Médine, l’arme de paix (oui, de paix) !

Si on en doutait encore, l’un des plus grands fléaux de la toile est bel et bien les citations prises hors de leurs contextes par des personnes malintentionnées. On extrait d’une musique des paroles qui vont dans notre sens, puis on continue bêtement notre démonstration. 

C’est grâce à ce procédé très peu complexe que des milliers d’internautes purement ignorants vont (sans doute) réussir à faire céder les programmateurs de la salle du Bataclan et les obliger à composer leur mois d’octobre 2018 sans Médine. Médine, qui en à peu près 48 heures est passé de « rappeur conscient » à « rappeur islamiste » pour… Eh bien pour pas grand chose en fait. On trouve des photos où la longue barbe inquiétante de Médine est mise en avant, on l’appose de paroles véritablement dites par Médine mais qui n’ont aucun sens puisqu’extraites de leurs contextes, puis on déblatère des âneries, on fait mine d’être offusqués, on fait parler les morts et leurs familles, on les utilise pour diviser le pays encore plus qu’il ne l’est… Qu’y-a-t-il de plus infâme que cela ?

Deux choses sautent aux yeux quand on observe la manière de faire des détracteurs de Médine :

  • Ils n’ont jamais écouté un seul album, voire même une seule musique de Médine en entier.
  • Écouter un seul album, voire même une seule musique de Médine en entier leur ferait le plus grand bien ! Car au-delà de la barbe, des clashs avec Caroline Fourest (entre autres) et d’un certain goût pour la provocation, Médine est avant tout un homme de paix, un homme d’accalmie et un homme sage.

Et qu’il est bon, en 2018 d’avoir l’opportunité d’entendre un homme sage. Storyteller, dont on ne parle plus du tout bien qu’il soit le disque le plus récent du Havrais en témoigne tout comme d’autres composantes de sa discographie.

Retour sur quatre moments où Médine a inspiré la paix plus que n’importe quel homme ou femme politique de la Cinquième république (la tâche est assez aisée, on l’accorde).

Ni violeur ni terroriste (avec Aboubakr)

Il y a 14 ans, Médine parlait déjà très ouvertement de la religion musulmane et de l’islamophobie ambiante suite au 11 septembre 2001. 11 Septembre est d’ailleurs le nom de son premier album, une sorte de « jour où tout a commencé », de l’utilisation du terme « laïcité » à tout va à l’essentialisation des arabes issus de quartiers populaires. Pointé du doigt pour tous les maux de la société à cause de ses convictions religieuses, Médine rétorque par la négative, faisant du sarcasme et des bons mots ses premiers alliés.

Pour ceux qui ont besoin d’une citation :

« Cachés sous leurs voiles, sur les lignes de transport
Leurs barbes sont trop longues interdites d’aéroport
C’est légitime si l’on cède à la psychose
Un immigré trop studieux ça couvre quelque chose »

Jihad

Les poils se hérissent quand un tel mot est lu ou prononcé ! « Jihad » est un équivalent du terme « lutte ». Bien que dans notre contexte français, le mot ne fait référence qu’au terrorisme et à un appel à prendre les armes, cette notion de l’islam définit également le combat intérieur que chaque musulman est invité à faire afin de devenir une meilleure personne et d’en faire jouir la société. C’est dans ce genre de musique que Médine développe quelque chose d’unique et d’intéressant. En traitant l’histoire de manière transversale, en la racontant à travers les guerres avec une interprétation rageuse et rugueuse, Médine souligne l’absence de tentative pacifique autour de lui, son débit lui-même inspiré de la violence de son monde.

Pour ceux qui ont besoin d’une citation :

« Croix de guerre, chemin de croix et croix de fer
Crime de guerre, cri d’enfer auxquels je crois dur comme fer
L’important c’est de participer
Moi j’crois bien n’avoir jamais joué à la paix »

Enfants du destin

S’il fallait retenir qu’une seule chose de la très belle discographie de Médine, ce serait sans nul doute sa série de musiques intitulées « Enfants du destin ». A travers les yeux des personnages qu’il introduit et à travers son storytelling unique se dresse des histoires singulières mais représentatives de la guerre, des génocides et des conflits majeurs qui ont frappés ce monde. Sur ces morceaux, le rappeur ne fait pas qu’étaler ses grandes connaissances historiques, il met également en lumière des peuples opprimés depuis longtemps mais dont on ne se soucie que très peu – voire pas du tout dans le monde occidental. Pour aspirer à la paix, il faut avoir une vision globale des conflits dans le monde. Or, qui d’autre que Médine apporte cette vision ?

Pour ceux qui ont besoin de citation :

Il existe aujourd’hui sept enfants du destin ! Certains glorieux génies résument une carrière en une citation, j’avoue ne pas pouvoir trouver une citation adéquate pour illustrer sept musiques différentes… Désolé !

Arabospiritual

C’est dans l’outro de l’album Arabian Panther que Médine fait l’autopsie de sa musique et le constat est sans appel; elle est riche, indépendante, spirituelle ne lançant que des appels de paix et non pas de division comme le croient certains médisants. « Arabospiritual » synthétise en un peu moins de 10 minutes les combats que Din Records et son ambassadeur ont eu à faire et ceux qui ne cesseront jamais.

Pour ceux qui ont besoin d’une citation : 

« Ajoute à ça quelques pressions d’imams
Qui nous répètent que ne font pas bon ménage musique et Islam
Maintenant je sais que le diable est dans le détail
Que dans la division souvent se cache le Sheitan »

Yoofat est sur twitter

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