Tracklist : 

1. Le calme avant la tempête (3:30)
2. Rap de dur (5:03)
3. Tout pour ma famille (feat. Eve) (4:24)
4. Criks family (3:51)
5. Changer (5:59)
6. Interlude Criks (4:12)
7. Terre mère (4:46)
8. 93 criminel (5:01)
9.  ExplicitOuais tu connais (5:15)
10. On vit les mêmes choses (feat. Resko) (4:00)
11. Après nous Y A R (6:00)

« J’crois qu’ils sont pas prêts pour c’qui arrive après »

 

Vous vous souvenez sûrement de Criks ? Il avait été présenté au mois de Février dernier pour le concert de Rohff à Épinay, pour lequel il faisait la première partie. Aujourd’hui, c’est lui la cible des projecteurs avec son projet : Le Calme Avant La Tempête. Un projet attendu depuis bien longtemps, 2 ans on peut dire. 2 ans où, Criks a passé son temps à concentrer ses efforts sur sa fanbase grâce à quelques sons, notamment Putes et Potes, qu’on ne présente plus, et d’autres encore. Mais  vous n’aviez qu’à suivre..

 

#LCALT, initialement prévu pour le 6 Octobre 2014, date des 24 ans de Criks. Premièrement, on peut expliquer le report de sa sortie : Criks, c’est une signature avec une société de distribution numérique qui assure donc sa distribution et sa promotion, au format digital. C’est avec Believe, depuis le début, qu’était fixée la date du 6/10. Mais, entre temps, de nouvelles opportunités se sont présentées : Addictive Music, une deuxième société de distribution, est partant pour que Criks soit disponible au format CD. Mais cette opportunité est arrivée trop peu de temps avant la date de sortie, initialement fixée. Problème : pour préparer les CD et les distribuer dans tous les points de ventes (toutes les FNAC d’IdF) avant le 6/10, c’est mission impossible. Une date de report est impératif.  


Je demande un geste commercial. Pour cause : un retard de livraison de 2 semaines ! Ça méritait un morceau en plus, tiens… 

 

 Capture-d’écran-2014-10-16-à-22.27.41gTEX1q2_.jpg small

 

 CriksConcourss

 

Trève de plaisanterie, la dualité entre l’indulgence du premier projet et l’intransigeance de débarquer sur un marché où « la relève » n’est pas spécialement bien accueillie, tant au niveau public et au niveau des acteurs du marché, Criks s’en sort bien. La réceptivité du public, de ce que j’en sais, y est. La place sur le marché, il n’y a qu’à regarder les chiffres : 16è sur iTunes le 1er jour, pour un premier projet.

Cette place, il ne l’a pas volée. #LCALT, un projet très diversifié, plein d’énergie. Sur le fond, on a quelque chose de relativement simple : Criks parle de son quotidien avec beaucoup d’introspection, de questionnement lié à l’évolution de sa carrière qui commence, la pertinence de ses inquiétudes grâce à sa maturité. Le projet est cohérent, pas d’écart de niveau d’un son à l’autre malgré la diversité. Même si #LCALT n’a que le statut de mixtape, on sent un vrai aboutissement ; un travail conséquent sur le fond. 

 

 

Malheureusement, une légère frustration : il n’y a pas d’intro. #LCALT est bien évidemment le son qui devait introduire la mixtape, oui. Mais l’instrumental me paraissait exploitable pour inclure un petit sample au début… Je m’attendais à une
amorce en fait, mais bon…c’est purement personnel. Une des raisons pour lesquelles le projet est aussi bien peaufiné, les réalisations sonores. Elles sont de
qualité, modernes et très rythmées. Criks, en règle générale, s’approprie les instrus jusqu’à les dominer : . C’est le cas pour les instrus qu’on qualifie comme étant « lourde » : je fais référence à  Le Calme Avant La Tempête, Rap de Durs, Ouais Tu Connais, Après Nous Y a R. La connexion, Criks x Tyler, fonctionne très bien, en ce sens. (
Big up à son beatmaker)

 

 

 

Il n’a pas « honte », je ne sais pas si c’est le terme, mais, au moins, il a l’humilité de dire qu’il écoute tout ce qui se fait dans le rap. Même s’il n’aime pas tout, évidemment, il prend la peine  de tout écouter. Je m’explique : la plupart des rappeurs, sur cette question, quand tu leurs demandes ce qu’ils écoutent, soit en ce moment ou de façon générale, ils te répondent qu’ils n’écoutent pas de rap français, sous prétexte que c’est pourri. Je pense que c’est une façon de snober ses concurrents, et de la malhonnêteté. En France, on a du mal avec la reconnaissance d’un travail bien fait de quelqu’un qui fait la même chose que nous. On craint d’être des suceurs autant qu’une meuf craint d’être prise pour une pute, aux yeux des gens.

