Le 4 mars 2014 était déclarée officiellement la guerre entre les deux têtes d’affiche du rap depuis 2012. Depuis l’annonce officielle dans les locaux de Skyrock via le freestyle de Kaaris, « Il a accouché de sa propre fin » suivi d’explications très claires sur les raisons du beef, les 2 rappeurs semblent avoir pris deux directions bien distinctes. Outre l’excitation que cela peut provoquer pour le côté marketing, musicalement, cette fissure entre ces 2 grands n’est pas des plus réjouissantes (euphémisme).

Sur les réseaux, je qualifiais ce clash comme des plus regrettables de la carrière de Booba parmi les artistes qu’il a une fois mis en avant. Regrettable pour nous public; une collaboration qui n’a pas été exploitée à son maximum alors que le potentiel était là……..le potentiel était là pour faire mal à ce rap. Toutes les composantes étaient réunies pour faire de BTTF x UKT des locomotives du rap. Aux côté des architectes sonores du nom de Therapy…..on avait là de quoi faire une véritable oligarchie qui règne en maitres et donne la direction de ce rap.

Et pourtant….
C’est tout ce potentiel palpable depuis leur première collabo (Criminel League) à la plus aboutie (Kalash) qui va rendre ce clash des plus excitants et paradoxalement des plus décevants. Et pour aller jusqu’au bout de ma pensée : je pense qu’on en a pas fini..

Quelques informations importantes avant d’entrer dans le vif du sujet :
Le 11 septembre 2014, Kaaris & Therapy signent chez Def Jam France. Quelques mois avant cela, Booba avait déclaré ne plus faire de collabo avec Therapy (mars). Paroles spéculatives à ce moment là : Booba est fini, il n’aura plus d’instru qui tabasse pour pouvoir poser.. [Bla ! Bla ! Bla !] là les machines sont lancées : 12 mars 2014 pour Booba, Souleyman Beats à la rescousse et Hi Stakes au mixage, annonce du 1er extrait du 7è opus, pendant que la concurrence finissait sa promo post album (Or Noir part 2), c’est seulement le 18 septembre que K2A reprend les choses en main et annonce qu’il est déjà sur son 2ème album. 2 très grands professionnels mais 2 méthodes très différentes de travailler, et quand leur chemin se rencontrent (virtuellement) c’est tout le net qui s’agite. Kaaris s’est lancé dans une promo très linéaire qui a eu l’air de suivre un fil conducteur depuis le 22 septembre dernier. Booba, c’est différent. Toute l’industrie est en roue libre autour de lui. Comment ça se fait ? Il tourne le dos aux médias rap, tout simplement. Il a rendu ce rapport de force unilatéral; du coup, les médias rap ne sont même plus dans le relai d’information en ce qui concerne Booba mais dans la tentative de décryptage de l’information, dans la spéculation. Si on pousse plus loin, c’est l’idolâtrie. Il est au rap ce que Zlatan est à la ligue 1. Il a rendu les relayeurs d’informations spectateur de son actualité, et, pour se promouvoir il contourne tous les activistes du milieu, ex: le 1er extrait de son album, OKLM, a été dévoilé en TV, au Grand Journal de Canal + entre  19H et 20H30 (donc pas de RDV fixe) une vraie notion d’exclusivité donc une consommation totalement différente de ce qui se fait habituellement. Tout ceci mène Booba à en faire le moins possible et seulement surfer le buzz qu’il sème.

« à chaque post Instagram, vous polémiquez ! » – Les Meilleurs

Les 2 numéros 1 ne collaborent plus ensemble depuis officiellement 1 an. Néanmoins, ils restent 2 bons professionnels qui nous sortent leur album à 2 semaines d’intervalle. Quoi de mieux désormais pour se disputer le trône ?

« J’serai l’numéro 1 j’en fais le pari,
J’défonce le rap français depuis l’Atari » – Se-vrak

Le 30 mars c’est LBDMA album de 18 sons avec : Se-vrak (1ere exclu), 80-zetrei (4 exclu), Magnum (3eme exclu) et Le Bruit de Mon Âme (5eme et dernière), Comme Gucci Mane (2eme exclu)


13 Avril, DUC 19 sons avec : Tony Sosa (5eme exclu), Caracas (3eme exclu), Mon Pays (7ème exclu), LVMH (6eme exclu), Billets Violets (4eme exclu), La Mort Leur Va Si Bien (Hors Promo), 3G (2eme exclu), OKLM (1ere exclu)


