Dji Oto : J’ai vraiment commencé à écrire grâce à l’uZine (Interview)

Le 18 janvier dernier, Dji Oto dévoilait son second EP « 22h22 ». Rappeur éclectique méconnu et le plus viking du rap francophone, son univers intriguant méritait qu’on en sache plus et il fallait bien qu’un média se lance, c’est pourquoi NZS lui a proposé une petite interview au sujet du projet mais aussi sur son personnage, l’homme qui est derrière ou encore sur son entourage. Rencontre avec Dji Oto, un artiste atypique, lucide, passionné et inspirant, bien à part du rap game.

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Hello Dji Oto, c’est ta première interview c’est ça ? Si tu veux bien te présenter rapidement du coup.

Yes première interview pour moi. Bah écoute je suis un rappeur du 94, j’ai changé 3 fois de blase avant de partir plus sérieusement avec Dji Oto.  Je ne considère pas la musique comme ma principale activité, je bosse beaucoup à côté pour faire mon beurre mais c’est histoire de se divertir.

Ton blase a une signification quelconque ?

Alors Dji Oto à la base s’écrivait Giotto, c’est un peintre italien de la Pré-Renaissance et c’est son travail qui va provoquer le mouvement de la renaissance, j’ai kiffé le concept et du coup j’ai remixé le blase à ma sauce, Oto voulant dire « son » en japonais. (Giotto est le premier artiste dont la pensée et la nouvelle vision du monde aidèrent à construire ce mouvement, l’humanisme, qui place l’homme à la place centrale de l’univers et le rend maître de son propre destin.)

Depuis combien de temps tu rappes pour avoir autant de facilité à varier ton flow ?

Haha merci pour le compliment déjà, je rappe depuis 7 ans et je suis passé par vraiment tous les styles!

Ton précédent projet s’appelait « Viking » et tu t’auto-proclames ainsi, c’est en rapport à tes origines scandinaves ? De quelle région viens-tu exactement ?

Exactement, nous avons des gènes vikings, en provenance de l’Irlande.

Viking c’est une communauté
Viking bien trop fort yah yah
Viking bien trop sport yah yah

Tu as vécu à Montréal dans ton enfance, ta venue en France a-t-elle changé tes ambitions ?

Oui j’ai bien vécu à Montréal, mais j’étais jeune à l’époque je commençais à peine à écouter MC Solaar, mais effectivement la culture rap était beaucoup plus importante en France qu’au Québec à l’époque donc j’ai été influencé indirectement par le milieu social.

Sur « Viking » on retrouvait quelques feats, sur « 22h22 » aucun pour 12 titres, c’est simplement parce qu’il est plus personnel ?

Ça ne m’aurait pas dérangé de faire des feats, mais déjà que j’ai pas beaucoup de temps pour la musique, alors en plus si je dois m’organiser avec d’autres rappeurs etc t’imagines bien, donc c’était premièrement plus simple de faire comme ça et deuxièmement comme tu dis beaucoup plus personnel.

Dans le morceau « Seul à seul », tu parles d’un alignement des planètes qui a également inspiré le nom du projet mais aussi du destin, tu penses que ta destinée est déjà écrite ?

Je pense que j’écris ma destiné tous les jours, par mes choix, mes décisions, et honnêtement je ne sais pas où je serai l’année prochaine, mais en tout cas je fais tout pour que les planètes soient alignées lorsque je prends un tournant. C’est à dire que chaque choix est fort et très important, les gens que tu fréquentes par exemple, est-ce qu’ils te rendent heureux ? Sont-ils là pour te donner ou pour te prendre ton énergie ? J’en parlais dans un morceau il y a 4 ans déjà: « fais les bons choix » et tout ira bien.

Dans « 22h22 », tu parles d’une femme qui a refait sa vie et que tu as du mal à oublier mais aussi d’un fils, tu peux nous expliquer la genèse de ce morceau.

Ce morceau vient d’une inspiration, la rupture. J’y explique que mon fils vient me voir pour me dire qu’il me hait, car je lui ai parlé d’amour et que pour lui l’amour n’existe plus, que je lui aurais menti. Je trouve ça intéressant parce que pour lui c’est tout un monde qui s’effondre, sauf que moi je sais que ce n’est qu’une belle expérience qui le rendra plus fort. Quand ce jour viendra, je le laisserai me haïr, pour qu’il se rende compte tout seul que l’amour est plus fort que la haine, et que j’avais raison de lui parler d’amour. Il reviendra me voir ensuite pour me dire qu’il fera pareil avec son fils. J’espère (rires)

Tu as à la fois envie d’aimer et d’être père mais c’est à la fois ta plus grande peur (à part toi-même) si on analyse tes paroles « Je suis plus proche d’être père que d’être gosse, j’ai peur d’ce jour comme les élections » / « J’attends le jour où mon fils viendra me dire, je te hais ne me parle plus d’amour… » / « l’amour, la haine pour mois c’est pareil », pourquoi ?

