Hyacinthe : « Le plus important c’est que les auditeurs kiffent plutôt que de faire du chiffre »

En quelques années, le groupe DFHDGB est devenu l’un des groupes les plus importants de la scène rap français actuel. Personne avant eux dans les années 2010 avait tant fédéré avec des choix artistiques aussi impopulaires. L’audace avant tout. L’un des membres du groupe Hyacinthe, aka Hyahya, a sorti son premier album ce 29 septembre. L’occasion idéale pour Newzikstreet de rencontrer l’Ammoureux de Sarah.

Bonjour Hyacinthe, comment vas-tu ?

H : Ça va hyper bien ! On est en pleine semaine de promo, l’album vient de sortir… C’est mortel, j’ai que des bons retours globalement. C’est cool, j’ai l’impression que plein de gens ont découvert ma musique, d’autres, qui la connaissaient déjà ont sur-validé « Sarah ». J’ai l’impression que les gens ont compris l’album. Il est risqué dans le sens où il change beaucoup de ce que je faisais avant. J’aurais pensé que certaines personnes pourraient être perdues, mais au contraire elles jouent vraiment le jeu. Elles ont compris ma démarche, et j’en suis vraiment content.

Cet album est ton troisième…

Les deux « Sur la Route de L’Ammour » sont plus des mixtapes. Il y avait quelques faces B. « Sarah » est le premier projet qui est vraiment pensé comme un album même si je ne fais pas trop la différence. J’essaie de faire de belles chansons, et à un moment donné, j’en ai treize qui vont bien entre elles… Et ça fait un album.

C’est aussi ton premier projet distribué par un label (Wagram). Est-ce que cela change quelque chose artistiquement ou par rapport à tes attentes en terme de chiffres ?  

Avant, on était seuls, on faisait des trucs sur internet. Là, c’est la première fois qu’il y a une vraie distribution, une vraie promo, de vrais adultes responsables autour de moi (rires). (En terme de musique) ça n’a rien changé du tout, puisque j’avais déjà fini l’album tout seul, comme je l’ai toujours fait, j’avais même déjà tourné deux clips. A un moment donné, Wagram était intéressé, et ils ont poussé à la fin, m’ont ouvert des portes que je n’aurais pas pu ouvrir tout seul.
En terme de chiffres, j’espère qu’on va streamer un max mais je me prends pas trop la tête là-dessus. J’essaie de rester concentré sur ma musique. Je ne suis pas dans une catégorie de rappeur qui doit épier la première semaine. Je suis dans un développement long. La première semaine n’est pas le plus important pour moi… L’important c’est que les auditeurs ressentent l’album, qu’ils se l’approprient, qu’ils kiffent plutôt que de faire du chiffre.

La couverture de ton album, est, comme tous vos visuels avec DFHDGB, très soignée. Quelle était l’idée derrière cette couverture ?

Je suis sous des roses dans le 13ème arrondissement vers Olympiades (à Paris). On a essayé plein de trucs et finalement j’ai préféré une photo « documentaire », je ne voulais pas que ce soit trop léché mais plutôt brusque. J’aimais bien les roses, c’est un truc qui revient à la fois dans ma musique et dans mon univers. Martin Colombet est celui qui a fait la photo, il a fait un super taf. Il a fait d’autres supers photos qui sont dans le livret. Après une agence de photo qui s’appelle MDA a fait le design… J’essaie de ne pas trop conceptualiser l’image. Les pochettes d’albums trop à concepts me soulent, je voulais simplement une jolie image, qu’elle soit un peu brute.

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Ce qui m’a marqué à la première écoute, c’est la grande cohérence de l’album, tant dans les productions que ton interprétation. As-tu changé ta manière de faire entre Sarah et SLRA2 ?

Le vrai taf de l’album était pour moi de varier. Chanter, crier, rapper… J’aimais bien l’idée de varier pour que ce ne soit pas monotone… C’est pareil pour les prods, j’aime bien quand il y a des moments plus vénèr’ dans les instrus et d’autres plus doux. Tu te prends une baffe et on te câline juste après. C’est comme ça que j’ai pensé l’album.

Je vois cet album comme le troisième épisode de la trilogie Sur la Route de L’Ammour, est-ce que je me trompe ? Y-a-t-il un lien entre Ammour, que tu décrivais comme un « amour personnifié » et Sarah, qui est donc ta copine ?

