Les Ardentes 2018 : Plus chaud que le Brésil !

Une période estivale doublée de l’évènement le plus populaire du monde ne peut que créer des mouvements de liesse impressionnants. Et si la programmation déjà très alléchante de la 20ème édition du festival des Ardentes (du 5 au 8 juillet) était une raison suffisante pour s’enthousiasmer, les deux matchs de football également proposés dans la programmation (France-Uruguay et Belgique-Brésil) ainsi que leurs résultats favorables pour le public sont venus agrémenter une ambiance ô combien festive.

JEUDI

La première journée donne plutôt bien le ton du reste du festival, avec une partie de la francophonie bien représentée. Eddy de Pretto, le nouveau chouchou de Télérama performait sur la petite scène de la Rambla tandis que l’on retrouvait VALD sur la scène de taille moyenne. Un peu plus tard dans la soirée, Damso a maîtrisé de manière très temporisée son set, sa seule présence (déjà vêtu du maillot de la Belgique) étant largement assez pour un public venu en masse pour célébrer son héros local. L’apogée du moment de liesse intervient quand le Bruxellois ramène Kalash sur scène pour interpréter l’un des morceaux les plus populaires de 2017, « Mwaka Moon ». Le même reproche peut être fait aux deux interprètes du morceau « Vitrine » : leurs sets étaient quasiment entièrement composés de morceaux de leurs albums de 2017 alors que les deux en ont sorti de très bons en 2018. Une partie du public aurait apprécié avoir de nouveaux morceaux sur lesquels festoyer, mais il semble que les deux rappeurs gardent quelques cartouches pour leurs tournées respectives…

Il fallait être vif et particulièrement énergique pour enchaîner le concert de Caballero & Jeanjass et celui du groupe légendaire qu’est NTM. « JJ, Caba, le meilleur duo de rap » chantait le Barcelonais dans « La Lettre Pt. 2 ». Et même si le show des deux ambassadeurs du rap belge était excellent, notre petit cœur français penche pour les Old-Timers que sont Joey Starr et Kool Shen. En pleine forme, malgré un démarrage poussif, le Suprême a gardé ce qui faisait son authenticité et sa folie en concert : le jeu de scène, l’alliance de la fine technique de Kool Shen et de la vocifération incessante de Joey Starr font toujours mouche. Le concert est ponctué de plusieurs séquences d’émotions, notamment au moment de « Laisse pas traîner ton fils », « That’s my people » ou de manière plus brute quand Didier Morville déclare purement et simplement son amour pour son camarade.

VENDREDI

La journée tant attendue !! Oui, on aime la musique, oui on était très excités à l’idée de voir MC Solaar, Ibeyi, Lord Esperanza ou même Krisy ! Mais la priorité de cet été ne pouvait qu’être la coupe du monde. D’abord avec le match France-Uruguay, un peu chiant certes, mais suivi par de nombreux spectateurs français et quelques Belges qui nourrissaient déjà une sorte de seum à l’égard des Bleus. Grâce à Varane et Muslera, le rédacteur de cet article a pu reprendre son souffle tandis que Krisy mettait le feu au Wallifornia Beach. Un peu avant le match, c’est Lord Esperanza (qu’on a retrouvé, bon joueur, avec un maillot de la Belgique) qui chauffait le public avant le match des Bleus. Puis vint le moment tant attendu. La tension au départ du match Brésil-Belgique est absolument palpable, les dizaines de milliers de supporters Belges respirent un peu moins bien, jusqu’au premier CSC de Fernandinho et au contre mené par Stormzy Lukaku conclu par une frappe magnifique de De Bruyne. Finalement, la Jupiler coule à flot, les scènes de joie, d’amour et de bamboche sont de celles qui ne peuvent qu’être créées par le football.

Puisqu’il est d’origine mexicaine et que sa nation a été éliminée par le Brésil en 8ème de finale, Tekashi 69 a également été ravi par la victoire des Diables Rouges… « Vous les avez bien défoncés les Brésiliens ! » dit-il en substance, avant de gueuler, provoquer un pogo puis de sauter dans la foule… Tout ça en moins de cinq minutes ! MC Solaar, dont le show sobre et agréable commençait un peu avant le coup de sifflet final s’est montré ému par la joie intense qui régnait dans la foule. Pas trop d’émotion pour Wiz Khalifa qui lui n’en avait sans doute rien à faire du football. Le rappeur de Pittsburgh est simplement venu nous rappeler les grands titres qui sillonnent sa carrière et nous vendre Rolling Papers 2, son album paru le 13 juillet. Le concert est néanmoins très bien maîtrisé et fait sans nul doute partie des meilleurs du festival.

 

SAMEDI

Avec une première partie de la journée chargée en bon rap notamment, la gueule de bois passait beaucoup mieux. Même si on ne comprend rien du tout au flamand Zwangere Guy, son énergie est assez communicative pour nous faire passer un bon moment. C’était un peu moins le cas pour Jimothy Lacoste dont la prestation nous a un peu plus laissés de marbre.  Sopico et Night Lovell concluent quant à eux une première partie de journée par des concerts uniques et maîtrisés à la perfection. On a hâte de retrouver le rappeur de la 75e session et celui d’Ottawa sur scène !

C’est en deuxième partie de journée qu’on retrouve quelques uns des noms les plus ronflants qu’avait à proposer le line-up des Ardentes. Bien qu’on adore le rappeur dans sa version studio, on a beaucoup de mal à s’amuser lors de la performance assez fade de Ninho. Tout avait pourtant si bien commencé avec le « Roro »… Son ami Niska, qu’il rejoint lors du rappel sur « Réseaux », n’est pas beaucoup plus remuant mais ses morceaux jouissent d’une telle ferveur qu’il est difficile de ne pas vouloir se déhancher ou déployer ses ailes de charognard. On a ensuite peiné à comprendre ce que Lil Pump avait de prévu pour son set. Très vite terminé, une communion avec le public quasiment inexistante et des morceaux assez confidentiels joués par le rappeur… On n’a pas trop compris.

Big Flo & Oli, des habitués des Ardentes ont quant à eux mis le feu sur la grande scène, puis ont laissé la place à Orelsan, dont la prestation restera dans les annales. Déjà parce qu’il a battu le record d’affluence pour un artiste dans le festival (record jusqu’à présent détenu par Stromae en 2014), mais également car ladite prestation était un bijou en terme d’intention, de maîtrise, d’intensité et de surprises. Orelsan et toute la troupe qui l’accompagne sont des monstres scéniques et ont parfaitement réussi à synthétiser tout ce qui contribue à la réussite d’un concert : l’émotion, le turn-up, le jeu de scène… Tout était parfait et (spoiler) le concert d’Orelsan était sans aucun doute le meilleur concert du festival des Ardentes. Une belle manière de conclure une belle journée.

DIMANCHE

Le dernier jour arrive bien trop vite, même si la fatigue accumulée par tant de concerts se fait sentir ! Quelle idée alors d’ouvrir le bal par l’empereur de la crasserie Alkpote !? Les batteries à peine rechargées, le rappeur du 91 les use déjà par son flow mitrailleur et son ton le plus criard. Le concert reste assez confidentiel, à l’image de la fanbase d’Alkpote. Entre Junglepussy, Bhad Babie et Angèle, cette journée est celle où le plus de femmes sont mises à l’honneur, sans même compter The Internet représentée par la charismatique Syd. Junglepussy est venue présenter son dernier album avec plein d’entrain et de déhanchements techniques devant un public conquis, tandis que sur la même petite scène de La Rambla, c’est la tout aussi petite fille Bhad Babie qui a ameuté un monde incroyable autour de sa prestation. La fille du pays, Angèle, avait quant à elle droit à la grande scène et en a notamment profité pour présenter les morceaux de son premier album à venir. A priori, on risque de bien l’aimer.

La nouvelle égérie de Lacoste, Moha la Squale, a elle aussi profité de la grande scène ! Rempli d’énergie, fougueux comme jamais, son manque de maîtrise est néanmoins assez affligeant… On espère que la tournée du natif de la Banane lui offrira l’expérience nécessaire pour la bonne tenue d’un micro et la bonne gestion du rythme dans ses futurs concerts. A l’approche de l’arrivée de Lorenzo, les « mamen » s’entendaient à peu près partout et certaines personnes osaient même arborer les bobs dégueulasses qui ont fait sa renommée sur internet. Le concert était sans nul doute amusant pour la tranche d’âge y assistant, mais la musique de Lorenzo reste malaisante au possible pour peu que l’on cherche à comprendre ses intentions.

Après le magnifique bordel organisé du groupe The Internet, notamment venu présenter son nouvel album Hive Mind, arrivent deux des artistes les plus attendus du festival : si le show de Skepta commence à la bonne heure, il est au départ ponctué d’interruptions, la faute, selon l’intéressé, à la poussière qui lui défonçait la voix. Toutefois, on s’amuse toujours dans un concert de Skepta, tant le Londonien est plein de vivacité et connaît tous les moyens pour faire bouger son public. Quant à ces trois truands formant  » le plus grand groupe au monde », ils arrivent avec un peu plus d’une heure de retard. Le public gronde, lance des projectiles mais tout est oublié en une seconde. Le show de Migos est monstrueux en tout point : monstrueux de maîtrise et de désintérêt limite apparent de la part de Quavo, Offset et Takeoff. Quel show néanmoins…

Les activités annexes

Si quelques concerts n’intéressaient pas, le site du parc Astrid regorgeait d’activités annexes : karaokés, initiation au beatmaking, concours de Mario Kart 8 ou de FIFA 2018… Pour s’ennuyer, il fallait vraiment le vouloir.

Internet, star de la programmation

On ne parle pas du nouvel EP de Lord Esperanza ni même du groupe de Syd, mais d’une nouvelle règle tacite qui a dominé la programmation des Ardentes et d’une grande majorité des festivals de cet été : celle du buzz internet. Et quand on voit le monde rameuté par Bhad Babie – découverte dans une émission type « C’est mon choix » aux États-Unis -, la ferveur populaire autour de Lorenzo et de Moha La Squale (encore quasiment inconnu il y a un an de cela), on se rappelle de l’incroyable puissance de viralité de la toile et on est tiraillés entre féliciter les jeunes d’être aussi curieux ou les gronder de passer tant de temps sur les réseaux.

R.I.P XXX Tentacion

L’émotion suscitée par la mort de XXX Tentacion est une conséquence de cette jeunesse très proche des réseaux sociaux. Et ce n’est pas que les spectateurs ; les artistes aussi ont tenu à rendre hommage à XXX Tentacion, même très brièvement. Que ce soit au concert de Migos, Gashi ou de Bhad Babie, nombreux sont ceux qui ont donné au public une nouvelle occasion de bouncer sur « Look at Me » comme si Jahseh Dwayne Ricardo Onfroy était encore parmi nous.

 

 

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A appris à aimer grâce à Kanye West, Nekfeu, Alpha Wann et Eiichiro Oda..

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