Alors oui j’en parle beaucoup, mais j’en ai pas vraiment peur, si j’en parle autant c’est que je me rends compte que ça se rapproche vraiment, j’ai passé le cap où je fais pratiquement tout comme un vrai daron, donc ça commence à cogiter dans ma tête.

D’ailleurs en parlant des deux titres plus hauts, dans « Day Day » tu dis « J’galère à trouver le titre de chaque morceau… », c’est pour ça que le titre « Seul à seul » aurait aussi pu s’appeler « 22h22 » ?

Exactement, bonne remarque d’ailleurs parce que j’ai changé pratiquement au dernier moment, je voulais que 22:22 soit le titre éponyme car c’était pour moi mon meilleur morceau, musicalement parlant. Mais j’ai toujours du mal à trouver des titres, je pourrais appeler les morceaux 1, 2, 3 et cetera que ça ne changerait pas grand chose.

Au delà de l’egotrip, dans plusieurs morceaux tu exprimes la solitude et dans tes clips tu es souvent seul, quel est ton rapport avec elle ?

Je suis très bien avec moi-même, je n’ai pas peur de la solitude au contraire j’en ai besoin à force d’être toujours très entouré par mes proches. Rien que pour écrire, je suis toujours solo. Mais c’est aussi l’identité du personnage de Dji Oto, cavalier seul, viking irlandais qui avance dans les montagnes. C’est avec Nanoville qu’on a créé tout cette direction artistique, sans eux Dji Oto n’aurait sûrement pas existé.

Peux-tu nous expliquer le concept de la cover de Arié.

J’ai l’impression d’avoir un peu répondu dans ma réponse précédente, on est parfaitement dans le délire, le travail de Arié est parfait, j’avance vers un iceberg qui représente en fait mes ancêtres vikings, comme si j’avais besoin de réponses par rapport à mon passage sur terre, besoin de réponses à tellement de questions tout simplement… Vraiment représentatif et à la fois complexe à expliquer parfaitement tant je pourrais trouver de définitions.

Cover EP « 22h22 » par Arié

Pour tes clips justement, tu travailles uniquement avec l’équipe Nano Ville, qui sont-ils pour toi ?

Nanoville ce sont mes deux frères de sang, ils sont extrêmement talentueux et on est très proches. Ce ne sont pas que des clippeurs, ils sont aussi managers, producteurs etc.

On retrouve souvent les mêmes beatmakers tels que Aks Prod ou X-Sultan et on constate qu’ils arrivent à chaque fois à rentrer dans ton monde en fournissant des instrus venues d’ailleurs. Tu choisis les prods avant d’écrire ou inversement ?

Je choisis les prods avant d’écrire, si je me prends le délire je commence à trouver un flow, puis ensuite j’écris à partir de cette idée. Par exemple « Loco » à la base n’était qu’un yaourt (freestyle impro pour trouver le bon flow).

Franchement Aks prod c’est un frère depuis qu’on a 3 ans ! Il est beaucoup trop chaud il me sort des prods qui sortent de nulle part, on les fait ensemble, parfois on enregistre direct. Enfin bref c’est le feu, j’ai de la chance.

X-Sultan c’est mon cousin et pareil il habite dans le sud mais il m’envoie des bijoux haha c’est abusé, je suis jamais prêt.

Et pour finir JumanG beat un gars de Saint-Ouen, archi bon délire, et très talentueux aussi. Vraiment je suis trop bien entouré sans eux je ferais rien.

Sur cet EP, on constate peu de références, cependant tu as l’air d’apprécier particulièrement le monde du cinéma et du petit écran. Une série et un film vus récemment à conseiller ?

Et bien sans hésiter la série Vikings avec notre père à tous, Ragnar (rires) qui est incroyable… Sinon en film j’ai vu dernièrement Seven (pour la 1000ème fois) et c’est clairement un des plus cultes que je connaisse.

On constate depuis un moment déjà dans tes textes que tu fais preuve d’autodérision en évoquant notamment le fait que tu ne vas pas percer. Est-ce un peu de pessimisme ou au contraire tu penses être réaliste car ton style atypique ne peut pas plaire à tout le monde ?

