Danitsa : “Je suis passée du doute à la liberté” (Interview)

Qui sommes nous ? Comment faire pour se définir ? Comment surpasser le concept des cases, des étiquettes ou des communautés afin de nous trouver nous-mêmes et d’être entier ?

Dans une époque, où les observateurs de musique parlent de “mumble rap”, “cloud rap” ou autres “emo rap”, notre vision de la musique est parfois préconçue et peine à dépeindre la complexité de ces auteurs. C’est dans cette même époque que Danitsa est parvenue à véritablement éclore, à devenir l’artiste qu’elle aurait toujours dû être.

Passée par la case reggae, puisqu’elle travaillait avec son père, le producteur Skankytone, puis par celle d’un Hip-Hop “boom-bap” via l’EP Breakfast avec le label Jihelcee Records (label de Daryl Zeuja), la vocaliste genevoise voguait entre plusieurs styles sans vraiment se trouver. .

“J’ai toujours aimé la musique. Que ça soit soul, hip hop, reggae, jazz, électro, rock et j’en passe… Il y a quelques années je me cherchais musicalement. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. A partir du moment où j’ai commencé à travailler sur le projet EGO. Je me suis rendue compte que je n’avais pas besoin de me cantonner à un style de musique en particulier. (…) Je suis passée du doute à la liberté.”

EGO, le nom du premier album de Danitsa, signé sur le label Evidence Music matérialise cette envie de s’affirmer, d’être soi-même. La grande qualité sonore du projet interpelle. On s’interroge sur l’équipe de producteurs ayant travaillé dessus, et on apprend que l’équipe n’est qu’un seul homme : Vie D’Ange. Mais qui est Vie D’Ange ?

“Vie d’Ange est un génie. Il sait tout faire. Il est à la fois producteur, chanteur dans le groupe LIPKA, styliste, traducteur. Je crois même que je n’ai pas tout dit.” La relation entre les deux protagonistes principaux de l’album semble très forte et dépasse le cadre de la musique. “Vie D’Ange m’a  libéré de toutes les peurs que j’avais en moi. Avant je faisais de la musique pour plaire aux autres. Maintenant je fais de la musique sans me poser des questions. Si j’aime le morceau, je sors le morceau.”

“J’ai appelé l’album EGO car EGO c’est JE. EGO c’est moi. EGO c’est la force. Cet album a été un long cheminement spirituel et musical qui m’a permis de m’ouvrir à de nouvelles manières de voir les choses mais aussi à m’aimer.”

Un sincère témoignage de la recherche de soi. A travers ses egotrips, Danitsa s’affirme en s’amusant, divertit en incitant la réflexion. “Hoover” et son rythme endiablé en est une des nombreuses preuves, “Remember Me”et son clip illustrant une puissance inouïe en est une autre. Plus de sourire, juste une expression dure symbolisant cette force qui émane d’elle. Néanmoins, Danitsa tempère :

“Ce sourire n’a pas disparu. C’est juste que mes morceaux sont moins joyeux et puis j’adore avoir cette attitude de femme qui n’a peur de rien. Ça me fait marrer.”

Se divertir, divertir les autres, raconter des histoires qu’elles soient personnelles ou non. Elles ont toutes une part de vérité et d’intérêt. “Bachata” parle de l’ennui dans un couple, “Who are You” avec Dewolph traite de divers maux sociétaux, et toutes ces musiques trouvent leur intérêt dans EGO. EGO est un album qui s’inscrit dans le réel.

“Ce qui a influencé mes choix de thématiques est la société dans laquelle on vit aujourd’hui. Ce sont toutes les informations des médias, de mes proches ou même de mes expériences personnelles qui m’ont poussé à en faire des sons. J’adore écouter les gens me raconter leurs histoires. Si elles sont intéressantes, je les garde toujours en tête pour les placer quelque part.”

Danitsa est anglophone. La langue anglaise qu’elle a choisie d’utiliser pour exprimer ses émotions n’est pas celle que sa zone géographique privilégie. Dosseh l’a remarqué quand l’an dernier, ses collaborations avec Booba et Nekfeu avaient fait bien plus de bruit que celles avec Tory Lanez et Young Thug. La langue française a la côte et le francophone moyen préfère la VF à la VO au cinéma. Mais Danitsa n’est pas inquiète :

” je ne pense pas que mon succès commercial soit limité par le fait que je chante en anglais dans un espace géographique francophone car j’ai pour objectif d’avoir une carrière international. C’est vrai que pour l’instant, mon public principal est francophone mais j’ai aussi beaucoup d’auditeurs en Colombie et au Mexique. Il suffit juste d’être patiente et un jour mon travail sera reconnu, je l’espère dans différents pays.”

En somme, la langue qui compte, c’est celle de la musique. Et la musique de Danitsa n’est pas qu’intelligible, elle est surprenante de bout en bout. Rappeuse, chanteuse, mystérieuse et émotive, la Genevoise est en plus de ça une fine technicienne vocale.

Danitsa est Suissesse. Il fut un temps où la musique du pays helvétique n’arrivait pas à nos oreilles, la faute à un certain mépris bien français. Aujourd’hui, de nombreux artistes Suisses redéfinissent la culture francophone, le collectif Superwak en tête (#NiqueSaMèreLesFrontières). Pourtant, Danitsa est catégorique :

“Le rap Suisse s’est toujours bien porté. La seule chose qui a changé c’est la visibilité médiatique.”

Etant l’une des invitées récurrentes des projets du rappeur DI-MEH, c’était une évidence de le retrouver sur cet album:

“Pour moi c’était une évidence d’inviter DI-MEH car on fait de la musique ensemble depuis des années et j’apprécie énormément le travail de Slim-K, Dewolph et Rico TK.  Tout va bien à Genève.

Tout va très bien à Genève, au point où Bobby, l’un des hommes fort de la ville s’est permis de déclarer sa femme à la “tisse-mé ” la plus sexy, “Shanna” !

“Je ne m’attendais pas du tout à avoir un morceau sur moi. Et on peut dire que j’ai été agréablement surprise. D’ailleurs on retrouve une partie de ce morceau dans le son  “Money”.  

L’album se conclut par son titre le plus touchant, “Days”. La chanteuse se livre entièrement sur une musique très intime :

“Days est le dernier morceau que l’on a enregistré. Il est poignant car il est plus personnel, plus sincère et plus mélancolique. J’ai choisi de parler de mon père. Lorsque j’ai enregistré ce morceau. J’avais les larmes aux yeux. Je pense que l’auditeur ressent ma tristesse.”  

Quant à l’avenir, Danitsa n’a aucune limite et l’imagine particulièrement radieux :

“Dans cinq ans, je me vois propriétaire, en tournée à l’international et en possession d’un grammy. ( Ça fait du bien de rêver un peu)”. C’est évidemment tout le mal qu’on lui souhaite.

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2 Comments

  1. Cinquième as Déc 8, 2017 at 20 h 29 min

    Très intéressant je connaissais pas merci pour la découverte j’aime bien le délire

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  2. Lyuby Déc 16, 2017 at 14 h 53 min

    Excellent, Danitsa! Je t’attends à Montréal ! J’écoute l’album en boucle! J’adore Repo Man!

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