Biffty : « C’est un truc de vieux de se faire bouffer les couilles » (ITW)

Biffty, c’est un univers particulier dans lequel les incompréhensions sont fréquentes au prime abord. Petit à petit néanmoins, on commence à y voir clair et on se surprend à avoir de l’affection pour ce personnage complètement unique, tant dans son style capillaire, par exemple, que dans son flow. NZS a eu l’opportunité de discuter avec le natif de Neuilly-Plaisance à l’occasion de la sortie de son premier album La Potence sorti le 8 juin 2018. Au programme : La dictature de l’image, les addictions, la peur (ou non) de la mort, le Souye Fest ou encore le rapport si particulier que le rappeur entretient avec la scène… Tout ceci et bien plus ci-dessous !

Newzikstreet : Comment vas-tu Biffty ?
Biffty : Je vais bien, on attend la voiture pour partir au Souye Fest de nuit. On a 800 km qui nous attendent. Mais ça va bien.

Excité par tout ce qui arrive, la sortie de l’album La Potence ce vendredi 8 juin et le festival qui commence samedi (9 juin) ? (NDR : L’interview a été réalisé le mercredi 6 juin.)
Ouais le festival commence le lendemain, on y va aujourd’hui pour avoir le temps de s’imprégner de l’ambiance qu’il y a sur le site. Sinon, j’ai grave envie que l’album sorte ! Ça fait longtemps que je l’ai fini… Tout le monde a envie de voir ce qu’il se passera à sa sortie.

C’est la première fois que tu sors un projet aussi long en plus ! L’album fait tout de même 17 titres. 
Ouais, le premier projet que j’ai sorti, c’était une mixtape de 11 titres. Là, c’est la première fois que je sors un gros truc, en effet.

Qu’est-ce que ça implique de donner autant de toi sur un projet ?
Ben… Je sais pas trop, pas grand choses à part du temps et beaucoup de textes. Même moi j’écoute jamais des projets aussi longs en entier.

En terme de méthode de travail, c’était pareil ou tu l’as travaillé différemment ?
Non, on a pas changé de méthode. On va sans doute changer pour le prochain projet mais là on était en mode « je vais au studio quand j’en ai envie et je vois ce qu’il y a de bien, ce qu’il y a de pas bien »… Au feeling quoi.

Donc rien n’a changé dans ta manière de concevoir les titres avec Weedim ?
Si quand même, on les a plus réfléchi alors qu’avant on faisait vraiment ce qu’on avait envie. Par exemple, Weedim a fait des prods qui ne sont pas les mêmes que ce qu’il a l’habitude de faire avec moi. Même dans la Boulangerie Française Vol. 2 on a fait le morceau « Ma chambre » qui sort de notre ambiance habituelle. On a essayé de réfléchir à des nouvelles mélodies, des petits trucs… On s’est un peu creusés la tête pour essayer de rafraîchir l’ambiance générale de l’album.

De loin, quand je vois tes clips notamment, j’ai l’impression que tu es plutôt inspiré par le « Soundcloud rap » américain…
C’est quoi le Soundcloud rap Américain en fait ? Je t’avoue que j’arrive même pas à mettre des têtes dessus…

Les rappeurs du genre Lil Pump, Lil Uzi Vert…
Ouais… Ouais en vrai j’aime de ouf Lil Pump, Smokepurpp, Hoodrich, Fat Nick… J’aime bien les mecs de ces temps là. Après y’en a plein qui ont percé sur Soundcloud mais moi je les ai pas connus sur Soundcloud. Moi, c’est Youtube à fond.

Tu dirais que ce sont ces rappeurs qui t’inspirent aujourd’hui ?
Non, c’est ce que j’écoute et ce qui me fait kiffer. Après, quand t’écoutes ma musique… Il y a peut-être des ressemblances vu que les prods de Weedim sont actuels, mais en soi j’ai pas l’impression de voler quoi que ce soit au States ni même de m’en inspirer. Je kiffe, mais je m’inspire pas trop de la musique que j’écoute en règle générale. Je fais mon truc. Quand j’ai commencé à faire mon truc, je connaissais ni Lil Pump ni Fat Nick.

