Qu’est-ce que vous faites à 00h pile ce jeudi 12 septembre ? Nous, on reprendra une bonne dose de Kery James, puisque la réédition sort moins d’un an après J’rap encore. Cet album, l’un des rares du rappeur du 94 à être très satisfaisant durant cette décennie, regroupe toutes les qualités d’un bon disque Hardcore : Des story-tellings on ne peut plus captivants, des street-bangers puissants et bien sûr, un morceau fleuve, sans refrain d’une brutalité signée Kery James en guise d’intro. Sa belle et longue discographie comprend plusieurs de ces moments où il semble être inarrêtable et touché par la grâce des bons mots. Tentons de classer cinq de ces grands moments de rap français en toute objectivité.

5. 25 décembre 1977 (Prod. Kery James) (2001)

On pourrait tout à fait contester sa cinquième place dans ce top car « 25 décembre 1977 » est le plus grand story-telling que Kery James n’ait jamais écrit : le sien propre. A l’époque de Si c’était à refaire, Kery James, fraîchement converti à l’islam, choisit de ne pas utiliser d’instruments à vents et à cordes, ni de sampler. La mort d’un des membres de la Mafia K’1 Fry, Las Montana, le fait revoir toute sa vie de brigand sous un autre œil, d’où cette narration particulière et cet impact volontaire sur le texte avant tout autre chose. Toute une générations a été marquée par le retour du rappeur en 2001, mais ses mots, sont comme bien souvent, intemporels et peuvent trouver écho en chaque jeune né dans les 90’s ou dans les 00’s.

 

4. Le retour du rap français (Prod. Nino) (2009)

Les morceaux de Kery James les plus reconnaissables sont nécessairement ceux dans lequel ce dernier enchaîne les punchlines egotripantes et les mêle aux punchlines politiquement violentes et conscientes. Parmi ceux-ci, « Le retour du rap français » est une masterclass. « ORLYHOOD NEGRO PAS HOLLYWOOD » reste l’une des rimes les plus drôles du MC, mais n’est que l’un des premiers grands moments du titre. Dessus, Kery prend le temps de balancer une chaussure sur Bush, de tancer ses confrères les trouvant trop matérialistes, et, cerise sur le ghetto (pun intended), de se foutre de la gueule de Nagui. Ca fait toujours du bien de se foutre de la gueule de Nagui. N’oublions pas de mentionner l’excellente alchimie entre Kery James et Nino qui aura enfanté d’autres grands morceaux de rap français…

3. Hardcore (dans la formation Idéal J) (Prod. Régis County et Delta)

Il y a des une catégorie de musiques de Kery James dans laquelle ce dernier désigne un mot-vedette et le répète incessamment, en début ou un fin de rimes, comme une anaphore. Si « Paro » est bien sympa, « Hardcore » lui est carrément un classique, un de plus dans la discographie du bonhomme. Alors qu’il n’était encore qu’un rappeur/brigand, officiant sous la bannière d’Ideal J avec, entre autres, DJ Mehdi et Teddy Corona, Kery James illustre de sa vision de vie en étalant déjà son grand savoir et sa rage contre différents maux. On notera évidemment que le jeune Kery n’était pas atteint du syndrome de la tolérance (« Hardcore, deux pédés qui s’embrassent en plein Paris »), mais rappait déjà avec « prémonition » (« Hardcore, est la façon dont ils détruisent l’Amazonie »). 20 ans déjà que Kery en a parlé, et il a fallu que le président brésilien vanne Brigitte pour que des médias français l’imitent… Hardcore.

2. Thug Life (dans la formation Mafia K’1 Fry) (Prod. Frederick N’Landu)

Si l’album Jusqu’à la mort de la Mafia K’1 Fry n’égale pas La Cerise sur le Ghetto, ce n’est pas à cause de ce morceau là ! Bien au contraire, ce dernier, souvent vu comme l’un des plus importants du collectif du 94, retrace le parcours d’une dizaine d’hommes par la voix d’un seul. Toute la fascination entourant la légendaire Mafia K’1 Fry est ici narrée par un Kery James que l’on imagine aisément au bord des larmes lors du fameux listing de ses frères d’armes « incarcérés, assassinés », et bien plus encore, lorsqu’il était temps d’en placer une pour Las Montana. Le jour où la Mafia K’1 Fry aura enfin son biopic, c’est assurément cette musique qui clôturera les crédits (et le film commencera avec « Pour ceux », bien sûr).

1. Le combat continue Part III (Prod. Nino) (2008)

La perfection signée Kery James… A l’époque, le rappeur sortait d’un album moyen intitulé Ma vérité, et guère peu de monde semblait vouloir l’entendre de nouveau. Mais cette époque était également celle des skyblogs, et c’est sur le sien (« keryjames-officiel.skyrock.com !! ») que Daddy Kery balance le premier extrait de sa transformation la plus incroyable. A l’instar du « retour du rap français », Kery a trouvé la formule parfaite pour être aussi hardcore qu’en 1998, tout en étant aussi conscient et sage qu’à l’époque de Si c’était à refaire. Dans la forme néanmoins, Kery n’est que pure violence, ne chuchote que pour mieux crier par la suite avant de se demander : « j’rap depuis une tempête, alors j’rap des intempéries / est-ce que j’rap depuis un cimetière, depuis que j’rap des tueries ? »… Chaque génération a son morceau préféré de Kery James, mais celui-ci est probablement LE grand morceau pour ceux étant nés dans les années 90 (celui-ci et « Patrimoine du ghetto » avec Mac Tyer)  . Une petite dernière pour la route ? « J’rap tellement bien qu’on dit que j’rap mal », quel moment de musique EXCEPTIONNEL !

 

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