A seulement 20 ans, Lord Esperanza s’attache à multiplier les expériences pour affiner son propos. Conséquence, sa discographie, entre un EP, deux projets avec Lux ainsi qu’un douze titre, « Acid Rose Garden », en compagnie de Nelick (l’autre moitié du duo PALA$$) est déjà bien remplie. Accompagné de son « producteur et frère d’une autre mère Majeur-Mineur », il a sorti Drapeau Noir, son deuxième projet personnel, le 3 mars dernier. Conversation.

L’apparition de Lord Esperanza dans la scène urbaine hexagonale est le fruit d’un processus incrémental. Depuis tout jeune, il baigne dans la création : « mes premiers contacts avec la musique et l’écriture apparaissent approximativement à l’âge de 10 ans, par le biais du piano, que j’ai longtemps pratiqué ». Son attrait pour la mélodie fait naître une passion pour l’écriture : « sous forme de poèmes ou de petites nouvelles ». Un père normalien et une mère psychanalyste favorisent l’initiation de l’enfant du XIXème arrondissement de Paris aux distractions lettrées : «  j’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont transmis l’amour de la littérature. J’ai toujours été attiré par les mots, peu importe leurs formes ».

A 18 ans, Speranza n’est pas encore Lord lorsqu’éclot « Hors de Portée », son premier EP. Une expérience « très formatrice », où l’on sent déjà le soin apporté aux productions proposées,  « l’essence des morceaux ». A côte de reprises (voir Hors de portée, sur l’instru de « Believe Me » de Drake et Lil Wayne), apparaissent les prémices d’une esthétique travaillée, avec des prises de position artistiques efficaces, comme l’illustre ce sample de Pink Martini sur Procrastie.

Speranza et « Hors de Portée » posent les bases d’un rap rusé. Lord Esperanza apparaît pour étayer le propos de l’artiste, et renforcer l’« entertainment. Lord est celui qui s’autoproclame enfant du siècle », pendant que Speranza conserve la mission de « décrire le monde qui l’entoure le plus fidèlement possible ». Il s’applique à entretenir cette dichotomie, entre divertissement et sérieux, à l’image des deux premiers extraits de « Drapeau Noir ». Il se présente avec humilité dans « Comme les autres » (« J’ai pleuré, j’ai montré mes faiblesses ») quand Emily est un egotrip rempli d’assertions aussi techniques que directes. Extrait:  « objectif effectué il faut que tu aies ma semence sur tes seins je n’ai pas trouvé le temps d’être affectueux ».

Cette double face est au cœur de sa démarche artistique : « il faut savoir se réinventer, c’est le propre même de la création. Je ne me considère pas encore comme un artiste, j’ai tellement de choses à explorer que je travaille pour garder une cohérence artistique tout en cherchant toujours de nouveaux horizons ». Ambitieux et curieux, le rappeur prend le temps d’apprécier l’acquis, notamment lorsqu’il observe le travail accompli entre ses deux EP : «  Drapeau Noir est plus réfléchi, réfléchi et travaillé avec une réelle cohérence musicale ». Celui qui se considère comme un « contre-courant tumultueux » ne compte pas s’arrêter là. Son nouveau projet à peine sorti, le troisième EP est déjà en préparation. Sans parler du développement de PALA$$ et Orchestra, les autres groupes du rappeur. « Je vous en dis plus bientôt ». On est prêt.

Lucas Rougerie / Twitter: lucasrougerie

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