On ne dit plus rap français, mais rap francophone pour une raison. Aujourd’hui, si le rap sonne plus pluriel que jamais, c’est sans nul doute grâce à des artistes suisses, belges ou quebecois, soit de niche, soit de renommée international, ayant largement participé à offrir de nouvelles couleurs à un rap français brouillon et grisonnant au début des années 2010. La soirée du vendredi 28 juillet 2019, lors de la 44ème édition du Paléo, trois des plus grands rappeurs francophones non-français ont brillé de mille feux afin de nous rappeler cette vérité de plus en plus évidente.

MAKALA – 18h45 – Le Détour
Nyon est devenu Genève le temps d’une bonne heure. Il avait la démarche assurée et la voix claire. Habillé d’un pantacourt blanc d’une classe étonnement folle, Makala jouait clairement à domicile, devant un public xtrm, et acquis à sa cause. Cette date marquait le début du Radio Suicide Tour, donc forcément une date importante pour lui. Elle a été l’occasion de nous dévoiler cette scénographie originale avec plusieurs palmiers dans le fond, les copains rappeurs assis sur des canapés à sa droite et les copines choristes se faisant des weaves à sa gauche. Le « décor » est donc mouvant, comme lorsque, par exemple, Varnish débarque de nulle part rapper son couplet sur « Civilisation » et que les membres de la Superwak se lèvent comme s’il venait de placer un dunk décisif sur un parquet de NBA.  Quant à Makala, il est fidèle à sa réputation : drôle, joueur, audacieux et charismatique, il va sans dire que ses prestations scéniques sont hors du commun.  Les musiques de Radio Suicide, qui sont bien plus que du rap, permettent des ambiances différentes des cercles/pogos devenus classiques dans un concert de rap. Il nous est permis lever les mains, de se mouvoir de manière inélégante et décousue sans pour autant se sauter dessus comme des « ségouins ». Et quand ces moments arrivent fatalement, malgré tous les coups que l’on s’assène l’un à l’autre durant ce moment de chaos, c’est toujours Makala qui semble s’être le plus donné physiquement. C’est qui le plus méchant ?

DAMSO – 21h00 – La Grande scène
Damso est une superstar. On le savait déjà à l’époque où Ipséité avait fuité, et avait quasiment cassé internet dans la foulée. Cela est d’autant plus évident quand la foule s’amasse devant lui pour un show d’une heure trente qui s’annonce comme l’attraction principale de la soirée, en dépit de Angèle et de Soprano. Un rap brutal, cru, et populaire à la fois. Et pourtant, le Bruxellois avait encore à prouver son pouvoir scénique après une tournée de festivals 2018 globalement décevante. Manque d’intensité, de percussions, de laisser-aller… Mais ce soir là, Damso a l’air heureux d’être là et s’empare très vite de la foule autour de lui. Inépuisable malgré les gouttes de sueurs perlant rapidement son visage , Damso commence par quelques uns de ses plus gros bangers, quelques unes de ses meilleures collaborations avant d’interpréter des musiques peu entendues sur scène auparavant. Pleine de mélancolie, cette partie du show dévoile des morceaux que Damso chante rarement, de « Amnésie » à « Peur d’être sobre » entre autres… Cette grande demi-heure nwaar est suivie par trente nouvelles minutes intenses nous rappelant à quel point sa discographie est déjà impressionnante… Les lumières derrière lui étaient fascinantes, sa communication avec le public semble si sincère qu’elle en est touchante. Résultat ? Le maximum de signes « vie » lancés aux cieux.

LOUD – 22H45 – Le Dôme
Même si au Quebec, Loud remplit des salles gigantesques, au Paléo, le rappeur se fond dans la masse des « curiosités ». Son public est néanmoins bien présent, mais entouré par un grand nombre de non-initiés, trouvant (encore) que le concept du rap en quebecois, ça doit être drôle. Sur scène pourtant, Loud sort son A-Game et n’est pas venu pour choisir la réponse D. Mêlant nonchalance et énergie, le rappeur rayonne comme à son habitude sur scène. Très classe, très à l’aise dans sa diction, contrôlant le public avec aisance. Lui et son DJ Adjust ont un spectacle rodé, le connaissent parfaitement et ne commettent aucune faute. « Immortel (et puis mourir) » marche toujours aussi bien sur scène alors qu’il est loin d’être le morceau le plus radio-friendly du rappeur… Cela peut en dire long sur ce qu’ont amené ces rappeurs francophones à notre musique : leur audace, leur envie de détonner, l’absence de compromis dans leurs démarches artistiques. Naturellement, de plus en plus de rappeurs français sont dans le même état d’esprit, mais sincèrement, combien rayonnent autant que l’un de ces trois là ?

Crédit photo : Zsuzsa Makadi 

 

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