Le premier album éponyme de Busta Flex fête ses 20 ans (Chronique)

Plus de 20 ans de carrière, d’abord dans la lumière puis dans l’ombre suite à de gros problèmes avec son label. La carrière de Busta Flex n’est pas un long fleuve tranquille, mais aujourd’hui nous allons parler du point culminant : son premier album éponyme « Busta Flex » qui fête en ce jour du 3 février ses 20 ans. Nous allons y revenir d’une façon un peu particulière, son par son.

Tout d’abord, Busta vient du 93 et plus particulièrement d’Epinay sur Seine qu’il dédicace souvent et notamment lors de son entrée sur scène lors d’Urban Peace  en 2002. Remarqué grâce à son maxi « Kick avec mes nikes », il rejoint le jeune label de Kool Shen : IV My People pour y enregistrer son premier album. Pour qualifier le style de Flex Stabeu c’est un rap de kickeur, avec une utilisation de comparatifs et de métaphores tout en restant très accessible, pas besoin d’avoir un bac +8 en littérature pour pouvoir le comprendre.

Intro : pour débuter cet album, Busta va lui-même s’occuper de la musique qui contient un sample de la série télé “Gargoyles, les anges de la nuit”, assez courte, 1min14, elle va nous préparer doucement à la suite.

J’fais mon job à plein temps : connexion 100% IV My People avec Zoxea à la prod et Kool Shen qui s’occupe de faire quelques backs. Un morceau où il se tourne en dérision cassant les clichés du rappeur viril, fumeur, couchant avec toutes les femmes qu’il veut, «serrer une go’, la ken’ et s’apercevoir qu’elle a 16 ans», «bien sûr j’fais du sport, j’suis toujours en train de courir à fond dans les transports», «s’frotter à des frappes s’fritter et ensuite pleurer, (de rage ?), non de douleur, t’as vu ma couleur ? si on voit un bleu sur moi c’est qu’le mec y a été d’bon coeur».

Ma Force : sur une prod de Sully Sefil, l’artiste du 93 nous parle de son ascension vers le succès qu’il n’a absolument pas souhaité mais qui et venu à lui «je n’ai jamais voulu traîner dans la cours des grands, mais si les grands n’assurent pas, est-ce que je dois en faire autant ?» et de la jalousie que cela a pu engendrer «t’es jaloux de mon succès, t’as su que c’était grâce au taf qu’on y arrive, et pas en gâchant de la salive». Et pour la première fois, il revient sur l’agression dont il a été victime le 20 mars 1997, qu’on détaillera en parlant de la chanson “Pourquoi ?”.

Yeah Yeah Yo : connexion avec BOSS le label de Joey Starr que l’on retrouve à la prod accompagné de Dj Spank. Gros morceau egotrip où il vient nous démontrer toute sa technique mélangée à sa richesse lyricale, le tout au milieu de verlan et d’un refrain qui reste dans la tête. «Busta dans la place pousse la basse, Yeah Yeah Yo, passe le mic ou passe ta pétasse, Yeah Yeah Yo, bouge de, bouge de là et check mon hip-hop loula».

What Can I Do ? : sur une prod de Madzim, Fonky Beusta nous dépeint le quotidien métro-boulot-dodo qui commence un lundi à 8h jusqu’à 17h et la fin de la journée. Une description minutieuse où chacun pourra reconnaître une partie de son quotidien, entre les comères, les lécheurs de bottes, le patron autoritaire, etc…. « 17 heures enfin c’est la fin du calvaire, 9 heures d’attente il faut voir tous ces chacals vers la sortie, réaction bien assortie avec le décor, faut avouer qu’ça donne envie de battre des records».

Ca se dégrade : 6ème morceau et 6ème producteur différent avec cette fois-ci John Boya. Un constat amer de notre société actuelle gangrénée par le chômage, la violence et les politiques corrompus vont être évoqués dans le premier couplet alors que le second vient s’attaquer à la politique de sa ville et plus particulièrement au maire et ses associés «que des promesses, rien dans les caisses des assos, les associés du boss n’ont jamais vu un dossier, fuck leur société et leurs réunions». Le dernier couplet est un panflet contre l’état français «c’est l’état qui payera, bourgeois contre caillera».

Majeur : pour ce morceau, on retrouve Madzim à la prod. Un son qui commence par un petit dialogue moralisateur sur le fait que Busta sorte beaucoup trop. En effet, ce titre parle de la majorité du rappeur, du fait qu’il puisse sortir seul, rester dehors jusqu’aux premières heures du matin et de l’état de sa vie à ce moment-là. Une vie de zonard comme beaucoup d’autres entre l’école pour faire plaisir aux parents, l’alcool et la fumette. « J’espère que mes parents me pardonnent, quand je rentre à 4h du matin et que j’sonne».

1 pour la basse feat Zoxea : deuxième production de l’album pour Zoxea qui ne se contente pas de faire l’instru mais vient aussi poser un couplet. Nous sommes un an avant la sortie du premier album solo “A Mon Tour D’briller” du membre de Les Sages Poètes De La Rue et l’année de la sortie du deuxième album du groupe “Jusqu’à L’amour”. Un morceau rempli de dédicaces à différents membres du milieu hip-hop aussi bien hexagonal que ricain, de la Fonky Family à Dany Dan en passant par Notorious B.I.G., Foxy Brown, NTM et bien sûr son invité du jour Zoxeakopat : « Kopate comme Zoxea, Brown comme Foxy», «Busta Flex fonky comme la family» ou encore «rappeur solo comme B.I.G.» avec peut-être le meilleur refrain de l’album : « 1 pour la basse et puis 2 pour le show, 3 pour la tass, puis enfin 4 pour le pro, quand on vient prendre le micro, c’est pour les frères et les soeurs, quand on vient prendre le micro, c’est pour le squatter des heures».

Kick avec mes nikes : morceau qui a fait connaître Busta issu du maxi éponyme sorti en 1997, la prod de Carlos Bess a été un peu modifié pour l’album ainsi que les lyrics de l’artiste. Un titre où il énumère toutes les caractéristiques de son flow et pourquoi il est si particulier lyricalement, le tout en ayant bien sûr sa paire de Nike au pied. « 1 pour les aigus, 2 pour la basse, 3 pour ta face, 4 parce que je ne porte pas d’Adidas».

Esprit mafieux feat Oxmo Puccino : on retrouve cette fois-ci un membre de Time Bomb à la prod en la personne de Mars-V. Prod qui a samplé pour ce titre “Aria de Syrna” de Saint-Preux sorti en 1991. Sur une instru reprise par Guizmo sur “Ma Haine Est Viscérale” bien des années plus tard, le rappeur d’Epinay invite un deuxième membre de l’écurie Time Bomb, le poète du 20-1 : Oxmo Puccino pour un titre ultra technique et très très bien écrit, comme souvent avec l’auteur de “L’enfant Seul” me direz-vous. Les deux MC’s viennent nous parler de la déscolarisation, de cette génération prête à tout pour l’argent et le questionnement sur la vie qu’il faut mener «j’ai 20 ans, 4 ans de rap, et seize ans de questions sur la vie et ses principes».

Pourquoi ? : sur une prod de Sulee B Wax contenant un sample de “Tout n’est pas si facile” de NTM, Busta Flex vient nous raconter une histoire, celle du 20 mars 1997. Tout commence en 1996 lors d’un freestyle au “Cut Killer Show” sur radio Nova, une phase de Busta va retenir l’attention «tu sais qu’en improvisation j’suis un ouf, j’ai plus de style, j’ai tellement de style en impro que les rebeus se mettent à manger du halouf», plusieurs membres de la communauté musulmane ne vont pas accepter cette phase et lors d’un concert à Rennes, Rohff et Kertra d’Expression Direkt viendront demander des explications au rappeur, la tension va rapidement monter et les premiers coups vont commencer à pleuvoir. Seul son frère va rester près de lui contre plusieurs individus alors que tous ses autres “potes” dont Lone vont prendre la fuite. «le 20 mars 97 ça a bardé, les mêmes soit disant amis étaient loin de moi quand je criais “aidez-moi”».

Le zedou : nous retrouvons le fameux Lone pour la prod, vraisemblablement enregistré avant la bagarre. déjà le zedou signifie en général 12g de shit. Dans ce morceau, Busta se fait passer pour un dealer mais un dealer de bon rap. C’est écrit de façon à ce qu’on mette beaucoup de temps à comprendre qu’on parle de rap et non de drogues, le résultat est assez bluffant «je fais toujours mon possible pour satisfaire le client, c’est pour ça que dans mon 12 y’a un dépliant».

Freestyle Session feat NTM & Zoxea : sur une instru faîte par lui-même, Funky Beusta se permet d’inviter Zoxea et NTM pour une session freestyle d’anthologie. Balancez une instru devant 4 des meilleurs kickeurs de l’histoire du rap français et vous obtenez un résultat incroyable, une connexion 92-93 comme on en a pas refait depuis et comme dit Kool Shen «c’est de la bombe bébé».

Outro : 3ème instru dont s’occupe Busta et c’est exactement la même instru avec le même sample que l’instru.

“Busta Flex” sera le seul album qu’il sortira sur le label IV My People, avant de rejoindre BOSS. Au cours de ces 52 minutes, Busta Flex va nous montrer toute l’étendue de son talent que nous retrouverons aussi sur son deuxième projet solo « Sexe, violence, rap & flooze » sorti en 2000 ainsi que sur son troisième album solo « Eclipse » en 2002. Malheureusement une restructuration de label l’empêchera de sortir sa musique en voulant le faire entrer dans une catégorie plus mainstream, devant son refus, son label va l’interdire de sortir quoique ce soit. Son contrat stipulant qu’il devait livrer un dernier album avant de quitter le label, ils vont finir par lui laisser faire ce qu’il veut mais ne mettront aucune promotion en place, ni interview, ni clip, c’est ainsi que ‘la pièce maîtresse’ voit le jour en 2006. Enfin débarrassé de ces parasites, il sortira  ‘sexe, violence, rap & flooze 2’ en 2008, puis une mixtape ‘flextape 93.8’ en 2012 exclusivement composé de jeunes de son quartier en plus de Zoxea qu’il invitera sur l’excellent ‘Fast Flow’ et enfin le dernier en date ‘soldat’ en 2014 qui est un EP. Actuellement il prépare un projet qui devrait sortir courant 2018.

Leave A Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *