KPoint : « Je suis un gars de la scène, j’ai l’attitude d’une Rockstar » (Interview)

Il est fin et long, d’origine camerounaise et martiniquaise et ne rappe jamais sans sa guitare. Le profil atypique de KPoint souligne une singularité toute aussi marquée dans sa musique, riche, inspirée et polymorphe. Temps Additionnel, sa nouvelle mixtape qui est disponible depuis le vendredi 15 février, est une nouvelle occasion de s’en rendre compte, la preuve en est par cet entretien fort sympathique que l’artiste de Ris-Orangis (91) nous a accordé il y a quelques jours…  

Comment vas-tu KPoint ?
Ça va, un peu fatigué. Je fais la première partie de SCH en ce moment. C’est lourd, on a enchaîné trois dates, dont l’Olympia récemment.

Comment a réagi le public vis-a-vis de toi ?
Ils ne viennent pas pour moi au début, donc tu es obligé de les « séduire ». Mais une fois que tu t’y habitues et que tu travailles sur les sets qui leur plaira, tu n’as plus qu’à le faire, et au final ils adhèrent.

Retrouvez Kpoint sur scène le 15 mars à La Boule Noire de Paris

Comment vas-tu à quelques jours de la sortie de Temps additionnel ?
Je me sens bien, contrairement à la sortie de Trap’n’Roll (ndr : en novembre 2017) où j’étais un peu stressé. Par rapport à ce projet, je me sens bien. Je pense qu’il y a une évolution entre les deux mixtapes et que les auditeurs vont le remarquer.

Faisons un point rapide sur la sortie de Trap’n’Roll ton premier « gros » projet… Il est sorti il y a un peu plus d’un an. Quel bilan en fais-tu ?
Les retours concernant Trap’n’Roll sont positifs. Après, s’il n’y a que quinze personnes qui disent que c’est lourd, c’est simplement qu’il faut faire plus. Avec cette mixtape, je pense qu’on va dépasser le succès d’estime. J’ai l’impression qu’il y a une évolution par rapport aux collabs que j’ai fait et par les connexions que j’ai fait avec les beatmakers.

Avec Trap’n’Roll, on découvrait un artiste qu’on peut qualifier de spécial dans son approche de la musique, bien que ça reste du rap…
Trap’n’Roll a permis de marquer la différence, même par le nom du projet, qui est aussi le nom du style de musique que je fais. C’est avec Christopher Genda qu’est venu ce nom, parce qu’on avait mélangé toutes les sonorités allant du blues à la rythmique africaine…

De nouveau, tu sors une mixtape : quelle différence fais-tu entre l’appellation « mixtape » et « album » ? Qu’est-ce qui t’empêche d’appeler « Temps additionnel » un album ?
Tu dis « mixtape », mais moi j’appellerais ça un « projet ». Je dis « mixtape » pour que les gens comprennent. Pour moi, il n’y a pas vraiment de différence.

Ne sens-tu pas qu’il y a une étape à franchir avant d’arriver à l’appellation « album » ?
Dans tous les cas, il y a une étape à franchir ! Je vais jamais me dire « comme c’est une mixtape, je vais pas travailler ce son de telle ou telle manière ». J’ai une manière de travailler qui fait que j’ai toujours envie d’évoluer. Je suis un éternel insatisfait au niveau de la musique. Et dans ce cas, tu évolues naturellement, voilà pourquoi je ne mets pas de différence entre mixtape et album. Pour moi, c’est la même manière de travailler.

Y-avait-il un morceau sur Trap’n’Roll sur lequel tu voyais une évolution possible pour toi ?
En fait, j’ai vu trop d’évolutions possibles. J’ai dû piocher quelque part. Le titre « Trap’n’Roll », je le mettrais dans la même filiation que « Ma 6T a craqué » ou « Senor Django ». « Prisonnier du globe », ce serait « Temps additionnel ». Un morceau comme « Compte à rebours », qui est un peu plus vieux, a aussi été une base pour certaines de mes musiques. Je ne me suis pas posé sur un seul style de sons de Trap’n’Roll.