Ouais, t’as peut-être même commencé avant eux en fait…
Je ne pense pas, mais j’ai commencé avant qu’ils percent, disons.

Une autre chose que je remarque de loin dans ton personnage, c’est qu’il y a peut-être une certaine envie de rendre le « gros » tendance…
En vrai, va voir les comptes Instagram qui marchent, je pense que je suis vraiment loin d’être dans la tendance ! Je suis peut-être l’un des pires exemples. Mon compte Instagram c’est l’enfer. C’est des photos de ma tête en zoom tout ça… (rires) Je crois pas que je sois trop tendance. Je suis plutôt… en galère de tendance !

Je pensais à ça à cause du dernier morceau de l’album, « Club de fitness ». Au départ, je pensais juste que tu te moquais et à la deuxième écoute, je me suis dit que t’étais peut-être même un peu fasciné par ces clubs.
Ben ouais ! Nous on est banlieue et les clubs de fitness c’est les seuls trucs qui ouvrent avec les grecs. Et dans ma ville, la moitié des mecs sont allés dans ces clubs de fitness et quand ils y sont ils parlent que de ça, ils snappent, ils parlent de leurs exercices… Je pense que c’est un truc qui m’obsède… Qui nous obsède tous même si on y va pas ! On est sans cesse confronté à ces gens qui vont aux clubs de fitness sur Instagram ou sur Snapchat. C’est pour ça que je pense que ce morceau a un sens. Autour de chez moi, des clubs de fitness, il y en a cinq ou six ! C’est important de souligner ça et d’en faire un morceau.

Est-ce que ces codes de beauté, masculins et féminins, qui sont exhibés sur les réseaux sociaux te parlent personnellement ?
J’ai pas une définition particulière de la beauté mais… C’est malheureux, mais on aime bien les jolies filles quoi. Après, nous les garçons on a pas besoin de ça, c’est connu depuis l’antiquité. On a pas besoin de se laver, de prendre soin de nous. On a d’autres facultés qui nous permettent d’être sexy (rires). Mais c’est très bien pour ceux qui se trouvent beaux de montrer leurs abdos. Ca ne me dérange pas qu’ils kiffent mettre leurs photos sur Instagram, ils font ce qu’ils veulent.

Toi, tu ne le ferais pas, quoi.
Je ne le ferais pas là mais si j’étais musclé de ouf, peut-être que si. On sait jamais.

Pour continuer à parler de l’album, je l’ai trouvé très punk par moments. Il me semble que c’est une musique que tu écoutais beaucoup, que tu écoutes peut-être toujours d’ailleurs. Comment s’est passée la confection de ces morceaux ?
Pour « Interlude Punk », c’est juste Weedim qui voulait un interlude débile donc on a fait ça. C’est un pote à moi qui joue de la batterie dans le groupe Street Poison, un groupe de ma ville qu’on kiffe de ouf. C’est Julius, mon frère, qui était leur manager. Pour « Festival », c’était une petite référence au Souye Fest de l’année dernière qui avait fini en rave party. Et ça va sûrement être la même chose ce week-end malgré la pluie et les orages. Mais la partie punk vient plutôt de Weedim. J’en avais écouté, mais j’en écoute très peu aujourd’hui, j’écoute que du rap. Weedim a eu une petite période punk et c’est vrai qu’il y a des rappeurs Américains qui ont fait des morceaux vraiment énervés, vraiment Metal dernièrement. Du coup il voulait bosser là-dessus et ça collait bien à mon truc. c’est vrai que faire des morceaux rap/punk c’est génial et sur scène c’est la folie totale et c’est surtout pour ça qu’on l’a fait. On savait que sur scène, ça allait être la guerre de ouf. « Festival » on l’a testé sur scène et c’est la guerre totale.

Quand j’ai écouté le morceau, je pensais que c’était plutôt DJ Weedim qui était entré dans ton univers « rock » mais c’est plutôt le contraire alors ?
Ouais, c’est lui qui fait les prods ! La musicalité repose sur lui, quand j’entre en studio, il me fait écouter ses prods. Pour moi c’est vraiment le beatmaker qui choisit la musicalité vu que c’est lui qui fait les prods. Et dans ce cas là, c’est vraiment Weedim qui voulait bosser sur une prod comme ça. C’était l’ambiance de Weedim et de Chapo à ce moment là.

