En traînant sur Youtube hier, je suis tombé par hasard sur le dernier son d’un jeune groupe bordelais L’Impasse : DabNation. J’ai bien aimé les premiers couplets, avec notamment la collaboration d’un rappeur californien, mais arrivé au refrain : Dab, dab, dab, j’ai vite décroché. Trop de dab.
Moi qui étais un des premiers fans de ce mouvement, n’en peux plus de voir le dab exhibé à tort et à travers.

Cette anecdote m’a donné l’idée de cette article et si le dab, surexploité ces derniers temps, était passé de mode ?

Petit retour en arrière, le dab trouve ses origines dans le milieu hip-hop d’Atlanta.
Inventé par les rappeurs de la ville de Coca-Cola en 2012, il fait référence au départ à ce que l’on ressent après avoir consommé de la drogue et que l’on n’a plus entièrement conscience de son corps (dab est une façon de consommer le cannabis en anglais). L’expression fut grandement médiatisée par le son Look at my dab de Migos.
Le geste fut ensuite repris par de nombreux sportifs, le plus célèbre d’entre eux est Cam Newton, le joueur de NFL (football américain), qui a pris l’habitude de conclure tout ses touchdowns par des dabs.

Le dab est ensuite importé en Europe par l’intermédiaire des sportifs et des rappeurs.
Les exemples les plus connus en France sont Niska et Paul Pogba. Le rappeur a pris l’habitude de placer des dabs dans nombreux de ses clips. Le célèbre footballeur français ponctue lui aussi chacun de ses buts par une petite célébration en dab, comme il l’a fait une nouvelle fois lors du quart de finale de la France contre l’Islande à l’Euro 2016. Le mouvement s’est depuis quelques mois largement démocratisé jusqu’à devenir un véritable phénomène de mode dans tous l’hexagone et non plus la signature sympa des fans de hip-hop !

Le problème, c’est que ce phénomène de mode est en train d’entraîner sa propre chute. Effectivement, le dab ne résiste pas à notre modèle de consommation actuel, consommer un produit à l’excès jusqu’à épuisement des ressources, exploiter le filon jusqu’à l’overdose puis le rejeter pour passer à la prochaine tendance. Le dab, à l’origine, un mouvement hip-hop assez underground, est aujourd’hui une gestuelle commune et un argument commercial. Si les compilations des dab les plus insolites sont assez drôles, la prolifération des musiques tournant autour du dab, dans la recherche du buzz, est en train de devenir épuisante. Outre L’Impasse, Ninho, Mokobe, Lyna Mahyem et j’en passe… Tous ont écrit, repris, détourné le dab pour en faire un morceau de musique. Au passage les sons ne sont pas toujours au niveau, preuve encore une fois qu’il ne suffit pas de suivre la tendance pour faire des sons corrects.

Comme disait Kalash Criminel dans son freestyle Sauvagerie 2 :

« En 2016, ils savent pas tous rapper… Ils savent faire des dab (dab, dab, dab)!« .

Le dab est à bout de souffle, comme chaque tendance, poussé à son extrême, et montre encore une fois que lorsqu’une nouvelle mode apparaît, tout le monde suit comme un troupeau de mouton. La trap, le dab, toutes les modes importées des Etats-Unis connaissent toujours un grand succès en France et les artistes français ont toujours un train de retard sur leurs homologues américains.
Le hip-hop français est-il incapable de créer ses propres mouvements ?
Une des exceptions à cette règle, est l’afro-trap, pure invention gauloise (Merci MHD !), parfait mélange des flows américains et des sonorités africaines, fruit du riche héritage culturel des artistes français. Ce style musical est indubitablement la recette pour faire un hit cet été.
C’est bien malheureux que les artistes français ne s’écoutent pas plus et attendent chaque effet de mode en provenance des USA pour tenter des nouveaux styles. En effet, la scène hip-hip est riche en France, de PNL à Kery James, en passant par Booba et MHD, entre autres rappeurs qui excellent dans différents styles de rap, nous n’avions pas à envier les rappeurs américains (du moins la plupart, il reste des monstres inégalables comme Eminem). Si aucun rappeur français n’a jamais réussi à percer sur le marché américain, c’est peut-être qu’aucun n’a jamais vraiment essayé…

MHD qui scandait haut et fort, dans le son « Afro Trap Part. 2 – Kalala Bomayé » :

« J’suis seul dans mon délire y‘a pas de concurrents, c’est ça qu’est relou »

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