Le lundi 10 juin 2019, après 20 années de basketball professionnel dont 18 en NBA, six finales, quatre titres, un trophée de MVP des finales et un titre de champion d’Europe avec la France, Tony Parker a annoncé mettre fin à sa carrière. L’un des plus grands sportifs français de l’histoire a toutes les raisons du monde de partir la tête haute et ce, malgré ce qu’en pensent les plus médisants… Parmi eux, ceux qui penseraient que son album sorti en 2007 serait une « tâche » dans son parcours impeccable. Rappelons au monde que ce disque n’a (presque) rien de honteux… Au contraire.

Un sportif qui fait de la musique, cela est toujours un sujet à railleries. Karim Benzema, Youri Djorkaeff, Yannick Noah… Les exemples de sportifs français ayant eu la mauvaise idée de pousser la chansonette sont légions. Tout comme ces grandes figures de leur sport respectif, Tony P n’est en rien un expert de la musique qu’il pratique. Juste un simple passionné. un amoureux de la culture américaine de par ses origines (son père vient des USA) et de l’environnement dans lequel il a baigné. Parce que la NBA inspire le rap et vice-versa, les connexions se font de manière désinhibée et logique, en témoigne le style vestimentaire des basketteurs à l’époque où Allen Iverson était l’homme le plus frais de l’univers. Il n’est donc pas du tout surprenant qu’un joueur de la grande ligue sorte son album entre deux matchs : Shaquille O’Neal ou plus récemment Dame D.O.L.L.A aka Damian Lillard ont même montré qu’il était possible d’être un basketteur professionnel plutôt respectable en plus de rapper mieux que certains MCs en place.

Notre TP national avait donc à cœur de s’inscrire dans cette grande tradition des rappeurs/basketteurs, mais en marquant sa différence. Même s’il est parfaitement bilingue, le meneur de jeu des San Antonio Spurs n’est pas tombé dans la facilité shakespearienne et a préféré raconter sa vie près des parquets de NBA en français. Épaulé en très grande partie par Eloquence pour l’écriture et la technique, Tony Parker n’a néanmoins aucune inspiration française de l’époque au niveau des productions. Se situant entre les productions spectaculaires de l’écurie Aftermath (Get Rich Or Die Tryin’, The Documentary…) et celles triomphales de la Dirty South de T.I à l’époque King, l’ambiance de l’album réalisé par Skalp, renommé Skalpovich par TP en référence à Greg Popovich, entraîneur des San Antonio Spurs, regroupe intelligemment quelques unes des sonorités les plus en vogue de la décennie 2000. Plutôt que de représenter son quartier imaginaire ou de s’imaginer un vécu Tony Montanien, TP rappe à la gloire de son équipe, les San Antonio Spurs, ce qui en fait un album sans vocabulaire grossier et aux champs sémantiques relativement inédits. L’album sort en 2007, l’année du quatrième titre de la franchise texane, le troisième depuis l’arrivée du Français, histoire de soutenir des egotrips qui mêlent, parfois de manière rigolote, on vous le concède, rap et basket.

Si la réussite d’un album se mesurait à l’ambition initiale du projet et les moyens mis en œuvre pour les assouvir, alors on pourrait certes, avoir deux-trois réserves quant à l’album éponyme, Tony Parker… Ce dernier veut sans doute raconter trop de choses, probablement importantes pour lui, mais paraissant passablement triviale pour le reste du monde. « Premier Love » qui est devenu le morceau-symbole de l’échec de l’album ne ressemble en rien au reste du projet. Ce titre qui avait que pour objectif de passer en radio a sans doute fait mauvaise presse à une œuvre dont le message est tout autre qu’une ballade inspirée par Vitaa, quoiqu’un peu simplet : vous pouvez faire absolument tout ce que vous pouvez ! « Génération motivée », écrit par Grand Corps Malade retranscrit ce message de manière un peu naïve mais touchante, tandis que la grosse majorité des titres de l’album sont conçus pour envoyer du style, de l’Amérique à une époque où les seuls français à oser les sonorités US du moment étaient Booba, Mac Tyer, Ol’ Kainry et Dany Dan ou le Ghetto Fabulous Gang. Malgré trois années de travail avec Eloquence et Skalpovich, Tony P n’atteint certes pas la même aura que ces derniers mais a au moins réussi son pari de créer un contenu cohérent et pleinement ancré dans son époque. Le tout, saupoudré de collaborations prestigieuses (Booba, Soprano, Don Choa, Jamie Foxx) et de punchlines incroyables : « Sans la musique, j’suis comme un Hummer sans jante ». Que voulez-vous de plus !?

Le meilleur basketteur français n’est pas le meilleur rappeur français de l’histoire, certes. Mais il a eu l’audace de réaliser son rêve, de raconter ses réussites comme ses échecs, de croire que son message pourrait encourager toute une génération. Sa vision très américaine du rap français est devenu quelque chose de normal dans la francophonie, en témoigne l’imagerie et la musique d’artistes tels que Joke (ou Ateyaba), Caballero & Jeanjass ou O’boy parmi tant d’autres. Et même si ces derniers n’ont certainement pas été inspiré par l’auteur de « Balance-toi », ils l’ont forcément été par l’épopée américaine du MVP des Finales 2007 de NBA. #MerciTony.

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