Quoi qu’il en soit, sur Twitter ou en itw, on a même le droit à des noms mentionnés de personnes qu’il écoute. Une sorte de « veille concurrentielle », pour reprendre les termes marketing. C’est ce qui lui permet de se mettre à la page, de se perfectionner sur ses textes, ses flows, le choix de ses instrus etc

 

De ce fait, on sent un mélange de genres différents dans sa musique : des instrus trap, inévitable depuis 2013, un style emprunt à quelques rappeurs connus, comme Mac Tyer, dans l’énergie et les intonations. Mac Tyer, ou encore French Montana, dans Rap de Durs. Libre à vous de vous faire vos propres idées sur le reste, avis aux amateurs de rap. 

 

 

 

« Nigga, I aint worried about nothing, 

L’ennemi de l’homme, c’est l’homme 

Donc, j’veux pas d’vos câlins »

 

 

 

Criks a, en plus de ça, son authenticité : sa plume. Plume, certes, mais, c’est important de préciser que ce n’est  pas au même titre qu’un rappeur comme Youssoupha. Criks est beaucoup moins sur un registre littéraire et engagé, avec un vocabulaire riche et des références historiques et/ou politiques comme peuvent l’être Kery James, Médine, Youssoupha, Oxmo.. Mais plume, au sens où, il va être très sensible aux mots (voire un peu trop, ça se discute!). 

 

« On n’voit même plus l’temps passer

J’ignore les matérialistes,

L’amour, j’l’ai rayé d’ma liste,

Même si j’fais des rimes embrassées. »

 

Attention, on est loin des punchlines « Fababyesque ». Fababy, c’est un peu comme si vous mangiez, en théorie, des pâtes accompagnées de crème fraîche. Mais, malheureusement, vous vous retrouvez avec un surplus de sauce que ça en devient de la crème fraîche accompagnée de pâtes.  

Dans l’ensemble, avec Criks,  ça reste très bien utilisé et intelligent. Souvent pour soutenir une idée principale. Même si c’est à outrance, l’aspect positif, d’une écoute à une autre d’un morceau, on finit toujours par découvrir une punchline de plus, d’un son, pourtant, qu’on pensait connaître par cœur. J’aime pas le mot « punchline », mais y a vraiment cette impression qu’un même morceau se renouvelle d’une écoute à l’autre parce qu’il y a notamment ces jeux de mots qui nous ont échappé la première fois, et ,qui apportent un sens soit sur le fond,  soit un lien avec la ligne en dessous. Ça créé une sorte d’interaction, une sorte de connivence avec l’auditeur, d’un air « je t’ai mis à l’amende hein ! »

 

 

Comme il le dit si bien, la polyvalence, c’est une de ses principales exigences. Exigence, oui, mais j’irai plus loin. Je pense que c’est l’une de ses principales forces. D’autres s’efforcent de se diversifier par soucis de vendre pour ne pas être réduit à un seul genre, alors ils s’essaient. En ce qui concerne Criks, les différents genres qu’ils proposent sont maîtrisés, ça lui va et ça s’entend. Malheureusement, je pense que le son Criks Family a bénéficié d’un accueil mitigé. C’était à la fois judicieux de sortir ce son comme dernier extrait de la mixtape, et à la fois maladroit. 

Maladroit : il a pris ses fans à contre-pied. Tous les
sons ou freestyles sortis juste avant étaient du même registre, égotrip : Freestyle 1 : Le Tour De La Tess en GP800, Freestyle 2 :  Débloqueur De Situation, #LCALT, 93 Criminel. Pour arriver sur un son avec 20 milliards de correcteurs de voix.

Judicieux : la période était propice à ces sonorités. 

 

C’est cette duplicité qui aurait pu fausser le jugement et mitiger l’accueil d’un son comme Criks Family. Mais dans le contexte de la mixtape, il est beaucoup plus facile à écouter et apprécier. Au final, je pense sincèrement que Criks Family est l’un des morceaux les mieux réalisés. Tant sur l’instru que sur l’écriture où la portée du message super fluide, du début à la fin. 

 

 

« 25 sons tous les 6 mois, ma motivation n’avait pas d’prix »

 

Criks perfectionne sa musique, autant qu’il cherche à se perfectionner lui aussi sur le plan humain. Maturité, recherche de sagesse par le poids d’une lourde introspection. La musique VS le quartier, la musique VS la famille, la musique VS moi. Y a de quoi parfois s’y perdre et ne plus trop savoir où se situer (si ce n’est que sur le chemin de son rêve, celui de remplir, un jour, Bercy ahah).

