Le Rocher de Palmer, situé à Cenon ( à côté de Bordeaux ) est une salle à la programmation éclectique : Christophe, Sum41 ou Georgio s’y succéderont pendant les prochaines semaines. Ce samedi soir, deux pointures du rap français sont au menus : Alpha Wann et Jazzy Bazz avec, en guise d’hors d’œuvre, un groupe local : Al’Ancienne. De l’humilité, une écriture variée, beaucoup d’énergie pour un jeu de scène rafraîchissant : le jeune duo prend du plaisir, et ça se voit. Keurspi, un rappeur bordelais rencontré dans la fosse, ne tarit pas d’éloge sur les rappeurs : « ils représentent parfaitement la nouvelle génération, ils sont très prometteurs ». Accompagné par un trompettiste, ils clôturent leur performance par « Juste milieu », un morceau qui a tout du hit révélateur. Affaire à suivre.

La première partie passée, le concert s’ouvre sur une présentation enregistrée de trois musiciens, déjà présents sur scène. Un batteur est accompagné par deux bassistes. Ces derniers sont membres du 3.14 band, le groupe de Jazzy Bazz, lequel balance les premières rimes de Croquemort depuis les coulisses, avant de jaillir sur scène. Sous un béret et derrière des lunettes de soleil, il est accompagné par Esso Luxueux, « le Ben Arfa de ce rap français ». Comprendre: un talent incompris, un MC qui a du mal à passer la seconde ou les deux? Quoiqu’il en soit, avec les deux membres de la Cool Connexion au micro, le 3.14 band est au complet. Jazzy Bazz alterne entre son album « P-Town » , sorti en février dernier, et son EP « Sur la route du 3.14 » avec application et maturité, le tout enrobé d’un faciès enjoué. Car, depuis la cave des Rap Contenders, Jazzy a le sourire aux lèvres. Il fait du rap pour donner du plaisir, et ça marche. Pendant plus d’une heure, il fait étalage de sa technique, qu’il met au service de ses textes. Avec 64 mesures de spleen en guise d’apothéose, « la plume est définitivement plus forte que l’épée ».

15554641_10154185407117336_18647755_nPause clope et changement de décor. Hologram Lo’, DJ, s’élève pour un set à deux mètres du sol, juste en dessous d’une devanture « Don Dada Club »  (Don Dada est le label cofondé par le Lo’ et Alpha Wann). Le dj d’1995 (entre autres) alterne entre Drake, 113, Men in Black ou Bouga : l’ambiance est à la boite de nuit quand Alpha Wann, capuché, arrive avec Caballero en guise de backer. Ce sont deux véritables showman qui enchaînent les titres dans une ambiance survoltée. « Ralph Lauren » 1 et 2 sont égrainés, sans oublier les couplets d’Alpha sur « Jeunes Entrepreneurs » , l’album de l’Entourage.

La scénographie est différente de celle de Jazzy Bazz, sans perdre en efficacité : Alpha Wann et Caballero haranguent un public on ne peu plus réceptif devant un montage vidéo des différents clips du technicien d’1995, en dessous de DJ Lo. Le lauréat d’une Victoire de la Musique en 2014 se lance même dans une improvisation remarquable, exercice dans lequel il excelle en freestyle radio, avec des punchlines toujours plus improbables. Extraits : « Phili flingue au microphone comme Julio Iglesias (…) j’arrive en mode Jean-Claude Darcheville ».

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Photos: yanouet

Au bout d’une heure, il est déjà temps pour Cabellero de faire tourner son joint au public – sans oublier de le récupérer-, avant « le générique de fin ». Les deux Mcs quittent la scène, il est presque minuit. La foule, qui vient de vivre quatre heures de prestations abouties pour des billets entre 18 et 22 euros, repart comblée.

Lucas Rougerie / Twitter: lucasrougerie

Les découvertes girondines de la soirée :

Keurspi 

 Al’ Ancienne

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