RapElite à l’initiative de la webserie « Les Incontournables » a pour but de donner la parole aux activistes du mouvement hiphop français qui travaillent dans l’ombre. Cette saison 2 des Incontournables, en 5 parties, est consacrée intégralement à Laurent Bouneau, directeur de la programmation de Skyrock
J’ai jugé intéressant de faire une chronique récapitulative de son échange avec le journaliste car, au-delà de son auto dérision et la pointe d’ironie lorsqu’il aborde certains sujets, il y a une question pertinente qui émane.
Skyrock se positionne comme étant la radio « 1er sur le rap ». En voyant les chiffres d’audience, il n’y a vraiment pas de quoi vouloir aller à l’encontre de cette idée et en nier sa puissance. Mais malgré ça, une grande majorité d’artistes de la scène rap français ne se sent pas représentée, voire mise à l’écart. Et si on pousse la réflexion, les fans du mouvement peuvent même se sentir insultés.
Comment peut-on prétendre être « 1er sur le rap » sans jouer des artistes comme Niro, Mac Tyer… Qui, pourtant, ont leur public et suscitent un engouement réel ? Dénigrement ou alors stratégie commerciale ? Quelle place occupe Skyrock sur le marché ? Qu’en est-il de la concurrence ? Que pense-t-il de la concurrence ? Quelle(s) différence(s) y a-t-il entre les fans et le peuple ? Quelle place occupent les fans dans l’audience?
Part I
Même s’il ne l’affirme pas explicitement, Laurent Bouneau estime être à sa place et connaitre son métier.
D’ailleurs, les chiffres parlent pour lui et il n’y a qu’à constater la fulgurante progression qu’a eu Skyrock depuis ses débuts.
En effet, c’était mal parti, à en croire les radios voisines, de plaider le parti prix de la thématique des cultures urbaines. Skyrock a su malgré ça s’émanciper et en arriver là où elle est actuellement : c’est à dire presque 4 millions d’auditeurs par jour, une 3ème édition d’Urban Peace, événement dont le financement s’élève à plus d’un million et demi d’euros dont la station radio ne tire aucun bénéfice. Oui, vous l’avez compris, le seul mot d’ordre c’est: faire plaisir à sa cible et de populariser ce mouvement hiphop dont elle détient le monopole médiatique.
Laurent Bouneau affirme clairement ses volontés : garder son positionnement en touchant un maximum de personnes en élargissant sa cible sans cesse; il compte atteindre les 25-49 ans.

« Ce qui m’intéresse, c’est quand ça touche le peuple. »

Laurent Bounneau est fier d’avoir fait de Skyrock « la radio des cultures urbaines la plus puissantes au monde » mais reconnait tout de même que ce n’est pas sain pour le mouvement qu’il y ait, sur tout un marché, une seule personne qui soit à la tête de ce qui doit être joué/popularisé ou non. De ce fait, il reconnait l’importance de toutes les radios et Générations comme un véritable concurrent par sa simple présence sur les ondes hertziennes (malgré leur impact incomparable à celui de Skyrock)
Générations qui elle joue la carte de la différenciation (dans les artistes joués) et de la spécialisation
Part II
Ce qu’a tenté d’expliquer LB c’est que par exemple, ces deux radios font la même chose en soi, mais la différence est dans la cible : Skyrock opte pour une cible de masse….le peuple… Qualifions ce rap de « rap populaire »
Et Générations pour une cible intéressée, voire carrément fan.
Argument qui se tient dans tout le reste de son Interview malgré l’obstination du journaliste et ses questions des fois un peu maladroites (mais c’est aussi son rôle)
D’où le fait que les émissions spécialisées aient été supprimées :
– trop coûteuses,
– pas de publicité,
– sur la cible totale, ça ne touchait qu’une partie infime des auditeurs
Aujourd’hui, selon lui, l’avènement d’Internet est venu en guise de substitution à ces émissions spécialisées qu’on lui a souvent reproché d’avoir supprimé, mais qui paradoxalement n’ont jamais ré-exister ailleurs, ou alors, que très brièvement ! (c’est le cas des émissions de Jacky Brown sur Trace TV anciennement sur Skyrock avec Couvre Feu)
Avec internet, tout a explosé, le buzz est devenu le 1er niveau de notoriété, le deuxième niveau serait de pérenniser un projet et l’ultime niveau serait d’en faire une carrière. LB nous dit

