« Pendant qu’ils lèvent leur Absolut moi je rêve d’absolu, l’âme pour vivre dans une telle tension pour transformer la noire guerre en de belles chansons ». Bienvenue dans l’univers de Lucio Bukowski.

Après six albums et quinze EP (!), c’est en artiste confirmé qu’il revient avec Hourvari, de nouveau accompagné par Milka. Les deux artistes en sont à leur quatrième opus, après trois EP communs sous le nom de Lucio Mikoswki. Beatmaker, Milka est au rappeur lyonnais ce que Ryan Lewis est à Macklemore. Cette nouvelle collaboration accouche d’un projet aux allures de pamphlet contre l’époque traversée.

Ecouter Lucio Bukowski ne se fait pas sans exégèse. Commençons par le titre. Selon le dictionnaire Larousse, un Hourvari est « la ruse qu’emploie le gibier lorsqu’il revient sur ses pas pour tromper les chiens » . Le Larousse nous propose une deuxième signification, et renvoie « au vacarme, au tapage, à l’agitation confuse ». Le titre pose l’atmosphère : Lucio Bukowski appel au refus du modèle imposé, et à s’affranchir des diktat sociétaux.

Inspiré par une époque qui le touche, le membre du crew lyonnais L’Animalerie concocte des morceaux de haut standing. Qu’il est agréable  – et rare – d’entendre des textes ciselés, aussi riches qu’équilibrés. L’album Hourvari, truffé de figures de styles, est un modèle d’écriture. Un tel parti pris, à une époque où les projets destinés au grand public s’inscrivent presque tous dans une même démarche, doit être salué. Car plaire à tout le monde semble être le cadet des soucis de Lucio Bukowski, qui met la technique au service du fond.

Si on peut louer la prise de risque, se pose néanmoins la question de l’accessibilité aux références mobilisées, comme pour la track 9, « Le caniche de Jeff Koons » . Lucio s’y attaque à la société du paraître, à l’aide d’un parallèle avec l’œuvre de l’artiste américain. En 1991, Jeff Koons s’attaque par l’absurde au « petishism », l’adoration exacerbée pour les animaux de compagnie, à l’aide d’une sculpture représentant un caniche plus qu’apprêté. Rapportée à notre époque, Lucio Bukowski nous plonge dans une soirée banale pour y pleurer le narcissisme, en ces temps de relations sociales guidées par les réseaux sociaux : « Le reste, c’est du vent, qu’il soit chaud, qu’il soit froid ».

Les clips sont dans la même veine. « Mouchoir d’Adam » déborde de poésie, et vous emporte dans une ballade montagnarde aux plans soignés.

Hourvari est riche en références pointues. Sur 11 chansons, sont cités Fritz Wunderlich (chanteur allemand), Adam, Chopin, Baudelaire, John Toole (écrivain au succès post-mortem), et donc Jeff Koons. L’album de Lucio est l’arme ultime pour contredire quiconque rapprocherait le rap d’une pratique d’analphabète, aux textes bâclés.

A une époque où la forme prévaut trop souvent sur le fond, Hourvari fait figure d’oasis dans le désert et mérite un succès à la hauteur du travail accompli, colossal.

Lucas Rougerie / Twitter: lucasrougerie

01. Hourvari (2:07)
02. Si Chopin avait eu une MPC, Baudelaire aurait rappé (2:52)
03. Années Folles (3:10)
04. Ceux Qui Boivent Pour Oublier Sont Priés De Payer d’avance (3:51)
05. #Yolo (3:04)
06. John Toole (3:11)
07. Wunderlich (3:27)
08. Mouchoir d’Adam (3:20)
09. Le caniche de Jeff Koons (3:54)
10. Le Silence Est Un Oubli (3:34)
11. Pluie De Grenouilles (4:21)

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