Le 1er décembre 2016, lors de son concert évènement à Bercy, une annonce de Nekfeu va avoir l’effet d’une bombe. Cyborg, son deuxième album solo sort de manière imminente, histoire de l’asseoir un peu plus au sommet du rap jeu. Décryptage d’un album ancré dans son époque au propos riche et libérateur. #FreeRap

 

Un homme sensible

Nekfeu a de la suite dans les idées. Son album Cyborg ne serait-il pas une réponse à l’un de ses morceaux les plus marquants de l’année 2015, “Être-humain (feat. Amber Simone)” ? Ça en a tout l’air tant le propos de l’album est auto-centré sur ses ressentis, ses expériences et ses faiblesses. La couleur de l’album est assez sombre, le morceau “Humanoïde” introduit de manière in medias res les sentiments noirs du Fennec, ses failles, ses gênes et ses hontes. “Être un homme, ça prend du temps”, l’album le confirme. Les pérégrinations de Feu le voient souvent accompagné, mais parfois seul, comme le souligne la chute de “Galatée”, où après avoir attendu l’être aimée toute une soirée, Nekfeu rate le dernier métro et comprend finalement qu’elle ne viendra pas. La solitude, c’est ainsi que s’exprime le le mal-être raconté dans “O.D”, “ton absence, c’est la pire des présences” explique-t-il à l’égérie qui l’accompagnait dans son morceau le plus réussi de l’année 2015. La relation que le rappeur entretient avec les femmes (mis en musique par Loubensky et Hologram’ Lo’) met en évidence sa sensibilité, pas celle d’un “babtou fragile”, mais celle d’un Être-humain dépassé par la vitesse que son mode de vie l’impose. Après les rêves de grandeur qu’illustrait l’album Feu, il semblerait que son nouveau statut ainsi que les contexte français très chargé l’aient impacté.

Un homme en colère

Nekfeu a de la suite dans les idées. Son album Cyborg ne serait-il pas une réponse à l’un de ses morceaux les plus marquants de l’année 2015 “Mal-Aimé” ? Le poids de ses années de jeune bandit maladroit pesait tant sur ses épaules qu’elles lui auraient inspiré des pensées suicidaires, racontait-il alors. Ken Samaras, malgré ses envies de grandeur, regarde en bas. Il regarde ses “mal-aimés”, qu’ils soient des malfrats (“Nekketsu”), des policiers, des militaires (dans “Squa”), ou des femmes victimes d’images dégradantes (“Mauvaise graine” ou “Avant tu riais”), et les oppose aux “méchants” de la société française, les Macron, les Sarko, le système scolaire… L’État de manière général est source de conflit, de désamour et apparaît en filigrane sur quasiment toutes les pistes de Cyborg. L’explosion de rage de Nekfeu intervient sur la 8e piste, “Vinyle”, où les passe-passe avec Alpha Wann, son Tarô Misaki (ou Ben Becker pour les adeptes d’Olive et Tom et non de Captain Tsubasa) sont des charges violentes et rugueuses contre une société inégalitaire, injuste et vile, le tout sublimé par le sample d’Archie Shepp orchestré par Hologram’ Lo. Quand il retrouve sa NewTeam (le $-Croum’s, donc) le temps de deux morceaux (2zer, Mekra et Doum’s accompagnent Nemir et son beatmaker attitré Enzoo sur “Le Regard des gens” alors que Framal se joint à Jazzy Bazz pour “Besoin de sens” produit par Hugz), l’adversaire est toujours le même, les nombreux maux d’un monde qui souffre. L’opposition, quelques uns des flows les mieux travaillés de France et des beats d’une richesse étonnante, est peut-être un peu trop légère pour changer le monde, mais elle a le mérite de nous faire du bien.

Un Cyborg

Alors, Mal-Aimé, ou Être-Humain ? La réponse, comme la troisième partie de ta dissertation de philosophie devrait être “les deux et un peu plus” ! Nekfeu fait plus que se répondre, il se sublime dans ce nouvel effort solo. Cyborg, c’est un être-humain mal-aimé… Cyborg, c’est un peu C-16, qui serait du côté du taureau s’il était dans une corrida.

Tenter d’être humain, c’est une souffrance pour celui qui veut faire le bien, et Nekfeu cherche à se ranger de ce côté-là. Nekfeu va niquer les mères de ceux qui l’ont bien mérité, les Donald Trump ou les Netanyahou, toujours accompagné de Hugz, mais aussi de ses copains Sneazzy et S.Pri Noir. Les mélodies un peu Drake-like de “Saturne” donne des envies d’ailleurs, l’album accomplit ces envies. On retrouve Nekfeu dans le pôle-nord en Y avec Nepal et quelques “Esquimaux”, puis au Japon, histoire de se raconter comme un héros de shonen dans “Nekketsu” avec Crystal Kay. Le Cyborg est un hybride, le voyage l’instruit et le nourrit. La différence entre le Cyborg et nous ? La volonté peut-être. C’est ce que prône la maxime incessamment répété sur “Programmé”, qui remet au centre du débat la richesse ou non de l’existence. “Tout est une question de volonté”, se sortir de ses embrouilles quotidiennes, mais aussi rendre le monde meilleur. Tout se joue dans la tête, voilà une autre chose que l’Homme néglige mais que le Cyborg, après moult expériences difficiles, a intégré dans son programme.

Yoofi

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