Juste pour aller du raisonnement, dans un cas c’est moins de 30% en promo et l’autre c’est plus de 35%.
Sûrement pour une raison de statut : Booba, son dernier album remonte à 2012, soit 3 ans sans rien. Kaaris, sa réédition date de mars 2014, juste 1 an. Booba a bien laissé son public digérer son dernier projet. Il a très bien gérer son temps d’absence en s’adaptant à ce public qui consomme très rapidement (musique fast food). Paradoxalement, même si la public consomme assez vite, je pense que ce n’est pas une raison pour le « gaver » comme a pu faire Kaaris.
21 octobre 2013 sortie d’Or Noir, très bon CD, 17 titres; y avait un buzz considérable autour de la sortie de cet album et une nouvelle vague dans le rap depuis son arrivée. À peine 5 mois après (mars 2014) l’album est réédité avec un 2ème CD de 11 titres inédits. Septembre 2014 (6 mois après) il annonce qu’il travaille déjà sur son second album; bilan = en 6 mois tu balances un double CD de « 30 titres » pour 6 mois après annoncer un autre album (gavage d’oie). Sa musique n’a même pas eu le temps de prendre en maturité alors que de l’autre côté on compare encore Futur (2012) et Lunatic (2015), quel était le plus lourd entre les deux…. ou bien, ça classifiait les albums de la disco du Duc dans l’ordre de préférence.
Ça y est, on y est. LBDMA, globalement j’ai pensé que c’était un bon CD. Ça paraissait évident que cet album focalise moins l’attention pour ce que j’ai évoqué dans le paragraphe précédent, mais l’attente y était (beaucoup moins pour le soutien). Contrairement à Or Noir où Kaaris rappait seul, Lacrim, Ixzo, Blacko, 13 Block, Solo Le Mythe et Future viennent ajouter leur petite pierre à l’édifice pour donner une touche supplémentaire à cet album.

Sur le point guest, on peut dire que c’est « relativement » similaire. DUC a opté aussi pour des featurings en plus grands nombres que le précédents : 7 invités.

La grosse différence ici est dans le fait que les featurings donnent une toute autre direction de ce que sait habituellement faire l’hôte. À la limite, la bonne surprise dans l’album de Kaaris, c’est Zone de Transit (et Le Bruit de Mon Âme) sinon, les featurings s’alignent sur cette direction hardcore que K2A maitrise malgré tout plutôt bien. Mais depuis qu’on le connait du grand public, c’est encore un peu toujours à la même sauce. Crystal très très gros morceau (d’ailleurs, pour le comparer  avec Belluci, je préfère Crystal de loin) aurait pu créer une meilleure surprise si Kaaris avait essayé quelque chose de différent. En bref, je trouve Kaaris un peu restreint, pas de prise de risque, trop de similitudes d’un son à un autre.


DUC est très largement plus diversifié sur l’aspect sonore déjà, ensuite sur les différents moyens mis en œuvre pour. Beaucoup (trop?) d’auto tune très maitrisé cela dit, mais y a moyen de ne plus s’y retrouver si on a lâché Booba depuis Lunatic par exemple. Voilà un point essentiel : écouter Booba sur la continuité est primordial pour comprendre les directions qu’il prend sur des sons comme Loin D’iciMon Pays, Billets Violets
À partir de là, la critique peut totalement être biaisée.. Quoi qu’il en soit qu’on aime ou pas, le projet est large, et ça s’entend à l’oreille (pléonasme!).

Un très bon point pour LBDMA: perso, chez Kaaris, je ne parviens toujours pas à me lasser de son style alors que j’y aurais pas mis une pièce y a 2 ans. Même cloisonné par un Therapy toujours aussi très bon, les sons tabassent tabassent et tabassent ! Kaadirov, Sevrak, Four, Comme Gucci Mane, Trap, Le Temps.. C’est du costaud, c’est du Kaaris ! Y a rien à dire. Un autre point très positif : 80zetrei, c’est un son qui fait relativement plaisir dans un temps où les rappeurs ne collaborent plus ensemble, où il n’y a plus de grosse armada de cette génération qui est là pour REPRÉSENTER

« dans l’rap, le mot représenter est mort avec le Bescherelle ! » – Lino, suicide commercial

cette exclu arrivée le 8 décembre avait bien marqué les esprits pour son clip notamment où on y voit les grosses têtes du 93, ça renforce la street créd’, au top.


DUC n’a pas ce soucis, focus vers d’autres horizons.

« mon son […] devrait passer sur B.E.T, il cherche pas la street credibility, il veut juste s’barrer d’ici ! » – Booba, mon son

Je pense que ça lui a rendu service de travailler avec plusieurs beatmakers. Depuis bien longtemps Booba nous fait voyager à travers sa musique et la fait voyager par la même occasion, cet album est un rendu parfait de cette volonté de vouloir repousser les frontières.
On sent des choses osées dans cet album, ça s’essaye à de nouvelles choses : Tony Sosa qui ne m’a pas convaincu à la première écoute avec cette qualité radio rip lol, mais finalement ça fait son effet, c’est validé, tamponné, approuvé ! En effet, on ne retrouve plus chez Booba ce côté rue, street crédibilité, clairement pour lui ce n’est pas dans l’ère du temps.

