Le monde est divisé en deux catégories : Il y a ceux qui tapent leur nom sur la barre de recherche Twitter ou Google, qui souffrent à chaque critique négative à leur sujet et feront absolument tout pour qu’on les aime, et il y a les autres. Devinez dans quelle catégorie se trouvent Drake et Justin Bieber ?

Vous avez tous vu le clip de « God’s plan », celui où l’homme le plus souriant du monde distribue des billets dans un quartier pauvre de Floride et sauve la vie de tout plein de monde, qui, naturellement, pleurent toutes les larmes de leur corps au moment même où ce demi-dieu débarque à l’écran. Que pouvons-nous en penser, sinon que l’action est louable, que le don est une immense vertu et que, de ce fait, Drake est forcément une bonne personne. Et dire l’inverse, maintenant que cette vidéo a dépassé le milliard de vues, serait malvenu.

« God’s plan » est un peu devenu le bouclier anti-bad buzz de Drake. Si un jour, vous avez un doute sur la bonhomie d’Aubrey, de son vrai prénom, que vous retombez sur l’un des articles relatant cette fois où Drake s’est moqué de l’hospitalisation de Kid Cudi, a plus ou moins convoité une minette de 14 piges, ou a insulté la femme de Pusha-T, n’oubliez tout de même pas qu’un jour, cet homme a distribué un million de dollars aux plus démunis. « The furtest thing from perfect », disait-il lui-même sur l’un de ses meilleurs titres, à l’époque où le regard du public semblait moins l’affecter…

Sorti le 7 février 2020, « Intentions » sera certainement le « God’s Plan » de Justin Bieber en terme d’images. Le pauvre chanteur canadien est devenu célèbre au plus mauvais moment possible, soit à l’époque où chaque petite bêtise d’une star fait nécessairement couler de l’encre quasi-indélébile sur les réseaux sociaux. Et il se trouve que Baby Justin fut un expert en petite controverses, quelques unes un peu gênantes (espérer qu’Anne Frank soit une Belieber, écraser un paparazzi en voiture), d’autres un peu, beaucoup plus (sa position sur l’avortement lorsqu’il avait 16 ans…). Mais Justin Bieber a changé. Justin Bieber est mûr, apaisé, et généreux. Dans le clip d’Intentions, Justin Bieber donne la parole à des femmes sans le sou, les écoute attentivement parler de leurs déboires avant de les couvrir d’argent et d’amour. Un câlin par ci, un câlin par là, quelques grimaces pour les enfants, des pas de danse trop rigolos pour marquer l’humilité et boum ! Le résultat est tellement consensuel que même Quavo en sourit. Mais Justin Bieber va pouvoir surfer sur la toile et voir son nom apposé à une pluie de qualificatifs mélioratifs. Pour changer un peu…

J’ai toujours en tête l’expression de Booba qui résume ses couplets en « un puzzle de mots et de pensées ». Cela marche pour ses couplets comme pour ceux de Drake ou de Justin Bieber : qu’ils le veuillent ou non, chacune de leurs phases, de leurs rimes ou même chacun des scénarios de leurs clips vidéo témoigne en partie de qui ils sont (même si ce ne sont pas eux qui écrivent tous leurs textes s/o Quentin Miller). Ainsi, lorsqu’un clip montre à quel point ces personnes sont généreuses, bonnes et humbles, cela ne représente qu’une pièce d’un puzzle qui en compte plus de 500. Si Justin et Drake cherchaient réellement à sauver le monde et à offrir de l’argent à quiconque le mérite, alors ils feraient beaucoup moins de clip apolitiques et vides de sens. En réalité « Intentions » et « God’s Plan », c’est un peu l’équivalent des gens moins connus et moins riches, qui filent des pièces de 2€ aux sans-abris, vont acheter des boîtes de conserve pour le Secours Populaire et en font une story Instagram. « Quand on donne, on attend pas une ovation », disait pourtant un grand rappeur.

La critique que je fais à Drake et à Justin Bieber est en grande partie due à une différence culturelle. On sait que de l’autre côté de l’Atlantique, on adore pleurer, faire pleurer, et être filmé quand on pleure ou quand on fait pleurer. Les Nord-Américains sont plus Harvey Dent, le Chevalier Blanc de Gotham, que Batman, qui lui, préfère œuvrer dans l’ombre. De ce fait, le Français que je suis préfère la sobriété et l’effacement aux strass et aux paillettes. Ça m’énerve évidemment que la chanteuse belge Angèle s’empare, sans finesse aucune, du thème le plus consensuel possible pour une jeune femme en 2018 et, malgré tout, est saluée par toute la sphère bien pensante de l’hexagone… Alors qu’en réalité, la France préfère les Dark Knights.

Aurait-on autant de respect pour Mac Tyer si, au lieu de se contenter d’offrir du matériel à chaque rentrée scolaire depuis au moins 15 ans, ce dernier en faisait un clip avec des parents qui pleurent toutes les larmes de leur corps à chaque trousse offerte ? Si Lacraps n’avait décidé d’épauler l’association La Relève de Coluche que pour profiter d’un buzz éclair, auriez-vous une once de respect pour lui ? Plus récemment encore, auriez-vous eu une quelconque sympathie pour Lomepal s’il s’était filmé en train de filer à manger à des sans-abris en pleurs face à tant de générosité, afin d’annoncer le concept des Lundis Simples ? Jouer les super-héros, c’est forcément une bonne chose, mais l’humilité, la sobriété et la sincérité surtout, devraient être les qualités requises pour celui qui veut enfiler une cape.

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