête une oreille, ne serait-ce que pour la qualité des références mobilisées. Quand il ne chante pas l’amour dans « Sade », en hommage à la chanteuse nigérienne, Pink Tee mobilise le mono sourcils de « Frida Kahlo », l’artiste peintre mexicaine. C’est un fait, les inspiration du MC sont au moins aussi variées que ses goûts. Fan de manga, le rappeur lillois convoquait déjà Onizuka dans son morceaux Rigamortis en 2011, soit près de cinq ans avant PNL : «  les mecs m’attendent plus que le 5ème GTA car j’ai des rimes plus insolentes qu’Onizuka dans GTO ».

Pink Tee nous montre qu’il est encore possible d’être aussi pertinent qu’entraînant sans abuser de rimes multi syllabiques ou autres artifices oratoires. Alors, Période des 16 et Freebies seront-elles de belles Madeleines de Proust, comme le prédit l’artiste? Dans « Yayo », il confesse : « J’ai toujours fait comme je l’entendais et à présent je pense tenir quelque chose qu’intérieurement je ressens ». Là est peut être la première victoire d’une longue série.

2017, année du décollage de la fusée Pink Tee ? « J’appréhende 2017 sans trop l’appréhender, même si y a un club (Club des 27) qui me fait des petits appels du pied ». La mort précoce a d’ailleurs stoppé la carrière d’une artiste structurante chez Pink Tee : Aaliyah. La cover de période des 16 est, en effet, un « hommage involontaire » à la chanteuse décédée à 22 ans. Le fantôme de l’américaine occupe même une place déterminante dans la confection de « Période des 16 » « Je me suis rendu compte après coup de l’influence d’un sample d’Aaliyah sur le morceau « Sade ». Indirectement, je pense qu’elle explique pas mal de choses sur mon projet, comme le chant que j’assume de plus en plus ou les questions que je me poserai avant de partir ».

D’ici là, Pink Tee entend bien poursuivre sa route : « je veux juste partager ma musique, en vrai ». Tout simplement.

Lucas Rougerie / Twitter: lucasrougerie

 La mixtape est en écoute sur soundcloud 

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