La Chronique du L #11 Sëar Lui-Même – Chasseur de Têtes

Il y a 10 jours, Sëar Lui-Même a sorti son nouvel album « Chasseur de Têtes », un projet passé inaperçu alors qu’il fait clairement parti des sorties majeures de ce début d’été.

« Moi j’fais ça pour le kiff », « trop crade comme un constat d’adultère », voilà bienvenue dans le monde merveilleux du rappeur originaire du 95 et plus particulièrement de Sarcelles, ville du Secteur Ä et de Driver. Sear a derrière lui plus de 20 ans de carrière, il a été présent sur les deux compiles cultissimes « Première Classe Vol.1 & 2 », a sorti plusieurs albums et rééditions. Proche du Gouffre depuis quelques années et désormais signé sur le label L’or Noir, on l’a vu sur sur les projets « Marche Arrière » et « Apéro Avant La Galette » du Gouffre, en featuring avec L’indis, Flynt, Tekilla ou encore Lacraps.

Après deux ans sans projet et « A L’arrache Episode 2 : Histoires Sans Fin », revoilà Sëar Lui-Même.

Chasseur de têtes, casseur de nuques

12 titres, 38 minutes et 3 invités : Char, Warlock et Gabz sur des prods de Char décidément partout en ce moment, coucou l’excellent album commun avec Joe Lucazz « Paris Dernière », I.N.C.H., Mani Deiz, Gabz et Soul Drama.
Déjà, il y a des éléments qu’on s’attendait à retrouver comme des samples de film pour attaquer certains morceaux comme le début de « Le Pacte » avec une tirade sortie tout droite de « L’associé Du Diable », des couplets kickés sur des prods sonnant old school et surtout les thèmes fétiches du rappeur, le temps qui passe, les inégalités, la société,… Même si l’on sait qu’il ne va pas aimer ça car il ne se considère pas comme un porte-étendard des banlieues, Sear peut-être qualifié de journaliste de la rue sans filtres, ni retenus comme une sorte de portes-paroles sans fioritures, pas de politiquement correct mais pas besoin d’insultes pour parler de tout ça : « ça fait un bout d’temps qu’on espère un coup de chance, un bout de temps qu’on aimerait bien que tout change, un bout de temps que les gens perdent l’insouciance, bien souvent meurent dans la souffrance  » ou dans la chanson « Massoud » « c’est parce-que j’ai craché dedans que je viens leur servir la soupe » « on a creusé les tranchées on a pas peur de bouffer de la boue, la plus grosse erreur qu’ils ont fait, nous avoir poussé à bout « .

Mais bien sûr, il y a aussi des choses qui changent comme certaines prods très différentes de ce qu’il a déjà pu nous proposer et beaucoup plus de chants, non pas que Sear se met au chant mais les invités sont là pour apporter ce petit supplément qui a pu parfois lui faire défaut sur les précédents projets bien que le titre « Le Mix et La Miff » en soit le contre-exemple. « Massoud » et « Kid Paddle », le titre est évocateur pour ces deux morceaux car ils représentent deux choses totalement différentes : le combat pour le premier et l’enfance pour le second et il se sert de ces noms pour parler de différents thèmes nous rappelant le titre du morceau qu’à travers le refrain ce qui est assez intelligent de sa part.

Je ne pouvais pas parler de cet album sans en placer une pour l’excellent morceau « Martin », une dédicace évidente à Martin Luther King plus jeune prix nobel de la paix, militant des droits de l’homme et en particulier pour le droit à l’égalité des personnes noires. Dans ce morceau, il nous raconte l’histoire de sa vie de sa naissance à son assassinat, une suite chronologique qui lui sert pour parler des différentes affaires sordides de racisme pour aussi nous montrer l’évolution des droits et les progrès fait grâce en partie à ce grand homme. Une storytelling de haute volée en adéquation parfaite avec l’instru qui nous tient en haleine.

Quelle place pour lui dans le rap actuel ?

Ils sont totalement différents mais on peut faire un parallèle avec Joe Lucazz, déjà pour le travail avec Char du Gouffre et ensuite pour le côté underground, talent pur mais sans chercher la lumière, à la manière d’un Hugo TSR, on a l’impression qu’il sort des morceaux quand ses potes ont envie d’en avoir des nouveaux, loin de tout calcul de ventes ou de bénéfices, juste du hip-hop comme on l’aime.

Il peut passer 2 ans sans sortir de morceaux puis revenir et sortir deux projets en un an comme en 2016, donc apprécions cet album comme il est et attendons qu’il décide à en sortir un nouveau. Le temps ne presse pas car à la manière de La Cliqua, ses albums sont « conçus pour durer ».

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