Le Hip-Hop et ses mamans (Chronique)

Quelles sont les personnes les plus importantes dans nos vies ? Quelles sont celles que l’on veut le plus honorer de notre réussite ? Qui sont les vrais MVP, selon Kevin Durant ?

Dans le Hip-Hop, la mère a quasiment un pouvoir divin (“entre un ange et une femme, j’sais plus où te situer”, disait Stomy Bugsy dans “Pour ma mama”) et beaucoup de nos artistes préférés confessent n’être rien sans elles. Le succès leur rappelle que le chemin a été douloureux, non seulement pour eux mais aussi et surtout pour leurs mères. Quel que soit son mode opératoire habituel, quel que soit ses thèmes de prédilection, drogues, femmes, grand banditisme ou autre, le fils qu’il est ne peut empêcher l’amour maternel de rejaillir. Ghostface Killah, l’un des plus gros gangster de tous les temps s’est vanté d’avoir putes, thunes, substances illicites et même un putain de porte-monnaie pare-balles… Mais sa chanson avec Mary J. Blige remet tout en cause. Tout ce qu’il a, c’est sa mère, rappelle-t-il alors.

Sans mère, c’est dur

Une vie sans mère, c’est comme “enlever la mer de la côte d’azur” selon Oxmo Puccino, auteur du plus beau des hymnes français sur le sujet. Jr O Chrome de la Sexion d’Assaut n’en penserait sans doute pas moins. Lui et son groupe ont ému la France entière jusqu’aux Victoires de la musique en 2013 lors de l’interprétation d’“Avant qu’elle parte”.

Parmi celles qui nous ont quittées, il y a aussi Donda West, mère de l’extravagant Kanye West. Donda West meurt en novembre 2007, soit deux mois après la sortie du plus grand succès commercial de son fils, Graduation. C’est à ce moment que Kanye se transforme en superstar de la Pop avec son album 808 & Heartbreak. Cet album contient notamment la musique la plus glaçante que le rappeur de Chicago n’ait jamais composé, “Coldest winter”.  Ce morceau illustre la tristesse infinie de l’auteur de “Hey mama”.

Le cas d’Eminem est plus compliqué… Sur son deuxième album, The Slim Shady LP (1999), Marshall aborde pour la première fois le lien conflictuel qu’il entretient avec sa mère. En 2002, le rapport est plus direct et Eminem va jusqu’à imaginer l’enterrer lui-même dans le clip de “Cleaning out my Closet” . Dans son dernier album toutefois, seuls les regrets et l’amour se font entendre dans le morceau “Headlights”, vêtu d’un clip touchant réalisé par Spike Lee. Ce qui est triste dans l’histoire, c’est qu’Eminem est devenu un peu claqué entre temps… Mais bon, il aime sa mère et c’est l’essentiel !

Les mamans et 2010

L’amour maternel est évidemment intemporel comme le prouve des artistes plus jeunes que ceux cités ci-dessus. Les cheveux grisonnants de la mère de SCH l’inquiètent dans “Allô maman”, les souvenirs de sa jeunesse innocente apaise Guizmo dans “Maman STP” alors qu’A2H cherche à rendre hommage à toutes les “daronnes qui luttent” dans “Mama”, sublimé par la mélodie puissante de Zéfire.

De l’autre côté de l’Atlantique, Drake s’adresse directement à sa mère dans “You and the 6”, et fait ce qu’il fait de mieux sur le morceau, soit se la raconter sans presque le faire exprès.

Dans good kid, mAAd city, deuxième album de Kendrick Lamar, les nombreuses conversations téléphoniques manquées entre lui et sa mère témoignent de l’affection qu’elle lui porte. D’ailleurs, la SUV en couverture de l’album de K.Dot appartient à sa maman ! L’hommage existe toujours, mais il est plus symbolique.

J. Cole, quant à lui, fait apparaître sa mère dans le clip de “Apparently”, et son premier couplet revient longuement sur la bravoure de celle-ci…

Monoparentalité

Ce même J. Cole avait enregistré une musique nommée “Lost Ones” en 2008, sur laquelle il s’attarde en trois couplets (au format thèse- antithèse- synthèse) sur le cas d’un couple dans lequel la femme est enceinte. Cette musique, l’une des plus importantes de sa discographie, explique la fascination qu’ont les rappeurs pour leurs mères. Beaucoup ont grandi dans une maison monoparentale, et le refus d’avorter, comme le démontre le deuxième couplet (“I ain’t budgin’, I just do this by my motherfucking self” / Je ne reculerai pas, je le ferai par moi même), est véritablement perçu comme un acte de bravoure. Et la première preuve d’amour inconditionnel pour l’enfant en question.

La question de la monoparentalité est souvent abordée, en musique, chez Tupac dans “Dear mama” par exemple, mais également chez Doc Gyneco sur le titre “Tel père, tel fils”. Le doc parle de l’absence d’une figure paternelle, et de ce qu’elle a entraîné dans sa vie de jeune adulte.

Spike Lee a même réalisé le film She Hate Me sur le thème de la monoparentalité aux Etats-Unis, et décrit, non sans absurdité, les raisons de l’absence paternelle.

FDP

Quand on aime beaucoup, cela laisse toujours une ouverture à notre pire ennemi. Un bon exemple est celui de Booba. Celui qui fait des roues-arrières dans l’cul d’ta madre, a accumulé les punchlines les plus sales visant mamans, grandes-mamans et parfois même arrière grande-maman (cette dernière étant la seule à ne pas savoir qui il est). Karma ou simple coïncidence, la mère de B20 a été kidnappée en 2006, ce qui n’a certainement pas ralenti l’insatiable envie de l’intéressé de niquer des mères (après tout, c’est le scénario).

La Fouine a lui aussi chanté sa haine envers Booba et maman Yaffa dans le raffiné “Fête des mères”. Le refrain propose au Duc de niquer sa mère à lui (pour changer) en guise de cadeau pour la fête des mères… Il ne lui en fallait pas plus pour penser un clip d’inspiration Michael Bay.

La (mal)sainte trinité des clash ne serait pas complète si l’on ne parlait pas de Rohff, qui lui aussi a eu ses petits mots doux pour les mamans dans son morceau “Sévère” (“nique ta mère, fils de pute oui c’est nous qui allons le faire”). Là aussi, on parle de niquer des mamans, et donc, on fait péter le budget clip.

Plus récemment, le jeune rappeur le plus en vogue du moment, XXXTentacion, toujours très énervé par le fait que Drake lui ait piqué son flow sur “KMT”, est prêt à tout pour que le Canadien se mette à s’énerver à son tour. Vraiment à tout…

“La mère de Drake est plutôt mignonne, elle pourrait se la prendre”…

Niquer des mères, niquer des mères…. C’est aussi de cette manière que le respect s’apprend selon VALD et son titre “Bonjour”. Aucune insulte ne ressort de cette musique… Aucune sauf “niquer sa mère” (et “niquer la mère de sa mère”, il est vrai), mais c’en est déjà trop. C’en est déjà trop, car VALD le répète environ 500 fois, mais aussi parce qu’on ne touche pas à la mère d’autrui, demandez à Aladoum des Rap Contenders. Et quitte à le faire, autant le faire avec un peu de classe… Prenons pour exemple Fuzati (“Dans le hip-hop une règle est de n’pas dire du mal des prostituées : on n’se moque pas du travail des mamans des MC’s français”) ou plus récemment et avec plus de classe, Espiiem (“Regarde l’Etat, dans leur cœur c’est la Sibérie/Pas d’insulte mais je dirais juste qu’ils ont les mères qu’ils méritent”).

Toutes ces guéguerres ont cependant une fin, et les mamans peuvent être colombes sur le champ de bataille. On se rappelle du plus grand clash de l’histoire du Hip Hop entre Jay-Z et Nas, et des lignes pas très sympas de Shawn Carter sur le morceau «Supa Ugly» qui supposaient des relations sexuelles entre lui et la mère du premier enfant de Nas («  I came in your Bentley backseat, skeeted in your Jeep / Left condoms on your baby seat  » / J’ai éjaculé sur la banquette arrière de ta Bentley, jouis dans ta Jeep / laissé des capotes sur ton siège bébé). La guerre, c’est la guerre, il n’y a pas de règles  ! Mais tous les soldats ont des mamans. Ainsi, quand Gloria Carter somme à son fils de s’excuser de ces propos désobligeants, il s’exécute illico, en direct sur Hot 97, la radio Hip Hop la plus écoutée de New-York à l’époque (décidément, les femmes dans la vie de Jay-Z…). Le clash ne s’arrête que 5 ans après l’intervention de Gloria (en 2006), mais on peut supposer que le premier pas pacifique s’est fait grâce aux excuses de Jay-Z, et donc grâce à sa mère.

“Ma musique, c’est comme ta mère : une chose à dire, écoute-la bien”, voilà quelques mots bien trouvés par Makala que Jay-Z doit regretter de ne pas avoir réussi à placer dans sa discographie.

Soyons comme Jay-Z et Makala et écoutons nos mamans afin de faire de ce monde un endroit plus pacifique  !

Yoofat est sur twitter : @Yoofat30

1 Comment

  1. All Eyez On Me Mai 29, 2017 at 20 h 06 min

    Ce genre d’article intéressant qui se boit comme du ptit lait il en faut plus <3

    Reply

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *