Lupe Fiasco est un artiste contrarié. Nous sommes en 2001 lorsque le rappeur né à Chicago crée sa boite de production, 1stand15th (FNF). Belle anticipation, puisque c’est via cette structure qu’il sortira un premier projet, Fahrenheit 1/15, suite à un conflit avec Arista records, sa maison de disque de l’époque. Cette frilosité envers l’industrie musicale sera une donnée structurante de sa carrière. L’histoire de son dernier album, à paraître ce vendredi 10 février, en est une nouvelle illustration.

Lupe Fiasco revient avec Drogas Light, le premier volet d’une trilogie appelée à entériner la fin de sa carrière. Pour ce faire, il s’est éloigné d’Atlantic records, sa maison de disque actuelle, pour finaliser son projet en indépendant.

Superstar ?

Artiste progressiste et engagé, Lupe Fiasco apparaît dans le paysage musical international en 2005, grâce au titre Touch the sky,  au sein duquel il accompagne un certain Kanye West. Dès lors, tout s’enchaîne assez vite. Premier single solo en 2006, Kick, Push, extrait de l’album Food and Liquors.  Un deuxième album, The Cool (2007), offre au rappeur de Chicago le statut d’espoir du rap international. Tout est alors réuni pour que l’artiste s’installe et perdure sur les cimes du hip-hop mondial.

Problème : la courbe de popularité de Lupe Fiasco, exponentielle, heurte des velléités artistiques plus tranchées. Icône de la pop culture, le rappeur chante l’amour et le respect. Il collectionne les messages positifs dans ses textes, à mille lieux des idéologies fréquemment véhiculées dans le rap.  De plus, l’artiste ne goûte que très peu les demandes de concessions imposées par sa nouvelle maison de disque, Atlantic records. Cette dernière insiste pour que l’artiste livre des morceaux édulcorés. C’est pourquoi son troisième album, Lasers (2011), ne sort qu’après plus de deux ans de tractations professionnelles. Un quatrième suit, Food & Liquor II: The Great American Rap Album Part I, en 2012. L’artiste, peu fier de cet opus, s’abstient d’en faire la promotion.

Entre le 3ème et le 5ème opus, les ventes chutent. Lasers se vend à 200 000 exemplaires sur la première semaine. Une statistique que l’artiste pourrait pleurer au regard des ventes Tetsuo and Youth (2015), son cinquième album, qui facture 42 000 ventes en première semaine. L’essentiel semble ailleurs. Symboliquement, ce cinquième album marque la libération du MC des contraintes liées à son statut d’artiste grand public. Plus recherché, l’opus est plus clivant. Sans titres commerciaux, l’album est une nouvelle illustration des qualités d’écriture de Lupe Fiasco.

Drogas Light ou les prémices d’un crépuscule prometteur 

L’intro, Dopamine Lit, pose Lupe Fiasco en réanimateur des neurotransmetteurs de ses auditeurs. Le ton est donné sur un instru dense. On sent que le MC veut terminer en beauté. Et tant pis pour ceux qui ont prévu de mettre le disque en musique d’ambiance : il faudra, au moins, passer les deux premières pistes. Car NGL, avec Ty Dolla Sign, malgré son potentiel radiophonique (comme Wild Child et son refrain pop, l’un des premiers extraits), est de la même veine. Ces deux premiers titres sont kickés jusqu’aux dernières secondes. Le flow se ralentit sur Promise, première respiration de l’album, pour adopter une tournure plus contemporaine, à l’instar de Made in the USA, la 4ème track. Là est le fil directeur du projet : Drogas Light oscille entre démonstrations de forces et productions adoucies.

Mention spéciale pour le bien nommé Tranquillo avec Rick Ross et Big K.R.I.T, où les trois rappeurs se relaient dans une atmosphère enchanteresse. A peine achevé, le titre demande à être réécouté. Le morceaux Kill sort également du lot. Les 7 minutes, sur une instru qui ferait passer Agnès Obel pour Marylin Manson, font merveille. A noter, enfin, le vrai parti pris que représente It’s not design, aux profonds accent house, avec un refrain funk. Aux antipodes des carcans habituels du rap, ce titre dénote clairement de l’ensemble de l’album.

Comme d’habitude avec Lupe Fiasco, chaque piste est travaillée avec minutie (High, l’interlude, dure 3m59). Chose étonnante, le rappeur est accompagné sur chaque morceau sauf trois (Dopamine, Promise & Pick up the phone). Les onze autres titres regorgent de featuring variés, de Rick Ross à Bianca Sings en passant par Simon Kays et Rxmn. Tout ceci offre un panel de sonorités hétéroclites, en totale concordance avec l’univers de l’artiste.

A l’instar de sa carrière, Lupe Fiasco s’est aventuré dans bon nombres de territoires pour produire un album complet, faisant fi, par instant, des codes propres au hip-hop. Abouti, Drogas light est donc l’antépénultième album de l’enfant de Chicago. A la première écoute, ses fans ne peuvent que regretter que l’aventure s’arrête. N’est-ce pas Bill Murray ?

Lupe Fiasco, Drogas Light, 10 février 2017

  1. DOPAMINE LIT
  2. NGL (FEAT. TY DOLLA $IGN)
  3. PROMISE
  4. MADE IN THE USA (FEAT. BIANCA SINGS)
  5. JUMP (FEAT. GIZZLE)
  6. CITY OF THE YEAR (FEAT. RONDO)
  7. HIGH (FEAT. SIMON SAYZ)
  8. TRANQUILLO (FEAT. RICK ROSS & BIG K.R.I.T.)
  9. KILL (FEAT. TY DOLLA $IGN & VICTORIA MONÉT)
  10. LAW (FEAT. SIMON SAYZ)
  11. PICK UP THE PHONE
  12. IT’S NOT DESIGN (FEAT. SALIM)
  13. WILD CHILD (FEAT. JAKE TORREY)
  14. MORE THAN MY HEART (FEAT. RXMN & SALIM)

 

Lucas Rougerie / Twitter: lucasrougerie

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