Comme nous vous l’avions annoncé en début d’année, 2017 sera également l’occasion de mettre en avant les beatmakers trop souvent négligés par les médias mais également par les rappeurs qui posent sur leurs prod’. Et pourtant : pas de beatmaker, pas de son, c’est aussi simple que ça… Pour cette première interview, nous sommes partis à la rencontre de Alt Kontrol, un jeune beatmaker talentueux qui a déjà fait ses preuves.

Salut Alt Kontrol, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?

AK : Salut, mon blaze est Alt Kontrol, je suis un beatmaker et DJ turc de 20 ans qui habite aux Pays-Bas, plus précisément à Amsterdam. Je travaille à l’international avec des artistes français et américains.

A l’heure actuelle est-ce que tu es signé chez une maison de disque ou tu es en totale indépendance ?

AK : Oui, je suis signé chez une maison de disque indépendante qui s’appelle “Martians and Dreamers”. Elle est établie en Irlande, à Dublin par “Ghost&Host”. Je suis signé là-bas depuis l’été dernier et l’équipe me stimule pour grandir en tant qu’artiste. Avant de signer j’étais seulement un beatmaker, maintenant je suis beatmaker et DJ.

Y a-t-il un type de prod que t’aimes plus créer que les autres (de la trap énervée, du son chill ou de l’afro par exemple) ?

AK : C’est très difficile de choisir entre l’afro et la trap. Je pense que je préfère créer l’afro à la trap parce que je peux être plus créatif avec les mélodies et les drums.

Avec quel rappeur s’est déroulée ta première collaboration et dans quelles circonstances ?

AK : Ma première collaboration était avec Ppros, un rappeur d’Orléans qui travaille avec des artistes comme Dosseh, Niro et Gradur. Je lui ai envoyé un e-mail avec quelques prod et il a kiffé l’une d’entre-elles. Ensemble on a créé le titre “CalifOrlinz”. Il a ensuite directement sorti la vidéo, j’étais très heureux parce que c’était ma première collaboration.

À quel moment as-tu eu le déclic de te dire « Je vais persévérer dans le beatmaking et je vais placer des artistes » ?

AK : Après les collaborations avec Ppros, j’ai vu que Mr. Franglish (Ndlr : désormais appelé Franglish) a utilisé une de mes prod dans son freestyle sur Generations. Je lui ai donc envoyé un message et il m’a dit qu’il allait faire une collaboration avec Abou Tall (Shin Sekai) et Abou Debeing sur ma prod (Ndlr: Ce qui a donné au final « Oh shit » sorti en 2015). Les deux sont vraiment des artistes que je kiffe dans le rap français.

J’ai aussi rencontré un autre beatmaker qui s’appelle Izii Tiime et qui a déjà travaillé avec des artistes comme Niska, Gradur, Kaaris etc. Il ma dit : Pour avoir de la popularité c’est très important de travailler avec des artistes qui sont signés sur des maison de disques.

Ainsi, après ces deux grands moments, je me suis dis qu’il était possible pour moi de travailler avec de grands artistes signés. Donc depuis, j’ai déjà travaillé avec des artistes comme XVBarbar, Skippa Da Flippa, Naps et Kalash Criminel.

Tu as également une chaîne YouTube, est-ce que toutes les prods que tu fais sont sur youtube ?

AK : Non toutes mes prod ne sont pas sur YouTube, juste 8 d’entre elles. La raison est la suivante, les artistes préfèrent justement des prod exclusives qui ne sont pas sur YouTube.

Vis-tu du beatmaking actuellement ?

AK : Malheureusement pas. Il n’y a  pas de salaire fixe en étant beatmaker. De plus je vais toujours au collège à Amsterdam (dernière année) pour devenir ingénieur civil, donc je n’ai pas le temps pour faire des prod constantes.

Quelle a été ta collaboration favorite avec un rappeur et pourquoi ?

AK : Ma collaboration favorite est le titre “T’as Cliqué” que j’ai fait avec Naps, Graya et YL en 2016. Quand j’ai fait la prod, je savais que ça allait être un hit. C’est un son sur une prod afro, avec des 808’s (bass) énervées et un très bon refrain. J’ai ensuite eu des interviews avec une radio nationale (FunX) et un journal national (Metro) grâce à ce son, car il a atteint 2 millions de vues sur YouTube.

On a pu voir que tu seras présent sur la mixtape de Kalash Criminel « OYOKI » qui sort le 19 mai, peux-tu nous raconter la connexion entre vous deux ?

AK : Oui c’est ça. J’ai eu son e-mail via un autre beatmaker et quand je lui ai envoyé mes prod, il a directement kiffé mon style. Mais quand je lui ai demandé s’il avait bossé dessus, il m’a dit qu’il avait d’autres sons à finir au studio. Donc je suis resté en contact avec lui et son manager, puis j’ai fait une nouvelle prod spécialement pour lui. Il l’a kiffé et il m’a dit qu’il allait directement enregistré dessus. Après, il m’a dit que le son est un placement sur sa mixtape “OYOKI” à venir. Tu peux bien sûr t’attendre à plus de collaborations avec lui bientôt.

Peux-tu me citer 3 beatmakers qui t’ont influencé durant ta carrière ?