Le premier extrait de la tape est « Ma 6T a craqué ». Qu’est-ce qui t’a inspiré ce titre ?
Au départ, on est pas partis sur le film. Par rapport à l’instru, moi et Ninho, on voulait faire bouger la street. Quand j’ai fait écouter la sélection de prod à Ninho, au moment où cet instru a démarré il m’a dit : « C’est celle-là ». On l’a mise en boucle, le refrain est venu naturellement. Mais on a rejoué une scène du film dans le clip.

On sait que vous êtes tous les deux dans le même label en plus d’être du 91. Comment s’est passée la collaboration avec N.I ?
Il y a eu plusieurs facteurs : déjà on a des amis en commun, on est dans le même label, nos producteurs se connaissent… On DEVAIT faire ce son.

Y-a-t-il une pression particulière à travailler avec Ninho, un artiste très populaire, qui vend beaucoup de disques et qui a la réputation de plier des prods ?
A la base, j’ai toujours la pression, même quand je fais des sons solos. Après, j’ai rarement fait des feats et justement, j’étais content de le faire avec CE mec là. Le mec qui dead ça. On pouvait que faire un putain de son. Donc j’avais une pression naturelle, mais j’étais serein parce que je savais qu’on allait faire un putain de son.

Puisqu’on parle du 91, c’est un département qui regorge de rappeurs très différents, très spécifiques, de Ninho à Alkpote en passant par Koba laD, plus récemment… Comment tu l’expliquerais ?
C’est vrai qu’on est tous très différents, mais si tu regardes bien, un gars comme Alkpote, il fait des rimes multi-syllabiques et moi aussi je le fais souvent. Je pense qu’on a tous une base de « débiteur » mais chacun l’a développé à sa manière. C’est pour ça que le 91, c’est trop lourd. Si tu mets un son de Niska où il rappe, et un son de moi ensuite où y’a que du chant, ce sera les mêmes rythmiques. On a tous la même base, on a tous écouté les Nubi, LMC Clique, La Comera… On a tous développé ça à notre manière.

Penses-tu que le succès récents des rappeurs de l’Essonne joue sur ton ambition personnelle ?
Non, ça fait un long moment que j’ai la même ambition. Je ne me suis pas placé de deadlines. En fait je suis sûr de ce que je veux. Je sais que je travaillerai assez et je sais que je l’aurai. Mais se comparer aux autres, je ne suis pas du tout dans ces pensées là. Je connais ce business, et je sais que si tu bosses pas, t’as pas. Et je sais que si un gars est arrivé à ce succès, c’est qu’il a bossé. Je ne peux que respecter ça. Donc vaut mieux bosser dans mon coin que de penser aux autres, sans pour autant ignorer ce qui se passe autour parce que c’est important. Mais il faut être focus, et le temps fera les choses. Nous, on joue dans le temps additionnel.

Est-ce qu’un projet « 91 empire » pourrait se faire, selon toi ?
C’est un projet en sous-sol. « 91 Empire » ne sera évidemment pas le titre. Mais j’estime qu’il y a beaucoup de talent ici, et ce, depuis très longtemps. On a la chance d’être mis dans la lumière aujourd’hui. Il suffit de réunir le tout, mais dans le 91, c’est difficile de réunir tout le monde. Le 9.1 c’est la bagarre (rires). Mais je pense que ça va se faire un jour.

La nouvelle mixtape que tu sors s’appelle Temps additionnel. Peux-tu m’expliquer pourquoi ?
L’image, c’est ça : pendant 90 minutes, je regarde les gens du banc à me dire : « ah ouais, il est chaud, celui-là » etc… On me fait rentrer à la 93ème. J’arrive, je place un coup de tête. But. Fin du match. C’est ça pour moi le Temps additionnel. J’ai attendu un an avant de le sortir et… On verra.

