Chaque artiste a ses hommes de l’ombre. Ceux qui font partie de l’aventure, indispensables et plus ou moins discrets. Gringe a par exemple débuté comme backeur d’Orelsan, après avoir participé aux deux premiers albums du rappeur caennais.  La suite, on la connait : les deux amis cartonnent avec un album commun, « Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters »,  mis en images dans un long métrage adoubé par la profession : «  Comment c’est loin ».

diamond-deuklo-chronique-sous-le-rire-le-fond-928x533-2017
Crédit: Instagram diamonddeuklo

Casseurs Flowters’ Origins

Dans le premier opus des Casseurs Flowters, , un morceau intrigue : « Le couplet de Claude ». On y entend Orelsan et Gringe en sortie de bar, coincés par un ami encombrant. Cet ami, c’est Claude aka Diamond Deuklo. Celui qui est présent depuis les premiers clips à succès d’Orelsan (époque « Perdu d’avance », 2009), propose un couplet pour l’album du duo. Avec, déjà, un style bien à lui, tout en punchlines saccadées  : « ton père se fait les boules avec un gant de toilette/ pour te nettoyer le visage t’utilise le même gant de toilette ».

(entre 0’ et 1’30)

On retrouve le même ami, cinq jours après la sortie de l’album, dans un freestyle a capella dans Planète Rap, sur Skyrock. Là où bon nombre de rappeurs galèrent des années avant d’attraper un micro chez Fred de Sky, Claude y enchaîne les horreurs (« ta daronne a chié le moutard » / « pendant que ton père en chiait au mitard ») sous les regards médusés de la moitié de L’Entourage, à côté d’un Gringe hilare et d’un Orelsan sous le charme (voir ci-dessus).

Diamond Deuklo en image, sur Instagram
La légende Crédit: Instagram diamonddeuklo

La BO du film « Comment c’est loin » laisse finalement une place pour Claude, lequel singe le Professeur Xavier des X-men le temps d’un morceau entier. Diamond Deuklo devient la voix des péchés inavouables de tout à chacun. Face au carton de ce titre, Claude creuse encore et sort le clip en avril 2016. Lequel dépasse les 1,5 millions de vue à l’orée de 2018. Il enchaîne, l’hiver suivant, avec l’angoissant « De la neige », où il plonge le spectateur dans la France du vice le temps d’un réveillon de Noël.

Un blues caustique pour un tableau social censé

« De la Neige », s’il a l’avantage de s’articuler autour d’un thème, reste un enchaînement de propos disons « accrocheurs » dans la lignée des précédentes productions du caennais.

C’est avec la trilogie « Le Blues », entamée le 20 juin 2017, que la démarche de Diamond Deuklo prend une autre dimension. Il devient le crooner de la France des problèmes sociaux. L’idée est simple : il enchaîne les situations désolantes qu’il relativise par un habile « Le Blues », ponctuant chaque phrase, dans une ambiance apparemment orchestrée par le directeur de la photographie de la série allemande REX. Des sujets bientôt récurrents s’enchaînent : l’alcoolisme, les classes populaires : « ta défaite sociale se lit sur tes vêtements », « ton père a demandé la main de ta maman au PMU (..) et je suis ému », ou encore la sexualité : « t’es homo mais t’es le seul à pas être au courant » / « ton dépucelage s’est fait avec un casque de réalité virtuelle ».

« Le Blues », épisodes 2 et 3 : un hommage à Strip-Tease ?

Strip-tease, émission de documentaire diffusée entre 1995 et 2012 sur France, raconte les parcours de français aussi anodins qu’atypiques. Un paradoxe qui n’est pas sans rappeler le personnage de Claude. Nous connaissons tous l’histoire de ce fan de tuning issu de Douai, brute de décoffrage et volcanique. Moins connue, celle de ce fermier fabriquant sa soucoupe volante avant un décollage imminent.

Dans « Le Blues », épisode 1, Deuklo rappelle qu’il est surtout là pour se marrer, malgré un tableau social aux facteurs probablement vérifiables. « Le Blues » volets 2 et 3 s’éloignent de la satire pour s’approcher, avec une gravité relative, d’une fresque sociale. Claude y pose avec sérieux entre des plans où une France populaire et croyante montre son quotidien, de Caen à Alençon, entre dérapages en famille (épisode 2) ou soirée en fête foraine (épisode 3).

Avec, pour habiller ces passages solaires, des punchlines toujours aussi désarmantes : « t’as la gastro dans les embouteillages / T’es retrouvé mort loin du rivage » (épisode 2) ou « « qu’est ce que tu portes comme culotte ? » en textos groupés / Dans les Casseurs Flowters, c’est Vald mon préféré » (épisode 3). Deuklo s’inscrit dans la lignée de Seth Gueko, dont il poursuit le récit de la France des barbecues. Seth Gueko s’y inscrit pour mieux la raconter de l’intérieur pendant que le caennais adopte une démarche omnisciente par un tutoiement permanent. Les médisants diront qu’il se moque pour mieux se rassurer sur sa propre condition quand les bienveillants parleront d’un hommage. Peu importe, tant la démarche semble juste.

L’époque fait la part belle aux MC indéfinissables. Diamond Deuklo, qui ressemble à une version censurée des Casseurs Flowters, sera-t-il la surprise de 2018?

 

Lucas Rougerie / Twitter: lucasrougerie

 

 

Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.