Jul, de son vrai nom Julien Marie, est un personnage à part dans le rap français. Critiqué de tous, trustant les premières places des ventes d’albums avec chaque projet, écouté et moqué, retour sur le phénomène marseillais.

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Article récent paru dans le journal « Ouest France » : Même les médias, s’en donnent à cœur joie.

Le rappeur, s’est fait connaitre en 2013 avec le morceau « Sors le cross volé », premier extrait de son premier album « Dans Ma Paranoïa », dont le titre éponyme fut un hit commercial. Jul investit dès 2014 les grandes radios comme Skyrock, une ascension aussi surprenante que fulgurante. Depuis, l’artiste a sorti des projets à la pelle, pas moins de 9 projets en 3 ans (en moyenne une sortie tous les 4 mois, pendant 3 ans). Albums, mixtapes, albums gratuits, de « Dans ma Paranoïa » à son dernier album « L’ovni », le rappeur phocéen a multiplié les disques d’or et de platine, nom de son propre label qu’il fonde en 2015, suite à sa rupture avec Liga One.

Lorsque l’on regarde des vieux freestyles de Jul, on se dit que rien ne prédestinait ce jeune homme à un jour devenir l’un des artistes vendant le plus de disques dans le rap français. Un flow ordinaire, une plume limitée, bref, pas vraiment la tête du champion.

Jul méconnaissable: Freestyle à l’ancienne

C’est amusant de noter que tous les derniers phénomènes du rap français ont tous un peu le même parcours. Que ce soit PNL, Sch, Jul ou encore MHD. Dans chacun des cas, il s’agit d’observer le moment de la transformation. Le moment où un rappeur banal sans talent particulier semble se métamorphoser, devenir un autre artiste, trouver sa voie(x).

Si l’on écoute, les anciens morceaux de Schneider, avant les cheveux longs, le style un poil efféminé et l’auto-tune, on a un rappeur normal, parmi tant d’autres. De même lorsqu’on se penche sur les premiers sons en solo de Ademo, très loin de l’univers, de la puissance et du niveau atteint avec son frère quelques mois plus tard. MHD lui aussi n’avait pas l’apparence d’un futur crack avant de trouver la recette magique de l’afrotrap. On voit très bien que dans chaque cas, il s’agit, pour sortir de la masse, avant tout de sortir des sentiers battus, repenser la musique, innover.

Jul ne fait pas exception à la règle. Comme on l’a vu, il s’agit de trouver LA recette. Une fois qu’on a trouvé le bon filon, il n’y a plus qu’à l’exploiter. PNL ou MHD ne sortent quasiment jamais de leur registre musical. Pour Jul, la recette est encore plus simple, et tellement efficace. Un beat plus ou moins toujours identique, une mélodie simple, une voix hyper auto-tunée, des morceaux dansants aux thèmes assez simples, des reprises de tubes, en somme : rien de bien poussé. C’est ce que vous diront tous les critiques de Jul. Et pourtant, la recette marche. Pire que ça, la recette cartonne en France. C’est simple, sur la plateforme de streaming légal Spotify, il est l’artiste le plus écouté en 2016, et son album « My World » est aussi le plus écouté en France sur Spotify en 2016 (les chiffres s’arrêtant en décembre). Un de ses derniers hits, « Tchikita », atteint déjà les 94 millions de vues sur YouTube (A l’heure actuelle), au total avec ses deux chaînes, il cumule pratiquement 800 millions de vues en 4 ans. Son dernier opus, « L’ovni » est tout simplement devenu disque d’or en une semaine (avant le décompte des streams), puis désormais disque de platine en deux semaines.

Tchikita : l’un de ses plus gros hits

Que dire de cet artiste dont la voix autotunée, les clips pour le moins originaux et les pochettes d’album (notamment la dernière) flirtent parfois avec le mauvais goût artistique et attisent les critiques de toutes parts. Pourtant, on peut aussi voir en Jul un artiste entier, qui n’a jamais tronqué ses survêts du Bayern contre des t-shirts Balmain/Versace/Phillip Plein ou tout autres marques que les rappeurs abordent aujourd’hui : il est resté proche de ses valeurs depuis le début. Si vous êtes amateurs de rap, vous l’aurez sans doute déjà lu dans d’autres articles : derrière l’apparente simplicité des paroles du rappeur phocéen, c’est toute une fraction de la société qui est décrite. Ce n’est pas un hasard si tant de gens écoutent ce rappeur, outre ses mélodies entraînantes, beaucoup de personnes peuvent se retrouver dans les textes du chanteur marseillais. De plus, combien de rappeur offrent non pas un, mais deux albums gratuits la même année ? Certes le principe est gagnant car les millions de vues s’enchaînent en même temps que la rémunération YouTube. Mais, Jul est l’un des rares rappeurs, à être resté vraiment proche de son public.

Le marseillais est le symbole de la mutation du rap, le rap qui est sorti de sa niche pour toucher un plus grand monde, pour sortir de ses frontières des années 90. Et si les puristes ne comprendront jamais qu’on puisse rien qu’avoir l’idée de qualifier Jul de rappeur, il semblerait pourtant qu’il soit le rappeur qui parle le plus aux jeunes de cette génération.

Alors Jul, produit de l’appauvrissement culturel ou véritable porte-parole d’une génération ? Sans doute un peu des deux…

Nathaël

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