5 ans déjà : « Que la famille » les prémices du succès de PNL

En 5 ans, PNL a su devenir le groupe iconique d’une génération. Le plus modique de leurs tweets ou de leurs morceaux a l’effet d’un tsunami et les fans sont à l’affût du moindre signe quitte à partir dans des théories farfelues, qui se sont avérées parfois vraies, parfois fausses. On ne vous parle même pas du merchandising où des tee-shirts parfois de mauvais goût trouvant preneurs en quelques minutes. Avant de trouver la recette parfaite, le groupe s’est essayé à différentes choses dans le rap et ce projet est le dernier test avant la formule miracle. Retournons à la base en 2015 avec le tout premier projet « Que La Famille » !

QLF

Cet opus commence direct sur la phrase  » PNL que la famille » répétée plusieurs fois, une immersion immédiate dans l’univers du groupe du 91 qui prend encore plus de sens 5 ans après quand on se rend compte qu’ils n’ont fait ni interviews, ni sorties médiatiques et sont restés fidèles à leur ligne directrice initiale.
On dit souvent que le duo des Tarterêts a été précurseur dans le rap planant et nonchalant mais on oublie trop souvent de parler de l’influence qu’ils ont eu sur la fin du complexe liée aux activités illicites. A l’époque, soit les rappeurs les dénonçaient, soit ils les glorifiaient mais avec PNL, la donne va changer. Oui on vend de la drogue et alors ? Aucune fierté d’être passé par là mais l’objectif était de mettre la famille à l’abri, un thème qui revient très fréquemment ainsi que la notion pour Ademo de protéger son petit frère N.O.S. Aucune justification, juste des faits rapportés avec brio même quand il s’agit de sujets plus personnels et que l’on entre dans l’introspection notamment sur leur père René Andrieu ancien malfrat ayant purgé 8 ans pour braquage « élevé par un bandit, plus tard, j’veux faire comme mon papa, maîtresse » .
Si l’on pense que le groupe se résume à des mélodies et que les textes sont accessoires, c’est que l’on a rien compris à l’univers développé par les frangins. Le duo du 91 a très bien compris que pour s’exprimer, pas la peine de faire des multi-syllabiques et des phases à rallonge, des dizaines de rappeurs le font déjà et sûrement mieux qu’eux. Ne dites pas « ma vie est une succession de défaites, se relever pour rebondir, chaque chute est un apprentissage » mais « j’ai appris à chuter, j’ai appris à perdre » , ne dites pas « je tire sur mon joint et sur mes ennemis pour avoir la paix » mais faites une anti-thèse pour jouer sur le double sens du mot « tirer » : « j’ai appris à tirer pour avoir la paix » .

C’est également le seul projet du groupe avec autant d’invités, que ça soit des mecs de leur quartier comme N’dirty Deh, Bizon, Illinas & S-Pion ou du 94 comme RKM du groupe DTF, on a évidement à faire qu’à des gars certifiés QLF, Vrai Reconnaît Vrai. Une mention spéciale à un des hommes de l’ombre que l’on retrouve derrière le mix et le mastering de leurs projets ainsi qu’à la prod de certains morceaux au fil de leur discographie : Nikola Feve plus connu sous le pseudonyme de Nk.F qui a su sublimer le travail des deux frères.

Les femmes, l’argent de la drogue et l’avenir

Quand on écoute avec attention les différents couplets, on se rend compte que les femmes y occupent une place centrale. Ce n’est pas du dénigrement à proprement parler mais on sent que l’absence de leur mère ou des désillusions personnelles ont pu jouer un rôle dans leurs relations avec la gente féminine. On ressent une peur des relations sérieuses qui engendrent des déceptions à la fin de celles-ci et un rejet de toute autre forme que le plaisir : « les sentiments ça ralentit, le cœur fermé, là j’suis à fond » , « fais bellek aux femmes » « celle là elle est belle dommage que ça soit une ‘tasse » « tu me demandes qu’est-ce que tu veux qu’on fasse, j’te réponds qu’est-ce que tu veux qu’on fasse à l’hôtel »

Ils utilisent aussi les femmes comme comparatif avec l’argent que leur rapporte les clients pour montrer à quel point le business est plus important à leurs yeux : « Ient-ient fidèle pas besoin d’la loyauté de cette go » « j’me rappelle plus de mon ex, j’me rappelle de mon iencli Hervé » « tout le bénéf sous le matelas, zéro dans la schnek de madame »
Sur « La Danse Des Leurs-Dea » Demon One rappait « vendre du shit c’est un métier faut être sociable et commercial » , des années plus tard, PNL préfère déshumaniser le client, la vente de drogues est omniprésente dans les textes mais très très peu d’allusions aux gens qui viennent acheter leurs conso. Une façon de montrer que seul l’appât du gain était au coeur de leurs préoccupations et peu importe qui vient tant qu’ils leur permettent de gagner de l’argent. Un moyen de rendre plus humain la « vente de la mort en sachet » et de se donner un semblant de bonne conscience.

Mais quel avenir dans tout ça ? Et bien aucun à les écouter, le rock’n roll avait des artistes qui prônaient le no future notamment en se tailladant le torse sur scène avec un tesson de bouteille comme Iggy Pop. Tout comme avec PNL, le rap possède également ce type d’artistes sans le côté masochiste (on vous renvoie à cet article « Le rap nihiliste : plus dans l’espace que sur Terre » où le sujet est plus développé). Quel avenir y-a-t-il pour des jeunes posés en bas des blocks ? « Les dealers finissent pas tous aux Bahamas » rappait Hayce Lemsi, de toute façon ce n’est clairement pas l’objectif du duo. Un seul but : « avant d’te mettre bien assure toi d’mettre bien les tiens » comme disait Nakk Mendosa dans « Chanson Triste« . Peu d’allusions à l’après, vivre au jour et le jour et ne pas se poser de questions sur le lendemain. C’est intéressant de voir ce contraste entre tout le questionnement autour des femmes et des frères – « Que des frères igo, pas d’amis » – mais pas autour de ce qu’ils vont devenir, si ce n’est une ou deux mentions comme notamment ce passage d’Ademo « J’habillerai mon fils en LV ». Comme si toute leur vie allait se résumer à ce hall et à la détaille… Une vision triste mais réaliste pour les jeunes pris dans cet engrenage…

Conclusion

Si ce premier album – oui oui il s’agit bien d’un album comme le confirme ce Tweet du groupe – n’a pas fonctionné lors de sa sortie, il a reçu un vrai plébiscite de la part de la presse spécialisée. Il va falloir attendre la sortie du clip « Le Monde ou Rien » pour voir PNL déferler sur le rap français et que ce projet soit écouter par un large audimat. Les trois albums qui suivront : « Le Monde Chico » en 2015, « Dans La Légende » en 2016 et « Deux Frères » l’année dernière ont assis le groupe parmi les plus emblématiques du rap français et leur permettront même de commencer à avoir des textes de plus en plus positifs, loin des textes sombres de ce premier opus. Un projet pas assez reconnu à sa juste valeur tant il est important dans la discographie du Peace N’ Lovés et dont on se devait de parler.

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