Ouais, complètement ! Les deux « Sur la route de l’Ammour », sont des recherches. On cherche l’Amouur et on arrive à Sarah, le point d’arrivée.

Tu t’essayais déjà au chant dans le dernier album, mais là tu fais plus que t’y essayer, ta musique sonne très chanson française, surtout pour un auditeur averti de rap… Qu’est-ce qu’il te plait dans la chanson française ? 

Je méprisais la chanson française à un moment, et je me suis rendu compte que c’était un super champ d’expression. Ça m’a vraiment nourri, notamment en terme d’interprétation. Ça m’a permis de chanter, mais je ne voulais pas chanter comme Drake ou comme tout le monde chante en ce moment… Ça m’a permis de trouver une interprétation unique, je pense être le seul sur ce créneau. Ça me permet de me démarquer. Je prends des éléments de chanson française et j’y intègre des éléments rap et électronique. J’ai l’impression que c’est un cocktail qui n’appartient qu’à moi.

Je méprisais la chanson française à un moment

Il y a une sorte de mystère dans ton interprétation qui me rappelle un peu Benjamin Biolay… Est-ce quelqu’un qui t’a inspiré ? 

A fond, Benjamin Biolay c’est un des kings ! Je le trouve trop fort. Il a un son feutré qui me plaît. Finalement, plus ça va dans la musique, plus j’apprécie quand c’est synthétisé et évident dans l’interprétation. Plutôt qu’essayer de forcer à gauche ou à droite autant aller droit au but.

Ton album est moins cru que les précédents, tu ne « péras plus comme tu bégeres ». Tu es un peu plus raffiné dans ton phrasé… Est-ce dû à ton évolution personnelle ? 

Il y a de ça, mais c’est aussi dû à un souci d’interprétation. Je suis aussi moins adolescent qu’avant. Je commence à devenir un jeune adulte. C’est difficile d’écouter mes précédents projets parce que ça gueule tout le temps. Du coup j’aime bien l’idée d’enchaîner des choses vénèr’ et plus posés.

Tous tes projets se basent fortement sur la Femme, celui-ci a un nom féminin ; comment tu décrirais ton rapport avec la femme ?

J’ai très peu de recul. Après, c’est drôle parce que les gens pensaient que je parlais de plein de meufs différentes dans mes chansons alors que je parle de principalement d’une fille. Ils croient que je suis un coureur de jupon de fou alors que pas du tout. Je fais des chansons d’amour dures qui sont dirigés vers une seule personne. Le fait d’avoir appelé l’album Sarah a permis aux gens de comprendre ça. Je parle pas de meufs gratuitement, je ne parle que de ma vie et de mes expériences, et j’en fais des chansons.

T’es pas un coureur de jupon alors ?
Ça dépend des jours… Mais pas trop. Je suis un garçon bien et ma copine va lire cette interview.

Je parle pas de meufs gratuitement

Si tu vivais sur Namek (dans un monde sans femme donc), est-ce que tu penses que tu pourrais quand même faire de la musique ? 

Ouais… J’aurais fait de la musique sur les keums… Ou les cailloux… Ou sur Piccolo !

Dans une de ses musiques, Espiiem disait : « Imagine ma vie, sache qu’il m’arrive d’haïr Paris parce qu’un tas d’filles faciles m’attirent la nuit ». La relation que tu entretiens avec ta ville est-elle également perturbée par elles ?

J’aime bien Espiiem, je respecte beaucoup ce qu’il fait. Les filles faciles, c’est intrinsèque à cette ville. Après, si on parle sérieusement trois minutes, les filles sont beaucoup moins faciles que les garçons. Les mecs aiment bien dire que les filles sont faciles alors qu’ils niquent plus facilement qu’une fille.

Comme beaucoup de rappeurs parisiens, on a l’impression que tu entretiens un rapport amour/haine avec Paris. Qu’est-ce que tu préfères et qu’est-ce que tu détestes le plus à Paris ?

Ce que j’aime le plus à Paris, c’est les gens que j’aime ici. Les gens avec qui je taf, mes potes, mes potes artistes… Et ce que je déteste le plus c’est cet espèce de microcosme où tout le monde se regarde, regarde ce que fait les autres plutôt que de faire son truc et vivre pleinement sa vie. Parfois, j’ai envie de partir, mais je sais que c’est le moment où je dois être à Paname, battre le fer de la musique pendant qu’il est encore chaud… Mais en vrai, dans quelques années j’aimerai avoir une maison au bord de la mer.