L’équilibre est difficile à trouver : le soucis de se ranger (religion), ne pas décevoir les parents qui ne croient pas particulièrement au chemin emprunté, gérer leur inquiétude au quotidien, discerner les relations superficielles des piliers. La musique, en indépendant, c’est un investissement acharné pour lequel, malheureusement, on ne voit pas fleurir le travail à l’instant t. C’est sur long terme. C’est risqué et inquiétant. Tout ça, Criks le raconte dans des sons comme Tout Pour Ma Famille, Changer, Interlude et Terre Mère. Autotune, piano, mélodies plus lentes et monotones soutiennent les nombreuses références anecdotiques concernant sa mère et/ou son père lui faisant des réflexions sur son avenir, ou encore ses pensées pour ses proches au bled. 

 

« Ma mère veut m’voir briller,

J’croyais en mes rêves, même quand j’avais pas d’billet.

La street m’a rattrapé, ouais poto, faut s’habiller.

Mon père m’a matraqué : arrête le rap et va prier ! »

 

 

Je vais terminer sur 2 focus : Tout Pour Ma Famille, c’est un son qui m’a laissé indifférent. J’ai pas retrouvé cette qualité d’emprise sur l’instru. Rapper sur un piano seul, je ne pense pas que ce soit quelque chose de simple notamment trouver les temps pour s’aligner ainsi que la justesse de la voix pour ne pas être en décalage avec ce qu’exigent les notes de piano :douceur et légèreté. J’ai trouvé que sur le flow on n’était pas sur la même longueur d’ondes : une voix « agressive » pour des notes « légères », qui auraient peut-être voulu un air un peu plus doux et chanté, comme ça a été fait au 2ème couplet. Par contre, Eve, avec qui il est en featuring, est en totale adéquation. 

On retrouve ce mélange de style voix chantée x voix rappée dans On Vit Les Mêmes Choses, le délire est davantage prenant, plus vivant car y a de l’interaction par un jeu de rôle entre 2 potes qui discutent. Le rendu est très appréciable. 

 

Enfin, je finis par le best song of the mixtape. Vraiment, je crois qu’il figure dans tous les top 3 des personnes dont j’ai vu les retours sur #LCALT. Je parle, évidemment, de Changer. Pour moi, c’est le son le mieux réalisé, textuellement. Le mieux scénarisé. Pour ceux qui n’auraient pas encore écouté la tape, rien de ce qu’on n’a pas déjà vu dans le rap : c’est un jeu de rôle entre Criks (l’artiste) et Criks (l’humain) tourné sous forme critique l’un envers l’autre. Vraiment, rien de nouveau, mais le morceau a le mérite d’être évoqué tant pour avoir été pensé d’un point de vu scénario et textuellement. Criks n’y va pas de main morte avec lui même, évoquant un tas de choses paradoxales, voire contradictoires, sur sa vie, dont il est l’auteur et seul responsable. C’est ce qui fait la force du morceau et la marque d’une grande humilité chez lui. Quand on sait que les deux sont étroitement liés (la même personne, pour ceux qu’auraient pas compris) et que ça a été écrit par la personne concernée, on ne peut rester indifférent. Pour moi, c’est le genre de son digne d’un scénario à vraiment mettre sous images. Y a pas d’autres choix. 

 

« Moi, j’sais qui t’es.

J’te connais par cœur

J’vis H24 avec toi, impossible de t’quitter.

C’est par ta vie qu’la mienne est guidée. »

 

« tu t’sers de ma notoriété pour draguer des filles,

T’arrives même pas à t’poser. Pour toi, s’poser, c’est un vrai défit »

 

En effet, c’est un procédé qu’on déjà vu dans le rap, ces autocritiques sont en générales bien reçues, la dernière et très bonne que j’avais en tête à ce sujet, c’est 16 Vérités, de Medine et Sinik. Peut-être que ça lui donnera quelques idées sur un éventuel clip. Sur Changer, il y a quelque chose de plus et de différent, dans la mesure où, on a un dialogue entre l’artiste et l’humain, une espèce de clash entre les deux. Mais, il y a aussi une dimension abstraite dans le fait que ce soit sa propre musique qui lui parle et qui le guide. Ses propres textes, qu’il écrit, qui prennent vie. Bref, à écouter. Y a vraiment un gros truc à exploiter en images. En attendant, vous pouvez vous délecter du dernier freestyle désormais disponible, je crois, sur vos smartphones. Encore un travail de qualité, sur l’instru du morceau Song Cry, avec la voix de Jay-Z, qu’on entend, au début. Le Freestyle est en deux parties, ça se déchaine quand Jahlil Beats arrive avec sa réalisation pour le son Jackpot ou encore Hot Nigga de Lloyd Banks et Bobby Shmurda, respectivement. Appréciez…

  Le projet est toujours disponible en cliquant sur les logos, pour les retardataires :

 itunes-logodeezer-logo_0090009000018201google-play-logo

 Ton Gars Djo

LAISSER UNE RÉPONSE