Féru de littérature, Georgio est de ces rappeurs qui rassurent les parents des plus jeunes auditeurs. Aperçu dans les colonnes de Libération ou du Monde, le rappeur est devenu un artiste grand public, comme l’illustrent  ses collaborations variées, de Vald à Fauve en passant par Elisa Jo.

L’introspection comme fil rouge

Depuis ses débuts, le MC est un rappeur réfléchi. C’est dans les symboles véhiculés que l’évolution de l’artiste est marquante. « Homme de l’ombre », posté en juin 2012, présente un très jeune rappeur coincé dans un survêtement Lacoste, en totale contradiction avec un texte assez profond.  Aujourd’hui, le MC raréfie ses gestuelles agitées, comme ci-dessous, pour privilégier une posture rassurée, comme l’illustrent ses derniers clips issus d’Héra, son album sorti en novembre 2016.

Thomas Blondeau, dans « Hip-hop, une histoire française »  estime que « le rap français n’est jamais aussi pertinent que lorsqu’il met en veilleuse son opposition de principe, son esbroufe et ses poses obligatoires pour creuser son intimité propre ». Ce postulat illustre à merveille la démarche artistique de Georgio. « Bleu Noir », son première album, incarne le postulat ci-dessus en ce que le rappeur y délaisse les messages redondants du rap français.  « Bercé par le vent », ballade mélancolique sur la versatilité juvénile, illustre les tourments (passés ?) du jeune homme. Georgio y chante la dépersonnalisation, ce vague à l’âme permanent rendant le sujet concerné spectateur des actions qu’il accomplit : « pas le choix, faut trouver pourquoi on va se lever, serrer la main à des enculés en restant courtois ».

Héra, la déesse du mariage comme nouveau départ

Le changement entre Bleu Noir et Héra est notable : le Mc va mieux. Héra marque le passage du blues à l’espoir, sans tomber dans la naïveté. L’espoir sert même de phrase d’accroche à son projet, mis en première place des priorité dans « L‘espoir meurt en dernier ». « Promis j’arrête » montre le pragmatisme retrouvé de l’artiste, comme « Un drame qui te montre que t’es bien vivant ». En effet, Héra est un album aux messages positifs, remplis de souhaits cartésiens : « Je veux être compris par les miens, par mes gentlemans, pas ces rappeurs protégés par leurs capuches, leurs casquettes ». Georgio a de nouveau le sourire, et ça se voit sur scène.

La béquille comme motivation supplémentaire

Pour l’une des premières dates de son Héra Tour, Georgio est de passage sur Bordeaux. Il faut saluer le Rocher de Palmer pour la programmation de la première partie, où le prometteur Galaburdy précède les Berywam, un collectif de beatboxer monstrueux, signé chez Barclay. A noter, le caractère extrêmement juvénile d’une majorité de la fosse, où il n’est pas rare de croiser des appareils dentaires.

Georgio entre en furie sur « L’espoir meurt en dernier ». Et là, surprise pour ceux qui ne suivent pas le rappeur sur les réseaux sociaux : le Mc saute et s’agite, mais doit s’aider d’une béquille. Il serait alors possible de craindre pour la suite du show, mais il n’en sera rien. Georgio préfère s’en amuser « J’ai bu trop d’alcool je me suis éclaté la gueule, prenez soin de vous la famille ».  Pendant plus d’une heure et demi, Georgio et Sanka, son backeur, enchaînent les titres. Avoir Sanka comme backeur est un luxe. Non seulement les rappeurs sont amis depuis l’enfance, mais Sanka a des arguments à revendre en terme de capacités scéniques. Autrement dit, la complicité et le talent sont au service d’une prestation aussi dynamique que ficelée.

On peut regretter le peu de titres issus des projets précédents. Hormis quelques titres à succès comme « A l’Abri » ou « Malik », pas de traces, par exemples, de « Saleté de rap », assurément l’un des titres les plus aboutis de l’artiste.

 

Par instant, le concert s’éloigne de l’ambiance habituelle d’un show hip-hop. Georgio propose son propre univers, où le mot occupe une place centrale. Par instant, Sanka s’efface pour laisser Georgio seul en scène. Avec un flow déconstruit, le rappeur devient chanteur, comme sur « Ici-bas », qui clôture la prestation. Conséquence, le rappeur semble être en équilibre sur la frontière qui le sépare de Fauve.

Dans la continuité d’Héra, Georgio est enjoué d’être sur scène et joue, malgré la béquille, comme si c’était la dernière fois qu’une telle chance lui était offerte. Ou quand l’optimisme gagne encore un peu plus de terrain sur la mélancolie.

Lucas Rougerie / Twitter: lucasrougerie

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