6 projets sortis en mars à découvrir !

Après un énorme mois de mars marqué par de grosses sorties comme « Paradise » d’Hamza ou « Destin » de Ninho, il est temps de mettre en lumière des artistes plus confidentiels qui possèdent un gros potentiel. Et comme chaque mois, nous vous avons fait une petite sélection – toujours très éclectique – avec principalement des EP, donc pas d’excuse pour ne pas prendre le temps de jeter une oreille attentive !

Si le rap belge explose tout sur son passage depuis quelques années maintenant, il y a eu des précurseurs qui ont représenté le plat pays bien avant Damso, Shay, Hamza, Caballero & JJ et autre Roméo Elvis, parmi eux, un groupe R2F pour Retour2Flam composé de K-otik & Pako pour la partie rap et Dj Self aux platines. Actif depuis 2003, le groupe a sorti différents projets au cours des années ainsi que des solos, participé à de nombreux concerts et surtout envoyé de la bonne musique comme c’est le cas sur ce nouvel EP « Une Goutte Dans L’océan Vol.1 » composé de 7 titres avec pour seul invité Convok du collectif Ultime Team.

Proche de Char du Gouffre ou encore Mani Deïz, R2F porte les lettres de noblesse du hip-hop à l’ancienne aussi bien dans les instrus – signées Stab, LP Beatz, Ypsos, Nid Prod, Draw & Ben Maker – que dans l’écriture où les morceaux à thèmes sont au centre de leur musique : le projet du bilan de mecs approchant la trentaine et qui font une première rétrospective sur leur vie, des rockstars qui veulent casser les guitares sur scène.

Si vous cherchez un projet sombre et beau, une analyse dure et réelle de notre monde actuelle sur des instrus mélancoliques avec des samples de Lunatic ou encore Mokless où chaque phase vous touche, le projet commun « Contre-Courant » de VII & Skalpel est clairement pour vous. Considéré comme le précurseur du rap trash VII rappe depuis le milieu des années 90 et a sorti bon nombre de projets dont son premier album « Lettre Morte » en 2007, Skalpel est originaire d’Aulnay-sous-bois et fait partie du groupe Première Ligne, il se réclame du mouvement libertaire et fait un rap engagé depuis plus de 15 ans.

Comme vous pouvez vous en doutez, on a à faire à 2 mecs qui ont de la bouteille et de l’expérience, entre attaque contre Zemmour, immigration avec le très bon « Petit Pays » qui nous parle des conséquences de la colonisation et des répressions aussi bien en Uruguay qu’au Pays Basque. Il faut bon nombre d’écoutes pour pouvoir saisir toutes les références et comprendre toutes les subtilités qu’ont voulu nous offrir les deux MC’s, clairement un des projets les plus complets de ce début d’année.

Direction Brest à la découverte d’un jeune rappeur doté d’un gros potentiel : Reynz capitaine de l’ « Olympique Poésie » , un EP de 7 titres qui fait guise de premier projet. C’est LE coup de coeur de la rédaction, comme quoi ça a du bon de lire les mails, nous avons été bluffés par la qualité de cet artiste qui a su nous conquérir grâce à une grande diversité sur les thèmes abordés : durant une trentaine de minutes, Reynz vient nous parler de l’arrivée de l’hiver, de son amour pour les femmes italiennes (c’est donc forcément une personne de goût) ou encore de Thomas O’Malley ce personnage du film « Les Aristochats ». A souligner, qu’en plus de ça, à part le titre éponyme sur lequel il s’accompagne de Jung Fink (DJ de la structure 1118 Entertainment), il est à l’entière production. Et sur ce point, nous n’avons pas grand chose à en redire non plus….

On a envie d’en savoir plus sur ce rappeur de 21 ans passionné de littérature, ainsi que sur la scène brestoise qui commence à se faire entendre via des MC’s comme les artistes Ecume Records – dont il fait partie – Gak et Weg (que l’on retrouve sur le projet), mais aussi Alpha Zeleph, NV Gang et bien d’autres. Une première carte de visite de très bonne facture, à lui désormais de continuer à nous sortir de la bonne musique… Vous aimez la poésie, le vocabulaire et les références soignées, la compétition, les belles mélodies et le rap ? Vous allez adorer « Olympique Poésie ». D’autant plus si vous aimez la Bretagne. Et si ce n’est pas le cas, il vous prendra peut-être l’envie de vous arracher à Saint-Lunaire, plus connue comme étant la ville de Nicolas Hulot.

Après avoir connu un succès avec son groupe N.A.P à la fin des années 2000 et surtout en solo avec un album comme « Le Face A Face Des Coeurs » en 2004, Abd Al Malik a ensuite multiplié les projets dont le dernier en date « Scarifications » en 2015 qui n’a pas forcément reçu le succès mérité, puis sorti de nombreux livres comme « Qu’Allah bénisse la France » adapté ensuite au cinéma en 2014 par ce dernier. Quoiqu’il en soit, il est de retour en 2019 avec un 6ème album intitulé « Le Jeune Noir A L’épée ». 9 titres seulement, dont 4 aux côtés du rappeur Mattéo Falkone, 2 avec la chanteuse et sa femme Wallen, ainsi qu’un en featuring avec le pianiste Gerard Jouannest décédé en mai dernier et connu pour avoir beaucoup travaillé avec Jacques Brel ainsi qu’avec Juliette Greco (avec qui Abd Al Malik a collaboré sur son précédent album) dont il était le mari.

Un projet engagé traitant du racisme, d’Adama Traoré, des migrants de l’Aquarius, en passant par les gens du voyage, le rappeur alsacien ne mâche pas ses mots et attire l’attention là où certains préfèrent détourner le regard, il en profite aussi pour en placer une à sa ville Strasbourg. Certains auront peut-être du mal avec les quelques passages de slam durant certains morceaux, mais la plume est toujours aussi belle et vaut le détour. Les fans de la première heure savent de toute façon à quoi s’attendre avec l’artiste qui livre ici bien plus qu’un simple album ; un récit poétique profondément inspirant et inspiré par la poésie de Charles Baudelaire notamment. De plus, le projet accompagne la sortie d’un livre et d’un spectacle éponymes, du 4 au 7 avril vous pourrez donc retrouver le poète des temps modernes à l’auditorium du musée d’Orsay à Paris. Vivement la suite !

Membre du collectif LTF, B-Biface est aussi très actif en solo comme en témoigne la sortie de son cinquième projet « Coeur » deux ans après le dernier « M. Personne ». Originaire du Xe arrondissement, le rappeur de 23 ans nous livre ce qui est à ce jour son meilleur projet, on sent une réelle évolution dans sa musique et comme le titre l’indique, il se livre à coeur ouvert, il nous parle de sa copine avec qui il est depuis 6 ans, de la déception quand son dernier projet lui « a rapporté 37 centimes », de sa vie de rappeur avec des titres très explicites comme « Aucun Bénévolat » ou « Page Blanche », sans oublier un feat avec So’Clock…

Mais les morceaux qui retiennent le plus notre attention sont « Naruto Pt.3 » & « Naruto Pt.4 » qui étaient très attendus par ses fans et il ne pouvait pas se rater au vu des très bons retours autour des deux premiers volets, le résultat est au rendez-vous et la troisième partie fait clairement partie de mes morceaux favoris du mois. Le clip de l’intro « Corde raide » sort demain (mercredi 3 avril), il s’agit d’un morceau où l’on rentre directement dans le vif du sujet et qui nous indique de suite que l’EP va être de qualité !

Ce mois-ci, Lille a été présente dans le paysage du rap français, notamment avec le label NorthFace Records et la sortie du premier album « Boréal » de Bekar que l’on vous invite bien évidemment à découvrir si ce n’est pas déjà fait. On reprend, presque, les mêmes et on recommence, car toujours sur ce label on retrouve Salek, lui aussi méconnu, et son premier EP intitulé sobrement « Cèdre », en référence à ses origines libanaises, et également entièrement produit par Lucci’ (hormis « Dans l’bail » produit par Lmasto) qui continue de nous démontrer qu’il fait partie des beatmakers les plus prometteurs du moment.

La cover est elle aussi réalisée par Elisa Maya, une artiste lilloise très douée, et représente donc ce conifère du Liban réalisé à l’aide de tâches d’encre et de Photoshop, ce qui donne au final une superbe pochette formant une galaxie originale, à l’image de la musique du rappeur. Musique qui, d’ailleurs, reste assez indescriptible puisqu’il possède son propre univers, ce qui fait justement sa force. Fin artiste complet, dont on ressent les nombreuses inspirations – à des années lumières de s’arrêter au rap – à l’écoute des 7 morceaux, c’est l’une de nos belles découvertes de mars.

Bonus :

Pour sortir un peu des sentiers battus, et parce qu’il est également important de donner de la force aux « hommes de l’ombre », place à deux projets qui n’ont pas grand chose en commun, si ce n’est qu’ils ont été concoctés avec le coeur par deux amoureux de la musique.

Le premier c’est celui de Greenfinch – traduit par verdier, l’oiseau représenté sur la cover – artiste musicien et producteur, il possède un curriculum vitae assez impressionnant entre école de musique, apprentissage en autodidacte, maîtrise du piano, de la guitare, en passant par le chant, et ce dans différents registres pour pousser un peu plus profondément l’éclectisme.

Ayant déjà produit pour des artistes comme Paco, Furax, Scylla, Ywill, Dooz Kawa et bien d’autres, il a forcément un pied dans le rap et avec son premier album « From Soul To Souls », on retrouve, en plus de magnifiques instrumentales qui vous transporteront dans de multiples univers, le morceau « La mémoire des jours ». Sur ce dernier, il a invité une belle partie de la scène indé et en résulte un son sincère et nostalgique qui vient conclure à merveille un projet empreint de poésie et digne d’une bande originale de film.

Restons dans le milieu cinématographique, partons à la conquête de l’espace avec « Rocket Wave », le premier projet de NBZ, membre de l’équipe NZS, qui s’occupe de la partie interview des beatmakers. Bon d’accord, il est un peu privilégié, mais si nous nous intéressons à cet opus aujourd’hui, c’est pour sa qualité avant tout, pas d’hypocrisie entre nous, si c’était fait avec les pieds on lui aurait dit sans la moindre hésitation.

Vous avez dû remarquer depuis la sortie de « 91’s » de PNL (hasard ou pas), les sonorités des années 70/80 sont devenues à la mode dans le rap et ont pris place sur des sons comme « Regarde moi » de YL, « Miami Vice » de Gims ou encore plus récemment « Las Vegas » de Jok’air, et nous en sommes sans aucun doute qu’aux prémices. Sur cet Extented Play de 7 titres, pas de rap même s’il produit beaucoup de trap, que de la new wave pour nous transporter dans les confins de la voie lactée, mais diverses ambiances sont au rendez-vous tout en restant dans le même univers électronique rappelant les musiques de films faites sur synthétiseurs, d’ailleurs un film s’est glissé sur un morceau, saurez-vous le retrouver ? Si vous avez l’esprit musical ouvert, on se fait aucun souci sur le fait que cet EP saura vous faire voyager en attendant la suite qu’il annoncera sur son Facebook

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