« qu’il y a un certain timing pour le succès »

argument qui porte à croire que Skyrock ne cherche que des « diamants déjà taillés » et qu’elle ne se met pas à la recherche de talents à mettre en avant.
LB contre-argumente en disant qu’il n’est pas producteur, et que ce n’est pas le positionnement de sa radio de mette en exergue les talents de la scène rap. Ce serait comme demander à l’entraîneur du Paris Saint Germains pourquoi il ne recrute pas des enfants de 13 ans, pourtant talentueux, alors que ce que tu vises, c’est le carré final de la ligue des champions (comparaison extraite de l’itw)
Il est là tout l’enjeu commercial : tu aspires à une certaine reconnaisse nationale en terme d’audience, tu ne peux pas te permettre de diffuser des morceaux qui n’ont d’impact que sur une petite communauté
Il se décharge de cette tâche là au-delà de ses goûts personnels (c’est le cas pour morceau Zoo qu’il ne joue presque pas voire pas du tout, qu il a pourtant aimé, selon ses dires, mais qui rentre difficilement dans les critères des ondes skyrockiennes)
Part III
On en revient au point de départ où il estimait que chaque radio a son importance, c’est pour ça qu’il est intéressant bien qu’il y ait des radios qui touchent un public « fan », spécialisés, intéressé par le mouvement plutôt qu’une seule et unique radio « populaire » à la recherche de titres/singles qui cherchent à satisfaire tout le monde.
Skyrock se veut comme étant un média prescripteur et puissant: à chaque instant, il y a entre 250 et 300 mille auditeurs.
Reprenons les niveaux de notoriété évoqué un peu plus tot :
#1 buzz
#2 projet
#3 carrière
Disons, en quelque sorte, que Skyrock joue des titres/artistes qui sont arrivés à ce dernier niveau de notoriété afin qu’ils explosent à l’échelle nationale et internationale pour les meilleurs; en sachant que, ceux signés en major, auront plus de chance d’être propulsés sur la scène internationale.
Part IV
L’artiste a besoin de la radio et la radio a besoin de l’artiste, c’est un bon compromis. Mais il faut reconnaitre que la radio reste, malgré tout, en position de force dans le sens où c’est elle qui diffuse et qui promeut. Au final, elle ne prend que très peu de risque étant donné que le « produit » qu’elle diffuse est déjà presque à maturité
C’est pour cela qu’elle peut même se permettre de jouer des sons où elle est elle-même remise en cause (le morceau de Youssoupha évoqué, par exemple) parce que les « gossips » entre la radio et les artistes n’intéressent que les fans qui ne représentent à peine 1/10 ème de l’ensembles des 4 millions d’auditeurs recensés chaque jour
Part V
En conclusion, d’un point de vu business, LB sait ce qu’il fait, il a du mérite. C’est sa radio, il a réussi à en faire un média puissant et qui propulse les meilleurs artistes sur la scène internationale, qu on le veuille ou non, il faut l’admettre. C’est un fait.
Parallèlement, c’est une radio qui se veut premier sur le rap, mais une partie des rappeurs se sent mal représentée et constate effectivement que l’effet escompté d’un passage chez Skyrock booste les artistes en terme de ventes. Les exigences commerciales de cette bande FM exige qu’il y ait des nuances à cerner entre :
– les fans et la population de masse,
– le populaire et la scène underground
– timing du succès
– la reconnaissance des concurrents
Cette vision des choses, bien que très claire, laisserait penser que le milieu est très cloisonné et qu’y a une véritable césure entre le peuple et les fans qui écoutent pourtant le même genre musical.
Et ceci mènerait à remette en cause la pérennité d’une émission comme Planète Rap, qui existe toujours à l’heure actuelle sur Skyrock mais qui est destinée à un public qualifié de « connaisseurs »
Donc l’avenir du rap, celui aimé par les vrais fans du mouvement pourrait être en perdition ? Quelle est cette musique à laquelle, au final, très peu de gens s’intéressent ? Qu’est-ce qui différe avec celle qui passe en radio ?
Qu’en pensez-vous ?
TGD

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