AK : Lee On The Beats, MikeWillMadeIt et Renaud Rebillaud.

Quels seraient les rappeurs que tu rêverais de placer en France et à l’international ?

AK : À l’international: Gucci Mane, Young Thug, Migos et Future.
En France: Maitre Gims, Booba et Kaaris.

As-tu déjà collaboré avec d’autres beatmakers et avec quel(s) beatmaker(s) aimerais-tu collaborer ?

AK : J’ai déjà collaboré avec des beatmakers comme Lgndxry Sp qui m’a appris à faire des prods afro, Izii Tiime et Louis Lane. J’adorerai collaborer avec Southside, c’est un rêve.

D’un point de vue technique, tu fais tes prod sur quel logiciel et pourquoi ?

AK : J’ai commencé avec FL Studio 10. Quand j’avais 16 ans, une pote à moi m’a acheté ce logiciel. C’est un logiciel très facile pour apprendre et il y a beaucoup des tutoriels sur YouTube. Il est également très clair, c’est facile pour trouver les choses que tu cherches et il y a beaucoup d’artistes professionnels qui l’utilisent. En ce moment je travaille avec FL Studio 12 Alpha Version sur mon MacBook Pro.

Quels sont tes VST (instruments virtuels) préférés pour composer ?

AK : Dans Konakt 11: Massive et Reaktor 6.

Niveau matos tu disposes de quoi (MPC, synthé, hauts-parleurs …) ?

AK : J’ai un clavier (M-Audio), des hauts-parleurs de KRK, une carte son externe (M-Audio), un tourne disque de Traktor, un casque Audio-Technica M50x et un MacBook Pro. Pour le mixing, je préfère utiliser mon casque, le son est plus près des oreilles par rapport à des hauts-parleurs.

Tu mets environ combien de temps à réaliser une prod ?

AK : Environ 1h/1h30, mixing et mastering compris.

As-tu appris tout seul le beatmaking ou quelqu’un t’as pris sous son aile et t’as appris comment on faisait?

AK : J’ai commencé en regardant des tutoriels pour faire de la trap sur YouTube. Et avec l’afro, j’ai été en contact avec le beatmaker Lgndxry Sp qui lui est d’Angleterre. Il m’a expliqué comment faire des prod afro via Skype, car sur YouTube il n’y a pas de tuto pour apprendre ce style. Mais pour faire mon propre style trap et afro, j’ai travaillé très dur tout seul.

Quels conseils peux-tu donner à ceux qui commencent dans le beatmaking?

AK : Le beatmaking est séparé en 2 sujets: faire des prod et avoir les contacts. Pour faire des prod je conseille vraiment de regarder des tuto sur YouTube, pour le mixing et mastering par exemple, ça m’a beaucoup aidé. Et pour avoir les contacts, je conseille d’utiliser les réseaux sociaux, c’est le chemin le plus facile pour avoir des contacts et des placements.

Cette interview t’es proposée par NewZikStreet, connaissais-tu déjà ce média avant ?

AK : Bien sûr je connais NewZikStreet depuis environ deux ans, c’est l’un des sites qui proposent le plus de nouveautés en rap français, et en plus nous échangeons par messages depuis plusieurs mois déjà, notamment au sujet de cette interview.

Pourquoi te concentres tu plus sur le rap français alors que tu es hollandais ?

AK : J’ai commencé à suivre le rap français quand mes parents ont acheté un satellite pour la télé. Donc je pouvais regarder Trace TV, où la plupart des musiques de rap US étaient diffusées. Mais aussi le rap français depuis l’époque de « Booba – Double Poney », « Sefyu – Suis-je le gardien de mon frère » ou encore Sexion D’Assaut. J’ai ensuite commencé à les suivre sur YouTube, ce qui me permettait d’écouter les sons dès qu’ils sortaient. Ça c’était il y a environ 8 ans. J’ai aussi remarqué qu’une grande partie des rappeurs français est vraiment unique contrairement aux rappeurs des Pays-Bas. Ici, il y a de nombreux rappeurs qui copient le rap américain, qui en plus ne me plaisent pas et les prod sont d’un niveau plutôt bas.

Peux-tu nous citer 3 rappeurs et 3 beatmaker que tu penses sous-cotés ?

AK : Rappeurs: Young Dolph, Skippa da Flippa et Doe Boy.
Beatmakers: Prince Chrishan (PC), Ricky Racks, Tommy Beats.

Quels sont tes projets pour le futur (dans le beatmaking et professionnel) ?

AK : Avec le DJ’ing, j’espère que je vais recevoir des invitations provenant des clubs français. Et avec le beatmaking, je prépare des sons avec Ghetto Phénomène, Graya, Leto de PSO Thug, Niska et plein d’autres. Moi et ma maison de disque nous espérons pouvoir produire pour un grand artiste prochainement.

Une dernière question que beaucoup de gens doivent se poser, la prod que t’as placé pour Kalash Criminel est plus afro trap ou trap tout court ?

AK : Trap très très bre-som ahahahah.

Cette interview a été réalisée par le beatmaker Nael Beatmaking que vous pouvez également retrouver sur les réseaux sociaux et sur sa chaîne YouTube mais aussi prochainement sur certains sons, corrigée, agrémentée et mise en page par Nivek.

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