Alors que la capitale surchauffe en cet été 2017, deux verres se remplissent d’une eau gazeuse salvatrice dans le 1er arrondissement de Paris. Taïpan nous donne rendez-vous dans son fief, près du métro Etienne Marcel, pour disserter hip-hop, mais pas que. Suite et fin d’un entretien instructif avec un vieux routier du rap français.

Pour la partie 1 de l’interview, c’est par ici.

Le départ de Taïpan de Bomayé intervient à une époque où le label fondé par Youssoupha est en pleine expansion. Inquiet de ne pas maitriser le calendrier de ses sorties, « et de se retrouver caler entre deux projets », Taïpan préfère prendre le large et monter sa propre structure, sans pour autant renier les bienfaits de son expérience chez Bomayé.

Celui qui aime se présenter comme « ton gros PAN » fonde le label E2 Musique avec un ami à l’été 2016. S’il est globalement satisfait de cette démarche un an plus tard, Taïpan concède avoir mésestimé une grande difficulté dans ce changement de cap. En effet, remonter un réseau n’est pas une mince affaire, surtout quand on quitte une mastodonte comme Bomayé : « je pensais que le transfert allait être plus automatique de ce côté là. Quand tu sors un clip chez Bomayé, c’est tout de suite des « mailing list » de 300 000 personnes, des télés, des médias… ». Or, entretenir son réseau est au centre du développement d’un artiste. Pour exemplifier son propos, l’artiste cite l’homme d’affaire américain Russel Simmons, pour qui faire de la musique comporte 90 % de business, quand la mélodie n’en conserve que 10%.

Ainsi, après Court-Circuit, Taïpan retrouve donc « un statut de Rookie ». Position aussi déconcertante que stimulante puisque, désormais, chacun des efforts fournis profite à E2 Musique. Taïpan en profite pour recommencer à sortir des projets. Si « PAN », un EP sorti en octobre 2016, a connu des relais confidentiels, « Parlons Beuh », un projet disponible depuis le 1er juin 2017, jouît d’une aura plus conséquente.

« Parlons Beuh » relève d’une démarche singulière a plus d’un titre. Au départ, ce devait être la « bande originale » d’une graine de weed, « la Taïpan Kush ». Seulement, la fabrication de celle-ci étant plus longue que prévu, le MC a sorti son projet sans la weed, toujours en fabrication. Qu’à cela n’tienne, de bande originale, « Parlons Beuh » est devenu un trailer. De plus, c’est la première fois que Taïpan produit la majorité d’un projet. Il faut dire qu’au niveau des instrus, être le cousin de CEHASHI est une bonne école. Taïpan, pour qui la prod occupe une place centrale dans la fabrication d’un morceaux, entend renouveler l’expérience, et prendre en charge la majorité des instrus à venir. Car celui qui n’écrit pratiquement pas (« Je couche sur le papier mais j’ai déjà tout en tête. En général, je couche quand j’ai déjà huit mesures ») est en revanche un bourreau de travail lorsqu’il s’agit d’affiner l’enveloppe de ses textes : « quand un morceau sort, je l’ai déjà écouté plus de 1000 fois ».

Dans cet opus, outre le feat avec le mythique Tairo et l’hymne  « Bedo, Bonne Femme et sirop pour la toux », on retrouve  « Pas de problème » avec les questionnements habituels du MC sur un égocentrisme grandissant, au sein duquel il semble toujours aussi perdu : « la vie c’est à la fois triste et rigolo, je me sens comme une boîte à meuh dans une voiture qui fait des tonneaux ».

« Parlons Beuh » est le premier projet d’envergure chapeauté par E2 Musique. Structure qui n’en est qu’au début de son histoire, c’est pourquoi Taïpan compte bien poursuivre son développement. Aujourd’hui’, le label comporte quatre membres. Il en est le seul artiste. De là à en signer d’autres, il y a encore un monde. Difficile de promettre des choses « irréalisables ». Taïpan et ses comparses tendent l’oreille, tout en restant prudents : « On écoute plein de gens, on accueille du monde dans le studio. Pour l’instant, les passages sont indicatifs. Il va falloir trouver la perle rare. En 2017, tu fermes les yeux, tu jettes un cailloux et tu trouves un rappeur ».

Après avoir passé trois ans sans sortir de projet, Taïpan prévoit un album avant 2018. Ce sera son troisième opus en un an. Un projet « familial » se termine, avec plusieurs collaborations de renom. « Rendez-vous à Noël, ou même avant, j’espère ».

Pour la partie 1 de l’interview, c’est par ici.

Lucas Rougerie / Twitter: lucasrougerie

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