J’ai trouvé que tes inspirations latinos-américaines sur la mixtape sont intéressantes. J’ai notamment pensé à « Havana » de Camila Cabello en entendant « Senor Django » pour la première fois… 
Je vais t’expliquer d’où vient l’inspiration pour « Senor django ». J’ai écouté le son « Narcos » de Migos et j’ai vu qu’ils avaient utilisé un sample d’un son kompa, qui s’appelle « Les Difficiles ». Ils sont partis de cette instru là pour en faire un son trap. Je me suis dit : »oh les bâtards ». J’ai voulu faire le même délire. J’ai fait des accords à la guitare. J’ai appelé Christopher Genda et je lui ai dit que je voulais faire un son « mi-trap, mi-kompa ». Je suis allé le voir. Christopher Genda, bon zaïrois qu’il est (rires), commence à jouer du piano et le morceau ressemblait à de la rumba ! J’ai insisté sur le fait que je voulais du kompa et pas de la rumba ! Mais il persiste et me fait kiffer sa rumba. Je lui ai quand même dit que je voulais un truc pour que les antillais se reconnaissent. Bref, il a réussi à tout mélanger. Sur scène, quand je fais ce morceau, je refais le solo du guitariste des « Difficiles », tu vois ce que je veux dire ? Et vraiment, ce son là, je peux absolument pas le voir comme inspiré de « Havana ». Si tu regardes bien, il y a beaucoup de sons qui partent des mêmes accords. Comme pour des sons trap ou des sons « coupés-décalés » par exemple. Ce que j’essaie de faire dans ces sons là, c’est vraiment de développer la guitare dedans. Pour moi, c’est très important.

Quid de la référence cinématographique à Django Unchained ? Est-ce que le cinéma joue un rôle dans ton processus de création ?
Pas instinctivement. C’est vraiment quand je me pose et que je réfléchis que je visualise cela. Mais naturellement non, je ne suis pas trop cinéphile. Pour les titres de films, je suis une galère ! J’aime le cinéma, sans plus.

Peux-tu nous parler de la cover de l’album ?
L’allure de rockstar était voulu. Avant, j’étais souvent avec une guitare sèche. Il fallait que ça évolue et la guitare électrique est plus dynamique. Je suis beaucoup dans ça actuellement, d’où l’un des titres du projet. Moi je suis un gars de la scène, et l’attitude Rockstar colle avec l’ambiance.

Kpoint sort la guitare électrique pour « Temps additionnel »

A qui penses-tu quand tu parles de Rockstars ?
Chuck Berry ! C’est un ouf ! Il arrive à bouger avec la guitare sur scène. Et quand je dis qu’il bouge, il fait des trucs de ouf. Et moi, déjà sans la guitare, je bougeais partout sur la scène. Donc je me dis que ce mec il est chaud, et il faut que je m’inspire de lui parce qu’il arrive à faire rire les gens, à transformer ça en jeu. Sinon, Jimi Hendrix. C’est un renoi, fin, long et qui bougeait beaucoup sur scène… Il ressentait vraiment la musique, c’était lourd.

Et Johnny ? Tu avais fait un son avec Raiders qui s’appelait « Johnny Hallyday » en 2016.
Tout le monde a écouté Johnny Hallyday (se met à chanter le début de « Oh Marie » !) Son nom est un classique. Paix à son âme. T’es obligé de le big up dans le milieu des rockstars.

D’ailleurs, je t’avais vu pour la première fois sur scène il y a peu et c’est vrai que ce que tu dégages en concert est très particulier…
Ouais, et tu te demandes « qui c’est ? c’est un renoi, il est long, il a une guitare… ». C’est très difficile de me caser. Et c’est tant mieux.

J’ai l’impression que tu as légèrement fait tomber le masque sur Temps Additionnel, en comparaison avec Trap’n’Roll
Dans Trap’n’Roll, je mélangeais l’egotrip dans les sons posés. Les textes étaient rap, mais chantés. C’était des textes egotrips mais sur une mélodie qui va te faire voyager. Là, j’ai essayé de prendre l’instru comme les gens l’attendaient. C’est à dire faire des paroles un peu plus profondes. Sur Temps Additionnel, j’ai vraiment plus parlé de mes pensées profondes. Trap’n’Roll, après analyse, c’était un peu général. Sur ce genre de prods, j’essaie d’exprimer le fond de mes pensées.

Ce que tu expliques, on le ressent plutôt bien sur le morceau « Pas là »… 
Je le vois comme un « Delorean 2 » !