Oui, d’ailleurs quand on dit Weedim, on omet trop souvent de parler de Chapo avec qui il bosse quasiment exclusivement.
Ouais, Chapo est quasiment sur tous les morceaux de l’album. Chapo coproduit tous les morceaux de Weedim. Chapo ajoute toujours sa patte, passe après pour mettre d’autres bonus.

Le thème de l’addiction revient souvent dans ta musique entre les substances illicites que tu consommes et l’éloge de la bouffe bien grasse. Au milieu de tout ça, il y a le morceau « Mon p’tit pote » où le thème de la mort prématurée est mis en avant… C’est la première fois que tu fais un morceau comme ça d’ailleurs, non ?
Ouais, je crois aussi.

Est-ce que toi-même tu n’as pas un peu peur de…
De mourir ?

Je voulais pas poser la question comme ça, mais oui en gros…
Si, je pense que tout le monde a peur de mourir. Après, je n’ai pas peur de mourir à cause de mes addictions à la drogue. A part si je développe un cancer du poumon, ce qui peut arriver. Mais, non pas spécialement. C’est un truc présent dans la vie de tous les humains. Pour ce qui est des addictions, c’est vraiment ça qui règle nos vies maintenant. Donc c’est normal que ça revienne souvent, mais je ne pense pas avoir peur de ça. On est tous accros à des trucs horriblement chiants.

N’as-tu jamais pensé à changer ton mode de vie dicté par ces addictions justement ?
Si, si, je me dis tout le temps que je vais me mettre au sport, que je vais manger sain et tout mais… C’est impossible ! J’ai tout le temps envie de fumer et de manger.

Dans quel état d’esprit étais-tu quand tu as écrit « Mon P’tit Pote » ?
Quand j’écris, soit je suis au studio, soit c’est quand je me réveille chez moi. Dans ce cas là, je mets des type beats sur Youtube et j’écris. Il n’y a pas vraiment d’état d’esprit spécial, je me dis juste « allez, je vais écrire du rap » ! Donc ça dépend du mood. Ça dépend aussi de la prod et de la manière de rapper. Chaque texte change au moment où tu le rappes. Tu peux rapper un texte super triste d’une manière drôle et ça va être drôle quoi… Enfin, c’est pas sûr mais… En tout cas je me souviens plus de quand j’ai écrit « Mon p’tit pote ».

C’est un morceau que tu vas faire sur scène ça aussi ?
On l’a joué une fois pour l’instant. Je ne sais pas encore. Pour l’instant on joue « Gros bisous », « Souyette », « Planète », « Elle veut voir »… On en joue 6 ou 7 de cet album. Mais j’aime beaucoup mon set actuel parce qu’il y a que des morceaux méga violents. On a gardé tous les morceaux violents que j’avais avant et qui marchent bien sur scène et on a ajouté les gros morceaux violents de l’album. Moi du coup, j’ai un peu la flemme d’ajouter les morceaux moins violents. Mais on va les rajouter, je pense que les gens veulent écouter le nouvel album sur scène. Sur cet album il y a des sons plus calmes, mais personnellement ça m’intéresserait moins de les jouer. Mais à un moment faut arrêter de faire la mega-souye pendant 1h…

Et avoir cinq minutes un peu plus tranquilles.
Ouais mais d’un côté quand tu sors de ton concert, tu te dis « ben ces cinq minutes de calme, c’était relou alors que tout le reste c’était trop drôle », c’est ça qui est chiant aussi.

Est-ce que vous allez jouer le morceau « Testicules » aussi ?
On l’a déjà joué quelques fois ! Je sais pas si on va le faire parce qu’il est très compliqué à rapper pour moi, honnêtement. J’ai un flow très calme et très rapide en même temps. C’est un peu compliqué à faire vu que moi j’aime bien crier. Mais on va le faire de temps en temps parce que c’est vrai qu’il est intense avec le refrain de Weedim. Après on a aussi le morceau « Comment ça » qui est un peu dans le même registre même si « Testicules » est peut-être un peu plus violent. Mais si les gens veulent absolument « Testicules », on le mettra.

