La Fête est Finie : Orelsan est vieux et brillant

L’un des grands défis qu’impose le rap depuis quelques années est de voir ses grandes figures vieillir tout en proposant une musique pertinente. Défi qu’Eminem a failli misérablement, que Jay-Z a passé avec la note minimale, que Booba ou Juicy J refusent absolument de relever.
Orelsan, fer de lance de la nouvelle école de rap français était un jeune adulte en pleine crise d’adolescence à ses débuts. Huit années sont passées depuis Perdu D’Avance, et l’auteur du Chant des Sirènes tient à conclure la trilogie de son évolution humaine et sociale en relevant le challenge et en assumant son age ayant déjà dépassé celui de “Jésus, Bruce Lee et Balavoine”. Il est temps de grandir, de se poser, de prendre le risque de devenir chiant.

Radoter

Depuis “La Terre est Ronde”, Aurélien Cotentin, de son vrai nom, semble écrire sa vie et son rapport au temps en cycles. Son élévation sociale ne lui empêche pas de conserver son ADN de geek, de français moyen à la culture méprisée par les élites. La Fête est Finie est avant tout un album de ce même otaku de la culture japonaise, se baladant dans le métro avec un katana dans le dos. L’évolution d’Orelsan reste le fil rouge d’un album fascinant, mais celle-ci se fait à travers sa sensibilité…

L’album semble être scindé en deux parties : une première où Orelsan introduit les thèmes phares de l’album et une autre où ces mêmes thèmes sont repris avec plus de profondeur, de richesse et d’esprit. De ce fait, certains propos sont répétés, de sa relation difficile avec sa famille “moyennement classe” ou de la difficulté d’être célèbre. Il semble, dans un premier temps qu’Orelsan radote des choses simples et basiques. Oui, les fêtes de famille sont ennuyantes, oui les clichés ont la vie dure, oui le monde est cruel. Malgré une énumération de faits plus ou moins profonds de la première à la sixième piste (de “San” à “La Lumière”), on apprécie la diversité musicale que propose entre autres Skread à Orelsan (Stromae et Guillaume Brière participent également à la production de l’album). On passe du grime anglais à la chanson française, prenant quelques virages électros sans que la cohésion de l’album en soit affectée. Orel maîtrise son propos de la première à la dernière piste grâce à son charisme vocal et à son sens de la formule exceptionnel.

Évoluer

La réflexion d’Orelsan a beau être cyclique, c’est bel et bien son évolution qui est mise en avant dans ce dernier album. Comme toute bonne trilogie qui se respecte, le personnage principal, un brin désœuvré mais incroyablement talentueux, à force de chemins parcourus et de rencontres devient ce pour quoi il a toujours été destiné. #Frodon, #LukeSkywalker, et même #KanyeWest ! Depuis Perdu d’Avance, Orelsan a gagné en assurance, affirme bien plus qu’il ne questionne, rit moins des autres que de lui-même et exprime des émotions nouvelles, inhérentes au temps qui passe…

Son statut de “superstar” de la chanson française l’amuse, d’où “Christophe” avec son ami de longue date, Maître Gims. Un morceau afro-trap, avec un rappeur blanc sans street-cred et le chanteur noir préféré du Massif-Central, cela ne peut exister que grâce à ce duo. Aussi son statut de “superstar” de la chanson française l’épuise, et une sorte de nostalgie se dégage du morceau “Zone”. Orelsan rappe comme à l’époque où il devait casser des bouches sur “Radio Phenix”, Nekfeu en fait de même. Quant à ce bon vieux Dizzee Rascal, il honore l’invitation de son fan numéro un en France par une performance cinq étoiles.
La nostalgie s’empare du natif de Normandie sur les deux morceaux caennais de l’album : Orelsan s’improvise guide touristique d’une ville grise qu’il met en couleurs grâce à ses réminiscences dans “Dans ma ville on traine”. Dans l’autre morceau, Orelsan regrette “La pluie” sur laquelle il crachait à l’époque de “Étoilés Invisibles”, et Stromae la rend belle, la faute à un refrain dont lui seul a le secret. Enfin, les tentatives de relations frivoles (“Pour le Pire”), les relations frivoles (“50 pourcent” ou “Double vie”) et les désillusions amoureuses (“Sale Pute” ou “Finir Mal”) ont été le ciment nécessaire à la création de l’Amour chez Orelsan. Si on apprécie que très peu l’ambiance wanna-be PNL de “La Lumière”, on ne peut qu’être époustouflé, et même un peu ému par “Paradis”. Quelques jeux de mots bien sentis, beaucoup d’hyperboles, une instru trap, une mélodie entêtante et, cerise sur le gâteau, une référence à One Piece. Il n’en faut pas beaucoup plus pour créer un classique, une musique d’amour véritable que tant de rappeurs peinent à peindre avec autant de détails.

Une relation amoureuse stable, un boulot difficile à assumer tous les jours, une nostalgie provinciale de citadin Parisien… Orelsan a tous les symptômes du vieux mec chiant, mais l’assume et le raconte avec brio. La Fête est Finie, Orelsan conclut donc cet album avec une ingéniosité propre à lui, en listant le savoir, l’humour et la sagesse qu’il a emmagasiné durant sa trilogie. “Notes pour trop tard” est enjolivé par la présence du duo Ibeyi, qui marie ses voix mystérieuses au débit monocorde du rappeur. Une somptueuse manière de conclure “la fin du début” de la carrière de l’un des plus grands noms de la chanson française depuis près d’une décennie.

 

Yoofat est sur twitter

1 Comment

  1. Le Pouk Oct 31, 2017 at 17 h 19 min

    Très bonne critique

    Reply

Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *