Dans le rap depuis ses 17 ans, Tortoz poursuit son leitmotiv: faire de la musique qui lui ressemble. Le MC grenoblois vient de sortir son 3ème projet, FullG. Rencontre.

Aujourd’hui, affirmer que le rap hexagonal se polarise autour de l’axe Paris-Marseille ressemble de plus en plus à une affirmation de profane. La discipline se porte très bien, et ce aux quatre coins du territoire. À coté des têtes d’affiches comme Bigflo et Oli (Toulouse), Médine (Le Havre) ou Orelsan (Caen), des noms, moins ronflants, sont en train de faire leur trou. La région Auvergne-Rhône-Alpes abrite d’ailleurs un rappeur à l’audience grandissante: Tortoz.

Un mère employée dans une maison de retraite, un père à l’usine, le MC grenoblois se définit lui-même comme un enfant « des classes populaires ». Loin de se plaindre, il résume son enfance très simplement : « je ne roule pas sur l’or mais je n’ai jamais eu faim ». Niveau musique, il peut compter sur un soutien familiale infaillible : « ma famille vient me voir régulièrement en concert, mon père est mon premier supporter ». Dès le début, ses parents croient en lui, sans oublier de raisonner l’adolescent aux rêves musicaux. Motivés par les premiers sons de la Sexion d’Assaut, Tortoz est encore au lycée quand il compose ses premiers textes. Grâce, entre autres, à cette influence familiale, le grenoblois est aujourd’hui titulaire d’une licence en e-business (BAC+3). Le parcours est réfléchi, entre l’appui des proches et son désir de sécuriser l’avenir: « j’ai essayé d’aller le plus loin possible dans les études pour assurer mon futur et, surtout, pour que mes parents soient fiers de moi ». Les études achevées, le choix est rapide. Ce sera la musique : « je me suis toujours dit que je préférais taffer pour le SMIC en vivant ma passion plutôt que de bosser pour un patron ».

Hors de question de vivre cette passion en solitaire. Tortoz est un rappeur entouré, qui aime les aventures de bande : « tous mes potes me soutiennent, on part tous en tournée, j’essaie de trouver un rôle à chacun. Certains servent juste à m’apporter des bouteilles d’eau. Mais c’est juste histoire qu’on vive le truc ensemble ».

Toujours dans cette idée de travail collégial, « Minuit 20 », son premier album, voit le jour en 2015 grâce à une campagne de financement participatif sur kisskissbankbank. Si le grenoblois n’envisage pas d’y recourir de nouveau, c’est « une étape importante, un très bon moyen pour commencer ». Sa carrière s’épaissie, et va encore grandir grâce à une collaboration amicale de choix. Là où d’autres s’agaceraient, Tortoz évoque fièrement son amitié avec Mister V: « au début, ça m’a beaucoup aidé, je suis très reconnaissant envers lui ». En effet, ses coopérations avec le youtuber à succès dépassent le million de vues. Ce dernier apparaît dans « Minuit 20 », mais également dans les projets suivants, « Dans le carré » et « FullG » . Dans « VIP », clip rempli d’autodérision sur un succès encore en gestation, Tortoz raconte, non sans ironie, que « chaque pussy n’a rien d’impossible en disant qu’t’es le pote à Yvick (le vrai prénom de Mister V) ». Aujourd’hui, les choses évoluent: « on m’a souvent réduit au rôle de pote de Mister V. Dans la rue, les gens m’appellent Tortoz. Il y a deux ans, c’était loin d’être le cas ».

Lorsqu’on interroge le grenoblois de 23 ans pour savoir où le situer sur l’échiquier du rap français, il réfute l’idée même d’être placé dans une case: « je suis juste un rappeur ». Tant mieux, tant il semble difficile de réduire le MC à une seule mouvance du rap. Son style mélange morceaux introspectifs (comme le très bon « Amen », issu du projet « Dans le carré » ), morceaux egotrip (« Banger », « Bowl ») et second degré donc, comme dans l’introduction éponyme de « FullG »: « je ne peux toujours pas me payer la maybach mais dans quatre ou cinq ans c’est la même ». Cet EP, sortie le 28 octobre 2016, Tortoz la voit comme la plus proche de ses aspirations artistiques : « je me suis pris la tête pour que musicalement parlant, il ressemble à ce que j’écoute et ce que j’aime faire ». Tortoz défendra FullG et ses précédents morceaux au Nouveau Casino de Paris, le 16 décembre. L’impatience est perceptible: « c’est l’une des étapes les plus importante de ma carrière ».

Et après? « Mon objectif numéro un c’est de pourvoir continuer à vivre de ma musique ».  Tout simplement.

Lucas Rougerie

twitter: @lucasrougerie

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