D’ailleurs, comment réagit ton public féminin à ce genre de morceaux ?
Pour l’instant, c’est pas sorti, du coup on a que des réactions des gens après les concerts. Mais les retours sur « Comment ça » sont bons par exemple. Ça fait vraiment marrer les mecs et les meufs kiffent encore plus. C’est bizarre, dès que tu les prends à parti et que tu dis un truc super violent, ça les fait rire. Après, c’est drôle de notre part, donc elles adorent ça. Dire « lécher les couilles » en concert, c’est légendaire pour elles ! Après, tu connais y’a toujours des gens en festival, parce que j’aime bien me balader après mon concert en festival, qui connaissaient pas et qui viennent me dire : « C’est trop bien ce que tu fais etc… Mais la partie où tu dis « Comment ça tu veux pas lécher mes couilles » c’est un peu… » Mais surtout, ce morceau fait vraiment marrer les vieux ! C’est un truc de vieux de se faire bouffer les couilles. Je pense qu’ils y tiennent ! Plus tu deviens vieux, plus tu deviens précis sur ce que t’as envie et les couilles… Leur gland a tellement été utilisé qu’il faut descendre dans d’autres endroits un peu moins explorés (rires).

La deuxième édition du Souye Fest aura lieu demain à Barrinque dans le sud-ouest. Il y a un beau line-up. J’imagine que t’es excité !
Bien sûr ! Malheureusement, il y a beaucoup de pluie. L’année dernière on a eu un très beau temps mais jusqu’à hier tout le terrain était inondé ! Apparemment ça va mieux mais ça va être une année intensive avec de la pluie et de l’orage sur les deux jours. Mais ça va être drôle !

A ma connaissance, il n’y a que Demi Portion et la Scred Connexion comme rappeurs francophones à avoir leur propre festival…
Il y a aussi Roméo Elvis qui avait fait le Strauss Fest en novembre dernier. Mais ouais, on a décidé de faire notre festival parce que ça correspond bien à notre ambiance. Et je pense que pour les fans, c’est le moment à ne pas rater ! Passer du temps avec des artistes ou des gars de notre gang ça peut se faire que là-bas.

Comment est né ce festival ?
C’est un mec qui s’appelle Chris de la Souye qui a contacté Julius pour lui dire qu’il y avait une rivière qui s’appelait « La Souye » là où il habitait. Il kiffait bien notre délire et il nous a dit qu’il avait fait un festival sur ce site il y a quatre ans et que si on était chaud, il pouvait nous aider à lancer le truc. Du coup nos potes, Que la Souye et Que la Roux ont pris en charge l’organisation du festival… Avec des gars de là-bas, ils ont monté une association et nous de notre côté, avec notre réseau on essaie d’avoir les artistes qu’on a envie de voir. Tout le monde donne son avis mais on essaie d’avoir les gens qu’on aime en priorité et après on ramène des gens qui veulent bien venir turn-up avec nous. Y’a deux-trois gars que j’ai jamais vu. Isha par exemple, je l’ai jamais rencontré, deux ou trois autres gars non plus mais pour la plupart je les connais tous.

D’ailleurs, j’avais vu une interview de toi où tu dis que Sadek est ton rappeur préféré…
Ouais ! Maintenant je me tue moins à ses morceaux qu’avant mais j’écoute toujours. C’est le grand de ma ville donc quand j’étais petit, je faisais du rap et il était déjà connu. C’est marrant qu’il vienne jouer à mon festival maintenant. Et il y aura aussi ses potes qui vont venir avec lui au festival, ça va être marrant de voir des gars de Neuilly-Plaisance à la Souye. On va bien s’amuser je pense !

Où te vois-tu dans cinq ans Biffty ?
Je me verrais bien en Nouvelle-Calédonie avec 58 kilos de beuh, des poissons locaux frais et des milkshakes avec un petit studio à faire du reggae avec des mecs de là-bas.

Ecoutez le premier album de Biffty, La Potence
Biffty et DJ Weedim en tournée près de chez vous ! 

Yoofat est sur twitter

A appris à aimer grâce à Kanye West, Nekfeu, Alpha Wann et Eiichiro Oda..

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