NSMLM d’Infinit : le film policier de l’année!

Nique Sa Mère le Maire : Une production réalisée par Infinit’ :

Dans l’épisode précédent NSMLM, un rappeur niçois, auteur d’un savant ego-trip intitulé “Christian E.” en 2015, avait été accusé de diffamation et atteinte à la dignité de Christian Estrosi, alors maire de la même ville. Depuis, le maire est monté en grade, et est de plus président de la métropole Nice Côte d’Azur. Infinit’ aussi a pris du poids. Fort de sa relaxe, le MC le plus talentueux du sud-est tient à magnifier sa liberté d’expression et sa haine viscérale envers celui qu’il est contraint d’appeler “le maire”.

“Hé le maire !”

NSMLM est le deuxième volet d’une histoire trépidante entre deux pôles bien différents de la ville de Nice. D’un côté, il y a le maire, un politicien sournois, moins diplômé qu’Eff Gee et pas très branché diversité, de l’autre, il y a Infinit’, la relève du rap du 06, un brin flambeur, et en constante quête de billets. Deux ans après son titre le plus iconique, Infinit’ revient avec de nouveaux producteurs, VM The Don, Hologram Lo’, DOJO, DJ Pone, 3010, Aymen Camouflage & The Product Of Cokane. La connexion avec DJ Weedim, bien que fructueuse à bien des égards, n’était pas assez grandiloquente pour les épaules du jeune MC. Plusss’ était un bon petit film policier, Inf’ cherche maintenant à marquer son temps. Être un plus grand artiste, devenir la personnification de ses films vus, de ses livres lus, de ses musiques écoutées. Le label Don Dada, représenté par Hologram Lo’ et VM The Don apporte ce supplément recherché, tout au long des 8 pistes du projet.

On comprend assez vite qu’Inf’ apprécie la quiétude ardente de Jay-Z et a une passion sans fin pour la figure du gangster des grands films policiers de ces dernières décennies. Son rap en est grandement inspiré, et vacille de ce fait entre désir d’émancipation et coups de sang instinctifs. Infinit’ raconte l’itinéraire classique d’un hustler qui “chaque jour, fait la course au liquide”, quoiqu’en pensent les employés de la mairie. Il n’est donc pas étonnant de retrouver les codes les plus évidents du genre policier ; les belles voitures, les habits qui brillent et un arsenal conséquent. L’EP use exclusivement de ces codes, mais certains morceaux ressortent plus que d’autres. Parmi eux, l’intro limpide et précise du projet, mais également le hit en puissance qu’est “Dans le coin”, qui a une odeur de soleil révolutionnaire. Infinit’ n’oublie pas non plus de rendre hommage aux anciennes gloires du rap français, et invite donc Veust’ (le plus grand rappeur du 06 de tous les temps ?) pour une performance puissante en guise de clin d’œil au Secteur Ä.

Territoire auto-géré

L’EP pourrait être plat, et sans saveur particulière s’il ne contenait pas ce grain de sel local. NSMLM, de son nom à son discours porte quelque chose de très fort, et s’inscrit avant tout comme un projet niçois. Quelques titres de morceaux le rappellent instantanément (“Sud Est” ou “Aloura le zin” – Aloura étant une expression familière, l’équivalent sudiste d’un “quoi de neuf”, et “zin” la contraction de “zinc”, déjà la contraction de “zincou”, verlan de “cousin” ! Langue française, langue incroyable). Les règles de bienséance sont représentées par le maire, or le maire, on lui nique sa mère à travers la voix du gamin de La Haine samplée plusieurs fois dans l’EP.

La ville de Nice telle qu’Infinit’ la décrit, n’est pas inclue dans les problématiques de l’Elysée et est donc laissée à l’abandon. De ce fait, elle est auto-gérée par lui et sa bande de malfrats. Nice, c’est Christiana à Copenhague, comme il le chante lui-même sur le morceau “Laisse-nous” (produit par 3010), ou Charming dans Sons of Anarchy. Infinit’ serait alors Jackson Teller ayant troqué sa Harley-Davidson pour une “Porsche”. La scène finale de cet excellent film d’action voit Infinit’ continuer à charbonner, en ayant en tête l’héritage qu’il laissera à son futur marmot. Le résultat est de nouveau brillant, notamment grâce à un refrain scandé avec esprit et élégance. Infinit’ est un sacré personnage principal. Quant à la figure du méchant, ce fameux maire qui essaie toujours de tout faire capoter, il a, sur cet opus, des airs de Docteur Gang dans Inspecteur Gadget ; on ne le voit jamais, mais on sait pertinemment que de là où il est, il a le seum et tape du poing sur la table jusqu’à en faire trembler son chat.

En bref, NSMLM a le scénario d’un bon vieux film policier des 90’s, la toile de fond de La Haine version French Rivera, et le style des MCs de Roc-a-Fella du début des années 2000. Les influences sont digérées, et la bande-son très cinématographique dirigée par Hologram’ Lo et VM The Don ajoute du coffre à ce qui est aujourd’hui, le meilleur projet d’Infinit’.

 

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