Ton album est complètement nocturne, tes clips sont souvent inspirés de l’ambiance de nuit. Qu’est-ce qui te fascine dans la nuit parisienne ?

J’y trouve un truc un peu poétique. Je suis pas un fêtard comme garçon, je suis plus du genre à aller à une fête et la regarder se dérouler. La fête a un côté poétique et mélancolique, notamment à Paname, avec la drogue et tout… Voir des gens drogués en soirée, je trouve ça un peu poétique.

Les invités de ton album viennent également d’un monde très mystérieux et nocturne. Est-ce que c’était une volonté de ta part ?

A la base, c’est des potos. Après, les gens savent que je fais de la musique différente de ce qui se fait habituellement. Du coup, faire un morceau avec moi, que ce soit Jok’air, Laylow ou L.O.A.S (même si c’est différent, pour lui parce que c’est la famille), c’est accepter de faire un pas dans mon univers, que je les attrape, que je les emmène. Tous ont vachement joué le jeu. Jok’air notamment, a grave joué le jeu, et c’est la raison pour laquelle le morceau défonce.

D’ailleurs, j’écoutais le morceau « Benetton Music » que vous aviez fait avec Jok’air et Aketo il y a quelques années. C’est incroyable de voir vos évolutions respectives.

A l’ancienne ! Après, je kiffe encore ce morceau. C’est vrai qu’on a grave évolué. C’est marrant qu’on se retrouve quand même sur certains trucs. On a eu des intuitions communes par rapport au chant, à la chanson française (qu’on explore pas de la même façon), l’envie d’explorer de nouveaux territoires… Tous les deux, on fait des choix un peu audacieux dans nos carrières. Je respecte à fond Jok’air pour ça, il fait des choix de bonhomme. Et je pense que ça va payer.

Je respecte à fond Jok’air pour ses choix audacieux, il fait des choix de bonhomme

Avec DFHDGB, vous aviez parlé d’un projet commun que vous enregistreriez sur une île. Qu’en est-il aujourd’hui ?

On avait commencé, on avait des morceaux mais un disque-dur a brûlé… Voilà la triste vérité. Mais c’est sûr qu’on va le faire, il faut juste qu’on trouve le temps. Et c’est hyper relou parce que là, je sors mon album et en même temps L.O.A.S prépare le sien. On arrive pas à se trouver un moment. Mais c’est sûr qu’on va le faire parce que c’est important pour notre histoire commune. Après, je pense qu’il reste un album de L.O.A.S et un album de Hyacinthe avant de se mette sur ce projet mais c’est sûr qu’on va se mettre sur ce projet. Il y a une demande, des gens nous parlent encore de Ne pleurez pas mademoiselle. Il y a eu un instant de grâce sur cet EP et il faut qu’on arrive à le reproduire. C’est important pour nous qu’on le fasse un jour. Pour DFHDGB, pour tous les trucs qu’on a vécu et qu’on continue de vivre ensemble.

Tu as donc déjà un autre projet en tête…

Ouais ! A l’heure où on parle, j’ai des ébauches de chansons, je commence à enregistrer des trucs, écrire de nouveaux textes, explorer de nouveaux trucs. Je n’ai pas envie de faire la même chose que pour cet album, même si pour l’instant ça marche bien. Je suis en train de chercher et de me perdre pour faire de nouveaux trucs. J’ai pas envie de tourner en rond… Mais déjà, achetez cet album-là, streamez le à fond ! Je me suis donné beaucoup de mal pour le faire, ça m’a pris beaucoup de temps… Achetez-moi des Packs Deluxe !

Il me semble qu’il n’y a plus de packs deluxe disponible sur ton bandcamp !

Le Pack Deluxe avec CD est sold-out, mais il y a un Hyahya Starter Pack simple. C’est exactement le même pack mais sans CD. T-shirts, calendrier, poster… Et tu peux tout acheter séparément aussi !

Est-ce que tu as prévu une tournée pour défendre cet album ? 

Il y aura un premier gros concert le jeudi 12 octobre avec tous les invités de l’album (Jok’air, The Pirouettes, L.O.A.S et Laylow). Et il y aura une petite tournée cet hiver, on va annoncer les premières dates bientôt. Ça va être stylé.

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