Le 21 juin 2012, l’équipe de basket d’Oklahoma City s’inclinait contre les Miami Heat de Lebron James en finale de NBA. La défaite cuisante subie par cette jeune équipe sera la dernière pour un trio qui a marqué l’histoire récente de son sport. Aujourd’hui, James Harden, Russell Westbrook et Kevin Durant sont dans des équipes différentes, et ont des choses à prouver. Non, ce n’est pas untel qui menait l’équipe, non, je n’étais pas un faire-valoir, oui, c’est bien moi le meilleur !

La Mafia Zeutrei était un groupe qui comprenait plus de trois membres à ses débuts, mais c’est bien avec la MZ, la formation composée de Jok’air, Hache-P et Dehmo que le grand public a appris à connaître et à apprécier. Leurs textes sont crus, leurs flows sont carnavalesques, leurs mélodies sont douces, leur succès semble programmé ! On apprend la mauvaise nouvelle peu après la sortie de leur potentiel tube On shoot : le groupe se sépare… Mais au final, est-ce vraiment une mauvaise nouvelle …? Si l’on veut voir les choses du bon côté, comme les spectateurs de NBA, il faut se dire qu’on aura le droit à non pas une grande représentation, mais à trois one-man show spectaculaires !

Le premier à profiter de son statut d’artiste solo est Jok’air, le plus fantasque des trois. C’est également lui qui reçoit et accepte le plus de demandes de collaborations, lui qui a sans doute fait gravir un échelon à la MZ grâce à sa voix qui donne un goût de guimauve aux pires saletés imaginables. Il est le dernier représentant de “Davidson Presents” (avec Chich), le label indépendant tenu par Davidson aka “La Dictature”. Bien qu’il soit déjà exposé, puisque très mis en avant dans son ancien groupe, le but principal d’un projet aussi court que Big Daddy Jok est d’introduire l’artiste en question et donc, de présenter sa personnalité.

On connaît déjà Jok’air toutefois, et à travers cet EP, il est aisé de voir à quel point la “MZ Music” se reposait en grande partie sur quelques unes de ses qualités. Car le rappeur du Chevaleret maîtrise parfaitement l’art de dire des choses moches de belle manière. Le premier extrait du projet, C’est la guerre et sa pochette très sombre semblaient annoncer une musique belliqueuse, agressive, violente… Pourtant, Jok’air se contente de faire ce qu’il fait de mieux, chanter la femme dans une relation qui soigne les insécurités mais qui n’a rien d’amoureuse. Quand l’amour le blesse, l’artiste n’a pas peur d’exprimer sa douleur surAbdomen, en dévoilant une partie de lui qui, naturellement, ne pouvait pas éclore en groupe. Sa voix souffre plus que d’accoutumée, son écriture est frontale, comprend peu de comparaisons.

Dans les images et les comparaisons, Jok’air est pourtant l’un des maîtres en la matière (pas loin de Freeze Corleone), et le rappelle sur d’autres pistes de l’EP, notamment sur Big Daddy Jok ou “Squale” (en featuring avec Chich) dont l’ambiance de grand aquarium nous rappelle que le Big Daddy choisit très bien les beats sur lesquels s’exprimer. Merci à Shadow Prod et aux contributeurs de longue date, French Connect et El Chapo. On le remarque aussi dans “Indépendante”, dans lequel il narre une relation entre lui et une femme active, stressée et rabaissée par son patron la semaine et qui utilise “son mauvais garçon” pour se déchaîner le week-end. Il semble que Jok’pololo veuille devenir plus qu’un personnage burlesque et extra-sexualisé. Son discours veut également inclure une dimension sociale. Sur la piste “Si j’y vais fort”, sa détermination et sa force se nourrissent de ses proches, de son quartier, comme si les représenter lui conférait la puissance nécessaire pour chanter ses textes. L’outro, La mélodie des quartiers pauvres, transcende cette idée, en ce sens où Jok’air ne représente plus les quartiers pauvres, il EST les quartiers pauvres via son chant. Sa technique vocale impressionne, ses mélodies sont recherchées, loin d’être du simple R&B, loin d’être de la simple variété.

Chez les Oklahoma City Thunder, c’est le sixième homme (le joker, quelque part) qui a décidé de s’en aller en premier. Aujourd’hui, sa technique sûre, son génie offensif et ses pattes de velours font le bonheur des fans de basket, mais pas que. James Harden est devenu une superstar grâce à son idée du style qu’il a réussi à imposer dans sa ligue. Jok’air semble marcher sur les pas du Barbudo… Et Big Daddy Jok en est le premier signe. Comme James Harden, Jok’air est là pour créer…

Yoofi / Twitter : Yoofat30

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