I.K. : “Talents Fâchés existera tant que le rap français existera” (Interview)

Sorti le 7 juillet 2017, le cinquième volume de Talents Fâchés a une saveur particulière en comparaison avec ses prédécesseurs. 8 années après la dernière édition, le rap français a bien changé, et l’orientation musicale habituelle de la compilation semble être en inadéquation avec le paysage d’aujourd’hui… Mais cela n’est pas un problème pour I.K., rappeur/producteur historique de l’aventure Talents Fâchés. L’entretien qu’il nous a accordé témoigne de la confiance qu’il a en son projet et aux nouveaux talents qu’il met en avant, de l’amour qu’il a pour le rap français et de son aversion pour ce qu’il appelle “la chicha music”.

NZS : Comment tu te sens à quelques jours de la sortie de Talents Fâchés vol. 5 ? Est-ce qu’il y a une sorte de pression ?

I.K. : Tranquille, on est au charbon pour la promo. C’est risqué, commercialement parlant, de faire un projet avec des artistes inconnus au bataillon, (même si on a Rohff, Lartiste ou La Fouine) mais c’est une passion, un concept, mon ADN musical. J’ai commencé par là. Au final, on est quand même confiant. Les gens viennent naturellement chercher le CD, ils aiment découvrir de nouveaux talents.

La star du projet, c’est peut-être le projet en lui-même, qui a déjà une résonance importante dans le rap français…

Voilà, t’as tout capté.

Selon toi, qu’est-ce qui a changé entre le Talents Fâchés vol. 4 (sorti en 2009) et le vol. 5 ?

Il y avait un autre état d’esprit. Justement, ce qui m’a poussé à refaire ce projet, c’était retrouver cet état d’esprit. L’esprit de partage, de regroupement. Avoir plusieurs rappeurs sur un même projet, sans que ce soit une compilation pour les bars à chichas. Là, c’est vraiment un projet rap à la DJ Khaled, avec des gens connus et des nouveaux talents. Ça nous permet de rafraîchir le rap français…

L’ADN de Talents Fâchés est très “street” : le sous-titre de la compil’ est même : “La rue par la rue” : Musicalement, est-ce que tu imposes ça aux artistes que tu choisis ou eux-mêmes se savent plus valorisés par ce genre de son ?

J’ai même pas besoin de leur demander, Talents fâchés c’est la plaque tournante du rap français. Ils savent que quand ils viennent sur Talents fâchés c’est un challenge, une compil’. Il y a cet aspect “vouloir faire mieux, vouloir faire du sale”. Aujourd’hui les rappeurs sont très ouverts, très single, et du coup ramener des nouveaux avec des personnes plus connues, c’est amener cette notion de challenge ; les rookies contre les confirmés. Le public juge qui a kické le mieux dans le projet. On revient aux sources du rap, la rue par la rue. La grande majorité des rappeurs viennent de la street, et je les ai bien choisis sur ce projet. “C’est les jeunes qui sont devant, qui sont mis en avant”. C’est pour ça que “Talents Fâchés” prospère.

Justement, qu’est-ce qui te plaît dans ce genre de son ?

“Je n’ai pas envie qu’on perde complètement l’authenticité du rap français”. Après, je suis un mec qui sors de l’époque où y’avait les vrais valeurs du peura, c’est normal que j’y tienne. A mon époque, il y avait 2pac, Biggie, la Mafia K’1 Fry… Le rap c’est un cycle, ça va revenir, et quand le vrai peura va revenir, certains vont se sentir cons. Après, on peut pas nier l’aspect artistique, vouloir aller plus loin… On ne peut pas leur reprocher de faire de la variété. Moi-même, je suis l’un des premiers à être entré en playlist NRJ par le biais de singles, avec Corneille par exemple. Il faut se diversifier, mais quand il y en a trop, il y en a trop. Il faut se remettre à jour.

Le fait qu’un rappeur tel que Sofiane (qui était dans le volume 4 de Talents Fâchés) ait un succès commercial important doit forcément donner espoir à toute cette génération de kickeurs plus “street”…

Ouais, bien sûr, c’est bien. Comme quoi on s’est pas trompé. Talents Fâchés se trompe jamais. On a fait confiance à Fianso, Dosseh, LECK, Demi-Portion… Avant ça, Keny Arkana, Sefyu et Sinik. Ce sont des noms qui ont leur importance dans l’histoire du rap français et Talents Fâchés les a captés en premier. Le Nine, TRZ etc… Dans le temps, ces nouveaux artistes vont devenir des grands eux aussi.

Penses-tu que le succès de Sofiane ouvre une porte pour ce genre d’artistes ?

Ça n’ouvre aucune porte ! C’est juste qu’il est arrivé à un moment où toutes les cités, tous les quartiers dorment. Tout le monde essaie de faire de la “chicha music” pour tourner en club. Les rappeurs se transforment en mode “performeur de chicha”. Fianso a fait le contraire, est arrivé en mode street, et les vrais adeptes de la rue peuvent écouter ce genre de musique. Même si, forcément, ça fait pas des chiffres de ventes comme pourraient le faire d’autres artistes. Mais ça fait du bien.

Talents Fâchés vol. 5 arrive à un moment où peu de rappeurs se mélangent entre eux… Est-ce que le format compilation te manque dernièrement ?

Ouais, c’est pour ça que j’ai fait ce projet. Mais ça ne manquait pas qu’à moi. Un projet comme celui-ci où y’a du vrai peura, c’est rare. C’est pas du DJ Hamida ! Nous on est là pour faire découvrir de nouveaux talents, on a un but. On veut que le rap français perdure.
En ce moment on est en plein dans une guerre entre les musiques urbaines très chantées aux sonorités africaines etc… Et le vrai peura. Et aujourd’hui, c’est devenu mystique d’entendre un mec qui rappe vraiment. Cette musique aux sonorités africaines a tellement été mis en avant que pour faire un single, il faut absolument qu’il y en ait, alors qu’avant un single pouvait être un vrai single rap, du genre “In da club” de 50 Cent, “La grande classe” de Rohff… Maintenant tous les rappeurs sont devenus des chanteurs africains… C’est bien aussi, mais pas que ça !
Selon les médias, notamment la radio et la télé, même les singles rap sans insulte sont trop durs pour la ménagère. Aujourd’hui, chanter ça glisse mieux. On peut pas faire que ça, et c’est pour ça que ce projet va faire du bien aux adeptes de musique rap.

Ton projet est exclusivement hexagonal à une heure où tout le monde parle du rap belge, suisse ou québecois… Tu te décrirais comme un peu chauvin, ou tu penses à ouvrir les frontières ?

J’ai toujours ouvert les portes à tout le monde ! Y’a des gars de Montréal qui devaient bosser sur ce projet-là, mais finalement ils seront dans la Saison 2. J’ai commencé par la France, mais j’vais souvent à Montréal. C’est du rap français, donc commercialement parlant, ça va plus exister en France qu’ailleurs. Mais j’ai des amis à Montréal qui sont supers chauds, comme en Suisse, avec Mirémiré par exemple. On prépare un Talents Fâchés quatre coins du monde ! Talents Fâchés, c’est fait pour durer : Tant que le rap français existera, Talents Fâchés existera.

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