Honnêtement je n’ai pas très envie de percer je crois, tout en sachant que je ne percerai pas dans tous les cas, c’est peut être lié d’ailleurs. Je prends beaucoup de plaisir à faire ça, mais je ne pense pas aux vues, aux likes et tout ça…  Je suis dans une idéologie d’enrichissement personnel, de productivité artistique, et non de recherche de notoriété.  C’est sûrement pour ça que tu ne verras sûrement jamais un de mes clips solo avec beaucoup de vues, je n’ai pas besoin d’acheter des chiffres pour avancer, et je dois être un des seuls. Je n’ai pas besoin d’être reconnu médiatiquement mais musicalement, j’adore qu’on écoute ma musique, procurer des émotions aux auditeurs c’est incroyable quand ça arrive.

Justement penses-tu qu’il soit impossible aujourd’hui de percer en indé’ quand on ne fait pas du rap dit grand public ?

J’en ai aucune idée en fait, je pense que si tu es très bon tu finiras par être reconnu, ou tu trouveras la réussite intérieure qui te nourrira encore plus que le succès, ça devient malsain à force… On en oublie les priorités.

En parlant de « rap game », est-ce que tu suis un peu ce qui se fait en ce moment et y a-t-il des rappeurs francophones que t’apprécies en dehors de ceux avec qui tu as collaboré (Tengo John, P-Dro, Lord Esperanza etc) ?

Bah écoute, j’écoute pas beaucoup de rap, dans la voiture j’écoute FIP (radio), je kiffe la musique du monde mais en vrai je me prends grave les Xtrem Boyz (Di-Meh, Makala, Slimka), ils sont grave vikings dans leur délire !

Et aux states ?

Aux states en ce moment j’écoute rei brown, il est trop fort c’est un artiste incroyable.

Si tu devais miser sur deux artistes cette année, qui choisirais-tu ?

Bah je dirais P-dro et Tengo John hein mes deux gars sûrs dans le son.

On a pu te voir dernièrement dans le Grünt 36 aux côtés de Tengo John et de nombreux artistes pour un gros freestyle, que t’a apporté cette expérience ?

C’était une belle expérience j’ai rencontré des super gars, vraiment une soirée légendaire tout le monde était ultra chaud, un bête de moment.

Tous styles confondus, étant donné ton univers particulier mélangeant les genres et que tu es quelqu’un de très éclectique « J’écoute tout même electro », quels sont les artistes qui t’ont donné envie de commencer à te lancer dans la musique ?

Encore une question intéressante, mon père nous faisait écouter beaucoup de musique, des artistes comme Air, Archive, Pink Floyd, Doors etc. Après moi j’ai commencé à écouter du pera avec Mobb Deep, Wu-Tang Clan, IAM, et ensuite j’ai vraiment commencé à écrire grâce à l’uZine, un groupe de rap du 93 à Montreuil. Je passais ma vie là-bas à Croix de Chavaux et j’ai été directement influencé!

Tu es également quelqu’un de passionné par le sport comme on peut le voir par exemple dans l’un de tes meilleurs clips « Moon » (voir plus bas), et même si ce projet est plus « calme » que le précédent, en évacuant autant de rage et d’énergie, tu dois être quelqu’un de posé dans la vie non ? Ou au contraire pas du tout ? (rires)

J’étais quelqu’un de très agité, très sanguin et je suis devenu quelqu’un de très posé, en fait j’ai commencé à faire de la méditation avec un sage indien, et ça a changé ma vie, ma vision des choses etc… Apprendre à contrôler ses pulsions, son corps, son mental, ça te rend confiant.  Je suis très sportif aussi, j’ai fait beaucoup de sport en j’en fais encore beaucoup.  Foot, boxe, CrossFit, handball, tennis… J’ai besoin de me dépenser au max et d’essayer toujours de nouvelles choses.  Par rapport à mes sons violents, j’ai encore un côté très énervé qui ressort de temps en temps, et j’adore le faire sortir à travers le rap. Je prends le mic comme un sac de frappe.

Comptes-tu continuer sur ta lancée et balancer d’autres projets plus tard même si c’est pour une infime partie du public ?

Oui vraiment, je vais balancer plein de projets j’espère, sans attendre quoi que ce soit du public mais en espérant que ceux qui me suivent apprécieront ma future direction artistique.  Mais j’ai tellement peu de public (rires) que je n’ai pas trop la pression.

Pour finir, un objectif pour 2019 ?

2019, productivité et épanouissement.

Merci d’avoir répondu à ces quelques questions.

Merci à toi pour toutes ces questions très intéressantes. Big Up a NewZikStreet.

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