« j’fais du sale, mais j’ai pu la rage ! » – Billets Violets

« Fuck être un lyriciste, négro, j’suis là qu’pour ramener les chèques. » – Temps Mort 2.0

Je ne sais pas ce qu’espérait Kaaris avec le son Voyageur et ce que Booba tentait de nous injecter avec Jack Da, mais les douilles ne passent pas. J’ai décerné les flops des albums à ces 2 morceaux. Autant Jack Da je peux comprendre le délire mais le son est inécoutable pour moi. Voyageurs, j’ai l’impression d’avoir un son qui n’a rien à voir avec le reste de l’album. #Hassoul….vous connaissez la suite.

Les featurings qui ont le plus attisé ma curiosité : Booba x Lino / Kaaris x Lacrim.
Temps Mort 2.0 a bénéficié d’un très bel accueil. Y a polémique sur ce morceau ! On dirait 1 bagarre acharnée entre les 2, chaqu’un 2 pose 1 complet, 1 méchante transition entre les 2, 2 flows totalement différents 1 faussé énorme, ça ne se cale pas dans les temps de la même manière,  pas pour en élever une plus haute que l’autre, mais………la logique veut que le couplet de Booba soit le plus marquant, ça faisait tellement longtemps qu’on ne l’avait plus entendu kicker et accélérer avec cette technique qui se veut tellement facile à retenir avec la juxtaposition entre le je/tu

« j suis dans dans les nique ta mère, t’es dans les salamalek »; « j’vais tellement t’enculer, tu vas détester le sexe ! »

Malgré les lourds couplets, je pense que ça aurait pu être le son de l’année s’ils avaient trouvé un moyen de mieux réunir leur talent dans ce morceau et non pas en faire 2 chemins distincts avec cette transition qui donne cet esprit de compétition (je fantasme) avec cet instru dont on entend les battements de cœur tellement c’est lourd.


J’étais très curieux de découvrir aussi cette connexion entre Lacrim et Kaaris, pareil que précédemment, tout les oppose, le style, le flow, la voix, tout. Et pourtant le rendu est vraiment propre et cohérent avec le titre et le reste de l’album.


Même si l’album manque un peu d’homogénéité, DUC trouve sa force dans la diversité et le fait que sa musique s’apprécie sur le long terme (ne jamais se fier à la première écoute! Ou deux…ou trois!). Sur les textes on peut se délecter de toujours quelques punchlines bien arrogantes qui font polémique

« ai-je une gueule à m’appeler Charlie? Réponds moi franchement ! » – Les Meilleurs ; « T’es dead comme Sinik bah ouais ouais ouais ! » – Mr Kopp.

Ça c’est sa véritable force pour le culte de sa personne qu’il cultive, la polémique, l’arrogance. Malheureusement, je pense qu’il a voulu trop en faire Ratpis et All Set, sont à mon goût mal exploité.. Pour des featuring avec Mavado et Jeremih, quand même y avait de quoi faire mieux. Mavado l’instru ne lui va pas, son refrain et son couplet je n’ai pas du tout aimé, j’ai l’impression d’écouter T-Pain.. Mavado, moi je sais ce qu’il fait sur We The Best Music, et y avait grave moyen de faire mieux. Et le son un peu électro avec Jeremih, plus jamais.

 

Conclusion : même si les deux se font la guerre désormais, on sent quelques similitudes dans les méthodes de travail. Ce qu’on peut retenir de LBDMA, très homogène avec cette sécurité de toujours retrouver le Kaaris qu’on a aimé du début à la fin. Finalement son style on ne s’en lasse pas, et il ne fatigue pas sur la longue, toujours en bonne santé. Le premier album était ouf, là ça manque de très bons featurgins, d’autres styles d’instru pour pouvoir faire assoir cet album au plus haut.

Duc, très bien diversifié, la signature du groupe 40K se greffe parfaitement au projet, les feats Farruko, Future, Gato & Bridjahting sont réussis sur différents horizons en plus. Mais surtout, surtout, j’ai eu l’impression de découvrir l’album en 2 fois : y avait énormément d’exclu à mon goût sans que je me rende compte pour autant qu’elles étaient vraiment très très réussies OKLM (dans mon top 3), 3G, Caracas, Tony Sosa, LVMH. Une promo qui s’étend sur une très longue période, avec cette impression que ses exclus ont été noyé dans cette vague de clash durant laquelle il faisait la une des médias, ainsi que pour des infos de l’ordre people qu’a donné un espèce de faux rythme à cette promo (uniquement pour la sortie des sons) alors que la qualité y était. Les problèmes cet autotune, mais j’ai envie de classer ça dans les faux-débat.. #Hassoul et puis, le fait de toujours vouloir s’essayer à de nouvelles choses, parfois ça donne de très grosses merdes.

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