Est-ce qu’un morceau comme ça est difficile à écrire ?
Ben non. Étrangement, je trouve ça moins difficile que vouloir faire du simple. Faire du simple, je trouve ça compliqué. « Pas là », je l’ai écrit avec Jack Flaag, un producteur camerounais. Il était venu au studio et m’avait proposé ses prods. On s’est connecté direct. Quand j’ai écrit le refrain, il avait déjà le début du premier couplet, et ça collait parfaitement. « Pas là » s’est fait comme ça.

Y-a-t-il eu d’autres morceaux où l’écriture a été un peu collégiale ?
Il arrive qu’un beatmaker ajoute sa topline sur le beat qu’il envoie. Sinon, je suis constamment avec mon gars, DJ Anakin, ou en équipe. Je peux leur montrer ce que je fais et eux vont pouvoir me dire : « Non là, c’est pas bon ». Quand t’es en équipe, un son, tu ne l’écris jamais vraiment tout seul. C’est important de savoir écouter ce que les gens ont à te dire et ne pas rester dans ton truc à toi.

Du coup, tu écoutes toujours leurs conseils ?
Oui, toujours. Sauf quand ce que j’ai fait me procure trop de frissons et que je ne peux vraiment pas le changer. Mais j’écoute beaucoup, c’est important. J’écoute mon petit entourage, tu vois. Je n’écoute pas tout le monde. S’entourer de « yes-man », des gens qui disent oui à tout ce que tu fais, c’est pas bon non plus. Mais je pense que c’est en écoutant qu’on évolue.

Tu me l’as dit auparavant, tu n’es pas une personne qui fait beaucoup de featurings. Comment se sont passées les collaborations avec Sadek et GLK ?
J’aime trop le style de Sadek. J’aime le fait que ce soit un rappeur mais qu’il prenne le parti de faire des trucs très décalés. Un autre gars que j’aime dans ce délire, c’est VALD. Ils rappent street, mais ils s’en battent les couilles. Quand j’ai reçu la prod’, j’ai visualisé le clip et le délire et je ne voyais que Sadek avec le délire chemise, caliente etc… Du coup, je l’ai contacté et il aimait pas trop la prod. Je lui ai montré le délire que je visualisais quand il est venu en studio, il a accroché et on a écrit le morceau ensemble.
Pour GLK, c’est une connexion tardive. J’aime bien ce rappeur, mais je le trouve dans le sous-sol par rapport à ce qu’il sait faire. Je pense qu’il pourrait aller beaucoup plus loin. Nos producteurs se connaissent et nous ont donc connectés. Il est passé au studio, et on est directement partis sur la première instru écoutée.

Une autre collaboration que tu as faite et que j’aime beaucoup est celle avec Moon’a, « Mamma Mia ». Je suis presque déçu qu’elle ne figure pas sur la mixtape parce que c’est peut-être le morceau que je préfère de ceux que tu as fait dernièrement. Peux-tu nous raconter l’histoire de ce morceau ?
Moi aussi, je la trouve très lourde cette collab. Moon’a est venue dans mon studio et m’a fait écouter des prods. Il y avait le choix entre plusieurs ambiances et j’ai préféré coller à celle-ci. Elle n’a même pas parlé chinois, a écrit son texte, posé son couplet… C’est pas un thème meuf-mec. Moi, j’ai fait le son comme si j’étais avec un mec, et pas du tout dans le délire « tu veux du love » etc…

Y-a-t-il un morceau que tu préfères aux autres dans Temps Additionnel ?
Je les aime tous, c’est mes enfants. Mais si il y en a toujours un préféré et le mien ce serait « Multimillionnaire », la dernière piste. Il y a le son « Dernière Page » sur Trap’n’Roll, et le son de « Multimillionnaire » reprend ce refrain. C’est une manière de dire que tant que ce n’est pas bon, y’en aura un autre ! Y’a que les poches pleines que je vais tourner la dernière page.

Où te vois-tu dans cinq ans ?
Il y a deux issues : soit je suis toujours en train de charbonner, soit je pourrai me reposer un peu, sortir un son par année et être bien (rires). J’aimerais me mettre dans la production également. Sur Temps Additionnel, on n’a pas de morceaux avec 130 ZombiZ, j’aimerais en refaire d’autres, mais vu qu’on est huit, c’est dur d’accorder nos emplois du temps.

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